Les Trois Vallées Varésines arrêtées en raison de pluies diluviennes : "L'eau soulevait même les taques d'égout !"
Des torrents d'eau se sont invités sur le parcours de l'épreuve italienne faisant tomber à l'eau le duel Evenepoel-Pogacar.

- Publié le 08-10-2024 à 18h08
- Mis à jour le 08-10-2024 à 20h49

Sous la tonnelle installée au pied du podium de départ de Busto Arsizio, le regard d'Ilan Van Wilder semble scruter le ciel noir de la Lombardie avec une fébrile inquiétude. Vainqueur sortant des Trois Vallées Varésines, l'équipier de Remco Evenepoel a pris les allures d'une grenouille prédicatrice. "Vous voyez comme moi les quantités d'eau qui nous tombent déjà sur la tête, soufflait le Brabançon quelques minutes avant de se présenter sur la ligne. Selon les prévisions, cela va être trois fois pire dans un peu plus d'une heure… Plus que la course en elle-même, l'essentiel va être en ce qui me concerne de rester sur le vélo. J'espère que les organisateurs sauront faire preuve d'un peu de bon sens."
Placée en alerte rouge par les services météorologiques italiens dès lundi soir, la région de Varèse s'est bien transformée en aquarium géant dès le lendemain poussant les organisateurs à adapter leur épreuve en retardant le départ de 20 minutes et en enlevant deux tours du circuit local final de 16 kilomètres pour réduire la distance à avaler à 170 bornes. "Mais cela n'a aucun intérêt dès le moment où c'est au départ qu'il va littéralement tomber des cordes", soufflait Van Wilder. Le coureur de chez Soudal Quick-Step ne pensait sans doute pas aussi bien dire…

Dès les premiers kilomètres, le peloton se morcela sous l'effet des crevaisons avant que le danger n'aille crescendo au fil des minutes en même temps que le robinet céleste s'ouvrait un peu plus. "Il pleuvait tellement fort que c'était pratiquement comme si on roulait avec les yeux fermés, illustrait le Wallon Sylvain Moniquet. Je n'ai pas beaucoup couru depuis la Vuelta et j'étais en demande de rythme de course mais pas dans des conditions pareilles. À certains endroits, dix à quinze centimètres d'eau recouvraient la chaussée et à d'autres on avait de la flotte pratiquement jusqu'à hauteur des disques de frein de nos vélos. On ne voyait aucun trou et cela tapait dans tous les sens, des gars cassaient littéralement des roues. Mais le plus dangereux, c'était assurément les taques d'égout qui étaient soulevées d'une trentaine de centimètres par la seule force de l'eau dans une descente que l'on négociait à près de 70 km/h. Il ne faut pas être coureur pour comprendre la dangerosité que cela peut représenter…"
Il pleuvait tellement fort que c'est pratiquement comme si on roulait les yeux fermés."
Des conditions dantesques qui avaient donc été annoncées, poussant même certaines écoles de la région à fermer et des lignes de bus à ne pas circuler, mais pas jugées suffisantes pour annuler purement et simplement la semi-classique avant son coup d'envoi. "C'est toujours comme ça, pestait Klaas Lodewyck, le directeur sportif de chez Soudal Quick-Step. Certains veulent courir, d'autres pas… Il n'y a pas d'unanimité et cela débouche sur des situations comme celles-là. Pour le même prix, trente gars tombaient dans la descente. Il ne faut pas oublier ce qu'on a vécu il y a moins de deux semaines lors du Mondial en Suisse (décès de Muriel Furrer)."

Après une soixantaine de kilomètres de course, et alors que Bardet, Mas, Foss, Germain, Steinhauser et Engelhardt avaient plus de deux minutes d'avance sur leurs poursuivants, le peloton du prendre l'initiative de mettre pied à terre après avoir bouclé un nouveau tour du circuit local. Tout frais champion du monde, Tadej Pogacar s'était fait la voix de ses collègues auprès de la direction de course qui avait invité à encore tenter le coup pendant une boucle. "On a essayé de courir, mais c'était tout simplement impossible, commentait le champion du monde. Personne ne voulait continuer. A certains endroits, c'est comme si on avait créé des lacs sur la route. Je comprends que ce soit difficile pour les gens de l'organisation qui travaillent sur ce projet depuis un an, son patron avait les larmes aux yeux, mais il fallait être raisonnable et il nous a compris. Quand tu perds le contrôle de ton guidon, ce sont les pires accidents…"
Si la pluie est annoncée samedi entre Bergame et Côme pour le Tour de Lombardie, dernier monument de la saison qui offrira un duel Evenepoel-Pogacar, elle devrait fort heureusement tomber en quantités bien plus raisonnables. Histoire que la fin de saison ne fasse pas plouf...