Thibau Nys va disputer pour la première fois une Flèche wallonne qui l'obsède : "Je pense à cette montée finale du Mur depuis que j'ai 16 ans !"
Tombé sous le charme de l'exigence du Mur de Huy à l'adolescence, le fils de Sven veut y défier Pogacar et Evenepoel pour matérialiser son rêve de succès.

- Publié le 22-04-2025 à 13h03

Sa découverte du triptyque ardennais a débuté dimanche sur un premier panneau que son équipier Mattias Skjelmose a enluminé des dorures du succès. Douzième de l'Amstel Gold Race, Thibau Nys s'est "bien amusé" sur une classique néerlandaise d'un peu plus de 250 bornes qui l'a également confronté à l'implacable vérité de ces épreuves qui flirtent avec les six heures de course. "J'ai manqué d'un peu de fraîcheur dans la finale, jugeait le coureur de chez Lidl-Trek. J'étais encore capable de rouler vite, mais je n'avais plus vraiment de punch."
Une explosivité qui fait pourtant figure de première qualité chez le jeune Brabançon (22 ans). Vainqueur début avril du GP Indurain pour son premier jour de compétition sur route de la saison, le fils de Sven y avait fait la différence par la grâce d'une attaque tranchante au plus fort de la pente de l'Alto Ibarra. Ce mercredi, c'est sur les pourcentages diaboliques du Mur de Huy que le champion d'Europe de cyclo-cross espère bien faire parler la poudre, dans le dernier kilomètre d'une Flèche wallonne qui l'obsède et l'aimante depuis l'adolescence. Une fascination sur laquelle il a pris le temps de s'attarder pour nous.
Un coup de foudre d'adolescent
"Je me souviens encore très bien du jour où j'ai ressenti une forme de déclic et j'ai commencé à songer à un possible succès futur sur la Flèche. J'évoluais encore dans les rangs juniors et j'avais effectué une sortie d'entraînement sur route avec les pros de l'équipe Telenet Fidea lors de laquelle nous avions emprunté le Mur de Huy. J'étais arrivé au sommet avant des gars comme Lars van der Haar ou Toon Aerts. À cette époque, je n'avais aucune intention de devenir pro sur la route, j'étais focalisé sur le cyclo-cross. Mais je me rappelle m'être alors dit que si je devais un jour lever les bras en dehors des labourés, ce serait peut-être bien sur la Flèche wallonne (rires)… C'est sans conteste l'épreuve qui ressemble le plus aux courses que j'aime et au coureur que je suis. J'ai peut-être bien planté une petite graine dans mon cerveau ce jour-là, car lorsque je songeais cet hiver à ma saison sur route, c'est pratiquement toujours cette classique qui me venait en premier lieu à l'esprit. Un peu comme si cela avait continué à grandir dans mon subconscient. Je pense à cette montée finale du Mur depuis que j'ai 16 ans (sourire). Je ne me suis jamais senti aussi fort que lors de ce printemps, mais je sais aussi que cela ne m'offre aucune garantie de victoire sur les courses à venir. Un succès n'est d'ailleurs pas une obsession, je veux d'abord et avant tout être la meilleure version de moi-même face à des gars comme Pogacar ou Evenepoel…"

Le Mur de Huy en objectif d'entraînement
"Il m'arrive assez régulièrement de mettre le cap vers la Wallonie pour des sorties d'entraînement que je veux plus musclées, lorsqu'il me faut chercher un dénivelé plus important. Je prends alors la voiture pour les Ardennes et je vais, par exemple, jusqu'à Spa d'où je démarre une jolie boucle. Mais je prends également de temps à autre le chemin de Huy à vélo depuis la maison (NdlR : Baal) pour aller gravir le Mur que j'enchaîne même parfois avec la montée de la Citadelle de Namur. Cela me fait alors une bonne séance oscillant le plus souvent entre les cinq à six heures de selle. Il y a vraiment des superbes ascensions au sud du pays. Je ne sais pas si le Mur est réellement ma difficulté préférée en Wallonie mais c'est en tout cas, très probablement, celle qui me convient le mieux !"
Le paramètre course en inconnue de l'équation
"Comme vous l'avez compris, je connais bien l'ascension de la cité mosane mais y disputer le dernier kilomètre d'une classique aussi prestigieuse que la Flèche, c'est très différent que de l'avaler en reconnaissance par exemple. J'ai effectué un repérage du parcours qui nous attend mercredi il y a plusieurs semaines de cela déjà et j'ai mesuré à quel point il fallait tenter d'y économiser le moindre coup de pédale en prévision de l'ultime ascension du Mur où la fraîcheur est absolument déterminante. Il faut avoir de super-jambes le Jour J pour encore disposer d'une cartouche permettant une accélération dans les 30 à 60 dernières secondes de la course. Dans le dernier kilomètre, il s'agit d'abord de survivre avant de donner tout ce qu'il nous reste. Je mesure ici que je n'ai pas le vécu de certains gars qui savent comment gérer le plus efficacement leur effort pour aller chercher un résultat. Mais pour apprendre, on dit souvent qu'il faut se confronter à ses limites, non (sourire) ?"