Les questions de l'année sportive 2023 (7/7): classiques, Giro, Tour, Mondial et les choix d'Evenepoel et van Aert
À quelques jours du début de la campagne 2023, voici les principales interrogations que l'on se pose.
- Publié le 09-01-2023 à 17h01

1. Remco Evenepoel a-t-il bien fait de privilégier le Giro au Tour ?
OUI Avec sa magnifique victoire au Tour d'Espagne, Remco Evenepoel a ravivé dans toute la Belgique la flamme de voir un Belge remporter le Tour de France. Pourtant, les supporters devront encore patienter (au moins) un an pour trouver un successeur à Lucien Van Impe.
Même s'il rêve du doublé à Liège, de prolonger son bail arc-en-ciel et de régler un vieux compte avec le Tour de Lombardie, le champion du monde a préféré jeter son dévolu sur le Giro. Ce qui l'attend en Italie sera encore un cran plus difficile, au niveau de la concurrence, du parcours et de l'intensité, que ce ne le fut à la Vuelta. Avec trois étapes chronométrées (contre une seule au Tour), le Vélo d'Or 2022 va trouver des occasions de briller et de porter le maillot rose. Mais il a démontré en septembre dernier que la haute montagne et les plus forts pourcentages ne doivent pas lui faire peur. Remco fait bien de patienter avant de découvrir le Tour car son équipe n'est pas (encore) de taille à lutter sur un grand tour avec les armadas que sont Jumbo-Visma, UAE ou Ineos.
"En trois semaines, tout peut arriver, monter sur le podium du Giro serait déjà une belle performance", répète le Brabançon qui rêve évidemment de ramener le maillot rose à Schepdaal.
2. Tadej Pogacar peut-il regagner le Tour ?
OUI Sa défaite au Tour de France, inattendue au départ de Copenhague, a masqué en grande partie toutes les autres performances du Slovène l'an dernier. Pogacar a conservé son rang de n°1 au classement mondial, gagné les Strade, la Lombardie, Tirreno et le Tour UAE.
"Je veux regagner le Tour", a prévenu le coureur qui a surtout, ainsi que son entourage, beaucoup appris de sa défaite en 2022. Tadej Pogacar va se préparer bien plus consciencieusement et méticuleusement en vue de la Grande Boucle même s'il a surtout parlé jusqu'ici de son ambition à briller à nouveau sur le Tour des Flandres. Il pourra aussi compter sur une formation renforcée car en juillet, le double vainqueur du Tour n'a pas été épaulé autant que Jonas Vingegaard ne le fut.
3. Le Tour se limitera-t-il au duel Vingegaard-Pogacar ?
OUI À six mois du Grand Départ de Bilbao, les deux premiers du dernier Tour s'érigent comme les principaux favoris. D'autant que Primoz Roglic, qui fut pendant cinq ans l'un des grands prétendants, sera absent. Tout comme Remco Evenepoel qui reporte de douze mois ses débuts sur la Grande Boucle. C'est donc à Enric Mas, David Gaudu ou Richard Carapaz qu'il conviendra d'essayer de se trouver une place dans ce duel des favoris. On suivra aussi la prestation de Jai Hindley, le vainqueur du Giro, qui va découvrir la course au maillot jaune avec un parcours montagneux taillé pour lui. Pour Romain Bardet, Mikel Landa, Ben O'Connor et autre Aleksei Lutsenko, la barre est trop haute. Le seul qui, sur le papier, pourrait s'inviter aux côtés des deux derniers vainqueurs du Tour est leur prédécesseur Egan Bernal, mais le Colombien devra d'abord retrouver son meilleur niveau.

