Les marginaux du peloton: Ben Berden, une histoire dans la peau
Le corps du cyclo-crossman, empli de tatouages, raconte une vie marquée par un contrôle positif à l'EPO. Découvrez le premier volet de notre série sur les marginaux du peloton !
- Publié le 29-10-2014 à 11h55
- Mis à jour le 29-10-2014 à 12h22

Le corps du cyclo-crossman, empli de tatouages, raconte une vie marquée par un contrôle positif à l'EPO.
La cuillère tourne nerveusement dans une tasse de café où le sucre est pourtant dissous depuis de longues minutes. Le regard parfois fuyant, Ben Berden se livre avec une retenue que ne laisserait pourtant aucunement deviner son look exubérant. Qu'importe. Quand le Limbourgeois peine à trouver les mots, c'est son corps qui parle pour lui.
Contrôlé positif à l'EPO fin 2004, la vie de l'un des cadors du cyclo-cross belge s'est totalement écroulée un jour de décembre. Suspendu pour une durée de deux ans, Berden est également sanctionné par une amende de 60.000€ qu'il continue de rembourser encore aujourd'hui.
"Financièrement, je me suis retrouvé à terre. Cette sanction m'a également coûté mon mariage. Des pensées suicidaires m'ont traversé l'esprit durant une période, mais mon amour pour la vie et mes deux fils a heureusement pris le dessus. Aujourd'hui, j'ai définitivement accepté mon erreur et sais qu'il me faudra composer avec celle-ci. Cela fera toujours partie de mon histoire."
Un destin qu'il a écrit sur un corps devenu une sorte de parchemin. De la nuque au bout des doigts et des chevilles, les tatouages qui ornent la peau du Limbourgeois sont autant d'instantanés d'une existence tourmentée.
EPO Fuel : sur le bras gauche de Berden, une gigantesque bouteille affiche ce drôle de millésime que l'on peut traduire par carburant : EPO . "Je suis conscient du rôle que cette substance a pu avoir sur mes performances. Je n'étais sans doute pas le plus grand talent de ma génération. Je dirais plutôt que j'appartenais à la catégorie des underdogs. Grâce à l'EPO, je roulais trente secondes plus vite au tour sur une boucle accomplie habituellement en cinq à six minutes."
Un avion qui s'écrase. "Sur la poitrine, j'ai fait tatouer un avion qui s'écrase. Il porte une banderole renseignant la date de mon contrôle positif. Dans cette sortie de route, j'ai perdu beaucoup de choses mais aussi pris conscience des véritables priorités qui doivent diriger une existence. Avoir une belle maison, rouler dans une belle voiture et pouvoir réserver les meilleures tables : tout cela est bien futile et ne rend pas nécessairement heureux. L'essentiel est vraiment ailleurs…"
Ses parents sur la cuisse droite. L'élastique de son cuissard empiète quelque peu sur une partie d'un double portrait. "Il représente mes parents et a été réalisé au départ d'une de leurs photos de mariage. Ils ont toujours été là pour moi et mes enfants, même dans les moments les plus difficiles de mon existence. Lorsque je me suis retrouvé financièrement au trente-sixième dessous, ils m'ont offert le couvert trois fois par jour sans la moindre hésitation. Je suis très reconnaissant de tout ce qu'ils ont fait pour moi. Lorsque je reviens en Europe pour disputer un cross (lire ci-contre) , mon père est le premier à se proposer pour me servir de mécano."
Dean et Lewis-Lee. "Sur mon bras droit, j'ai fait tatouer le prénom de mes deux fils de sept et cinq ans. Ils me manquent énormément lorsque je suis aux États-Unis (lire ci-contre) et c'est pour eux que je reviens quatre à cinq fois par an en Belgique. Je tente toujours de programmer mes voyages en Belgique durant les vacances scolaires. Skype et Facetime rendent heureusement l'éloignement un peu moins pénible."
Deux fleurs sur le tibia. "Elles représentent la mère de mes enfants et Nicole, ma nouvelle compagne que j'ai rencontrée en Amérique. Ce sont les deux femmes de ma vie."
Carte blanche aux tatoueurs. Le reste des tatouages de Berden n'a pas de signification particulière. "Mon premier tatoueur est un ami d'enfance en qui j'avais totale confiance. Je me rends désormais chez une artiste américaine à Boulder. Je laisse carte blanche à sa créativité. Elle connaît mon style et me propose donc des projets en adéquation avec celui-ci. Je n'ai, jusqu'ici, jamais été déçu."
"Boonen voulait se tatouer tout le bras"
Si le phénomène n'a pas encore gagné le peloton aussi largement que ce peut être le cas des vestiaires des clubs de football, la mode des tatouages se répand chaque année un peu plus dans le peloton. "Aux États-Unis, où je vis désormais , je suis presque dans la norme", s'amuse Ben Berden. " Là-bas des tas d'athlètes de tous bords sont tatoués. Le culte du corps est bien plus présent qu'en Belgique et même, plus largement, en Europe."