4. Le Tour de France est-il trop dur ?
NON Depuis que le parcours de la 110e édition de la Grande Boucle a été présenté, beaucoup d'observateurs estiment le tracé particulièrement difficile et même peut-être trop montagneux. Parmi les 21 étapes, une seule (22 km) sera disputée contre-la-montre et, encore, sur un profil très musclé. Ce sont surtout les passages dans les cinq massifs montagneux de France et les 30 cols annoncés par Christian Prudhomme, entre Bilbao et Paris, pour respectivement 23, 27 et 29 en 2022, 2021 et 2020, qui confirment qu'il faudra des jambes de grimpeurs pour succéder à Jonas Vingegaard. Mais, avec 56.000 mètres de dénivelé positif alors qu'il y en avait 58.000, en 2020, année du premier sacre de Pogacar, le profil général du Tour 2023 n'est pas le plus relevé. Il y aura même une arrivée en altitude de moins (quatre contre cinq) qu'en juillet dernier, et seulement deux passages à plus de 2.000 mètres d'altitude (au Tourmalet et au col de la Loze) contre quatre l'an passé, trois et deux, les années précédentes. Bref, ce Tour n'est pas le plus montagneux et s'il finit par se révéler très dur, ce sera surtout du fait de l'engagement total des coureurs.
5. Egan Bernal va-t-il revenir à son meilleur niveau cette année ?
NON Le Colombien a repris la compétition en fin d'été après son grave accident il y a un an. Jusqu'ici, il n'a guère brillé. Opéré une dernière fois fin septembre, le vainqueur du Tour 2019 a passé l'hiver à combler son retard. L'objectif est d'arriver en forme au Tour après avoir couru le Tour de San Juan, Paris-Nice, le Tour de Catalogne et le Dauphiné ou le Tour de Suisse. Pourra-t-il retrouver sa meilleure forme ou, comme son ancien équipier Chris Froome, va-t-il payer les conséquences de son terrible accident ? Bernal a l'avantage d'être plus jeune et une blessure n'est pas l'autre. Au vu de la rapidité avec laquelle il est revenu en 2022, on doit espérer qu'il reviendra à son meilleur niveau dans un futur proche mais ce ne sera pas encore cette année. Plus vraisemblablement en 2024.
6. Enfin un Monument pavé pour Wout van Aert ?
OUI Année après année, Wout van Aert se construit un impressionnant palmarès au niveau des classiques. L'une après l'autre, il a ajouté les plus grandes courses d'un jour (sept pour le moment) à son tableau de chasse mais il lui manque toujours un succès au Tour des Flandres et à Paris-Roubaix, les deux monuments pavés a priori taillés à sa mesure mais qui se refusent à lui jusqu'ici. Pour enlever au moins une des ces deux courses, van Aert, plus puissant que jamais comme l'a démontré sa saison de cyclo-cross, va encore alléger son programme en début de saison. Il ne sera pas au week-end d'ouverture en Belgique puis passera par l'Italie (Strade, Tirreno, Sanremo) pour monter en puissance. Le noyau de Jumbo-Visma qui l'encadre sur ces épreuves flandriennes a encore été renforcé. L'arrivée de Dylan van Baarle, le vainqueur d'A Travers les Flandres et de Paris-Roubaix, donne plus de poids au groupe.

7. Alaphilippe restera-t-il chez Soudal-Quick Step ?
NON L'ancien double champion du monde sort d'une saison 2022 très compliquée durant laquelle il n'a enlevé que deux courses (une étape du Tour du Pays Basque et une au Tour de Wallonie) et qu'il a terminée au 107e rang mondial ! "Je veux qu'il se reprenne. Il me doit une revanche", a dit Patrick Lefevere qui a lâché également que le Français pourrait ne pas aller au bout du contrat qui le lie avec Soudal-Quick Step jusqu'à fin 2024. Un départ qui libérerait un fameux budget pour étoffer le noyau autour de Remco Evenepoel en vue des prochains Tours. Avant de retourner à la Grande Boucle dont il fut privé en 2022, Alaphilippe va se focaliser sur les classiques flandriennes où son équipe n'a pas tenu son rang l'an passé. Il pourrait faire l'impasse sur les Ardennaises où Evenepoel sera leader. À plus de 30 ans, le Français sait que Lefevere n'a jamais fait de sentiment (rappelons-nous de Bettini, Gilbert, Stybar ou Cavendish, pour ne citer que ceux-là, poussés vers la sortie), les mois à venir seront très importants pour l'ex-n°1 mondial.
8. Va-t-on retrouver le meilleur Mathieu Van der Poel ?
OUI Beaucoup se seraient contentés d'une saison comme le fut le millésime 2022 de Mathieu van der Poel, lauréat d'A Travers les Flandres, du Tour des Flandres, d'une étape du Giro ou du G.P. de Wallonie, mais le Néerlandais, en délicatesse avec son dos en début d'année, n'a jamais retrouvé ses meilleures jambes après le Giro. Il a abandonné au Tour et a mis du temps à revenir. Il a aussi connu de nouveaux déboires à la veille du Mondial en Australie (oubliés depuis avec son acquittement). MVDP, comme son père avant lui et son frère David, a des soucis au dos. Ils se sont réveillés cet hiver, mais le coureur d'Alpecin-Deceuninck devrait répondre présent au printemps et enflammer ensuite les routes du Tour de France.

9. Primoz Roglic redeviendra-t-il n'°1 mondial ?
NON Le Slovène est entré dans l'année charnière de sa carrière. À 33 ans, le poids des ans va commencer à peser. Malgré des succès (merci Wout van Aert) à Paris-Nice et au Dauphiné, la saison 2022 n'a pas été idéale pour Roglic. Au Tour, puis à la Vuelta, l'ancien n°1 mondial a chuté et abandonné. Il a perdu, au profit de Jonas Vingegaard, son statut de leader de l'équipe Jumbo-Visma au Tour. Une épreuve au départ de laquelle l'ancien sauteur à ski ne se présentera plus jamais en position de force sauf si le Danois éprouvait des difficultés (plus mentalement que physiquement) à conserver son leadership dans l'équipe néerlandaise.
10. L'UCI a-t-elle bien fait de revaloriser les points ?
OUI On s'est rendu compte l'an passé de l'importance des points et du classement mondial. Même si la prochaine échéance ne devrait survenir que fin 2025 (sur le total 2023-2025), l'UCI a revalorisé les épreuves WorldTour, notamment les classements généraux et celui des étapes des grands tours et des courses à étapes, ou les Monuments ainsi que celles classées en Pro Series (autrefois Hors catégorie). Une modification attendue car il n'était pas normal, comme c'était le cas, de conquérir plus de points en triomphant dans une modeste épreuve 1.1 qu'en enlevant une étape du Tour. L'Uci aurait dû le faire bien plus tôt mais aussi l'annoncer dès la fin de la saison dernière et pas à la veille du Nouvel An.
11. Arnaud De Lie confirmera-t-il son excellent début ?
OUI Jamais sans doute, on n'avait vu un néo-pro de 20 ans réussir autant ses débuts que l'Ardennais l'an dernier. Dès l'ouverture à Majorque, le coureur de Lescheret a frappé fort mais il a poursuivi ses éclairs tout au long de la saison avec, à la clé neuf succès et, surtout une 6e place au classement mondial Uci. Il lui faut maintenant, pour poursuivre sa progression, confirmer dans les épreuves WorldTour. Même si les deuxièmes saisons sont régulièrement les plus compliquées pour un jeune coureur, ceci ne devrait pas être très difficile pour le coureur de Lotto-Dstny. D'ailleurs, même si Arnaud De Lie ne conquiert pas autant de victoires qu'en 2022, il devrait surtout démontrer dans les classiques et courses d'un jour qu'il est bien plus qu'un sprinter et que l'on tient dans le jeune Wallon non pas le successeur de Philippe Gilbert mais bien celui de Tom Boonen.

12. Remco Evenepoel est-il l'arbre qui cache la forêt du futur ?
NON Une fois encore, la Belgique a fini la saison dernière en tête du classement mondial. Elle le doit à Remco Evenepoel et Wout van Aert mais derrière nos deux champions, une multitude de jeunes promettent un avenir doré à court et moyen termes. Avec Arnaud De Lie et Jasper Philipsen, c'est déjà le présent qui s'illumine. Il y en a beaucoup d'autres, entre 20 et 25 ans, qui doivent donc encore tous progresser. Avouons qu'avec des coureurs aussi talentueux que Cian Uijtdebroeks, Mauri Vansevenant, Jordi Meeus, Gerben Thijsen, Sylvain Moniquet, Maxime Van Gils, Florian Vermeersch, Sacha Weemaes, Ilan Van Wilder, Thibau Nys, Henri Vandenabeele ou Brent Van Moer, sans parler de la génération des espoirs, la relève semble assurée. Que cela soit dans les classiques, bien sûr, mais aussi dans les sprints ou sur les épreuves à étapes et même les grands tours.