Sur la route, plusieurs vedettes ont, elles aussi, cédé à l'appel du tattoo . Pipo Pozzato affiche ainsi un énorme Only God Can Judge Me dans tout le dos alors que Sylvain Chavanel a, pour sa part, opté pour un dragon cracheur de feu sur le mollet. Les deux plus grandes stars belges du peloton sont elles aussi tatouées. Philippe Gilbert a ainsi choisi un discret cercle arc-en-ciel entourant sa cheville. "Boonen arbore de son côté un motif maori sur le haut du bras", explique Berden. "Lors d'un entraînement que nous avions eu l'occasion de partager, il m'avait avoué avoir très envie d'étendre celui-ci sur l'ensemble de son bras, mais son équipe n'était pas très enthousiaste face à cette idée…"
"Sur l'os, c'est le plus douloureux"
Pour recouvrir la majeure partie de son anatomie de tatouages, Ben Berden aura passé un peu plus de 90 heures entre les mains de ses deux tatoueurs. "Certaines séances sont particulièrement douloureuses. En règle générale, dès que l'artiste travaille sur une zone où il n'y a pas beaucoup de chair, cela devient rapidement très pénible. Ce sont les endroits les plus sensibles. Je n'ai pas encore choisi le motif de mon prochain tattoo, mais j'ai fixé rendez-vous aux États-Unis pour la fin novembre. Il faudra donc que je me décide rapidement. (rires) J'ai encore beaucoup de place dans mon dos, mais je ne sais pas si c'est pour cet endroit que j'opterai."
Une nouvelle vie aux Etats-Unis
Depuis un peu plus de trois ans, Ben Berden s'est exilé aux États-Unis où il se construit une nouvelle vie. Le Limbourgeois a posé ses valises à Boulder, dans le Colorado, au pied des Rocheuses. "C'est là que bat le cœur de la communauté cycliste aux États-Unis. Je partage ainsi, de temps à autre, mes entraînements avec Taylor Phinney, le coureur de chez BMC."
Le cyclo-crossman de 39 ans y a surtout rencontré Nicole, une cycliste pro dont il partage désormais la vie. "Elle a elle-même deux enfants. Ceux qui nous connaissent bien disent parfois qu'elle est mon clone au féminin. (rires) Nicole est une ancienne descendeuse VTT aujourd'hui reconvertie au cyclo-cross. Lorsque nous nous entraînons ensemble et que nous négocions des tronçons en dévers particulièrement technique, elle est toujours devant moi…"
C'est que le Limbourgeois continue en effet de vivre de sa discipline. De la première semaine de septembre à début décembre, Berden enchaîne les cross aux quatre coins du pays. " J'évolue sous les couleurs du Team Raleigh pour la 3e année consécutive. Mon contrat n'a rien de plantureux, mais je peux payer mes factures et le loyer. Je suis surtout heureux ! Je compte trois podiums à mon actif depuis le début de la saison. L'ambiance est très différente de celle de mise sur les cross européens. Début septembre, il fait encore 35°C… On est donc très loin de la discipline hivernale qu'incarne le cyclo-cross en Europe. Le rendez-vous le plus prestigieux du calendrier reste celui de Las Vegas où l'assistance doit s'élever à 3.000 spectateurs. Il y a un réel essor pour ce sport aux États-Unis et le phénomène s'est accentué dans la foulée du Mondial de Louisville que le pays a accueilli en 2013."
Si une partie du folklore lié à la discipline semble s'être exporté au pays de l'oncle Sam, d'autres traidtions sont bien plus singulières.
"Comme il n'est normalement pas autorisé de boire de l'alcool dans les lieux publics, les spectateurs souhaitant écluser l'une ou l'autre bière se réunissent souvent sur un point précis du parcours. L'ambiance y est en générale survoltée. Lorsque les coureurs y passent, certains font pendre des billets de banque au bout d'une canne à pêche, à charge pour nous de tenter de les rattraper . (rires) Le niveau est bien moins élevé qu'en Europe. Jérémy Powers, qui s'est classé 9e lors de la manche de Coupe du Monde de Valkenburg, écrase la concurrence."
Il sera à Namur le 21 décembre
Lors de sa dernière venue en Europe, à la mi-octobre, Ben Berden s'était aligné sur le cross de Valkenburg (Pays-Bas), une manche de la Coupe du Monde, où il avait pris la 40e place. Lors de sa prochaine venue dans notre pays, en fin d'année, le Limbourgeois a déjà prévu de s'aligner sur l'épreuve disputée à la Citadelle de Namur et également labélisée Coupe du Monde. "Le circuit est très exigeant et ne correspond pas trop à mes qualités, mais je ferai de mon mieux…"
Chaque mercredi, jusqu'au 26 novembre, retrouvez l'un des volets de notre série Les marginaux du peloton. À suivre: Chris Horner, le 5 novembre.