13. Le conte de fées va-t-il s'arrêter pour Intermarché ?
NON Deux ans après avoir accédé au WorldTour en achetant sa licence à CCC, l'équipe Intermarché-Wanty Gobert, devenue en 2023 Intermarché-Circus-Wanty, a réussi – et de très loin – la meilleure campagne de son existence. La formation de Jean-François Bourlart a terminé 5e et première belge au classement mondial, devant Quick Step. Réussir une saison comparable à la précédente sera difficile mais la formation wallonne ne va pas rentrer dans le rang. "Nous sommes moins forts que l'an passé, en ayant perdu de la qualité et de l'expérience, mais potentiellement bien meilleurs avec les renforts ainsi que les jeunes qui sont chez nous" dit d'ailleurs Aike Visbeek, le manager de la performance. L'équipe a perdu Alexander Kristoff et Jan Hirt ainsi que Domenico Pozzovivo et Jan Bakelants, qui n'ont pas été conservés, et les coureurs qui les remplacent sont moins côtés ou connus. De toutes les formations WorldTour, Intermarché est celle dont le noyau a perdu le plus de points en passant de 2022 à 2023. "Notre ambition est de grandir et de devenir une équipe stable du top-10", continue le Néerlandais. Avec un talent comme celui de Biniam Girmay, qui devrait découvrir le Tour cet été, l'équipe dispose d'un atour n°1 pour rester une valeur sûre du peloton et conquérir enfin un premier succès d'étape sur la Grande Boucle.
14. Des sprinters belges parmi le top-mondial ?
OUI Après plusieurs années de disette, il y a à nouveau beaucoup de sprinters belges de qualité. Cette saison, Wout van Aert, Tim Merlier, Arnaud De Lie, Jasper Philipsen, mais également Jordi Meeus, Gerben Thijssen et quelques autres vont encore alimenter régulièrement notre compteur à succès dans les sprints et tenir tête à Fabio Jakobsen, Dylan Gronewegen, Arnaud Démare, Mads Pedersen, Caleb Ewan et autre Olaf Kooij.
15. Les Euros et les Mondiaux peuvent-ils sourire aux Belges ?
OUI L'UCI réunira à partir de cette année des super championnats du monde tous les quatre ans. Ceux-ci auront lieu du 3 au 13 août à Glasgow et en Ecosse, avec treize disciplines cyclistes : route, piste, vtt, bmx, trial, cyclisme en salle, paracyclisme, granfondo… Glasgow avait déjà accueilli les Euro en 2018. Sur un circuit urbain accidenté et sous la pluie, Matteo Trentin avait devancé Mathieu van der Poel et Wout van Aert, pour lesquels la route ne servait encore que de préparation à la saison de cyclo-cross. La course sur route des pros aura lieu le dimanche 6 août, le relais mixte le mardi 8 et le chrono hommes le vendredi 11. Ce ne sera donc pas la Vuelta, mais le Tour, fini deux semaines avant le Mondial, qui servira de préparation à l'épreuve arc-en-ciel.
En conséquence, les Euro sur route, ouverts aux pros depuis 2016, auront lieu aux dates habituelles des Mondiaux, fin septembre (20 au 24 septembre). C'est en province de Drenthe, aux Pays-Bas, que les courses auront lieu autour du VAM-berg (une côte pavée de 400 mètres d'une pente moyenne de 9,6 % avec un passage maximal à 12,8 %). Un circuit sur lequel Mathieu van der Poel avait été couronné champion des Pays-Bas en 2020 après un long (plus de quarante kilomètres) cavalier seul. Un parcours taillé lui aussi pour les spécialistes des classiques et donc également pour les Belges.
