"Faisons payer l'entrée dans les 5 derniers kilomètres de l'Alpe d'Huez" : la proposition d'un ancien coureur pour amener de l'argent dans le cyclisme

Jérôme Pineau estime que les équipes devraient toucher davantage d'argent pour le spectacle fourni lors des courses cyclistes.

L'ancien coureur Jérôme Pineau propose de faire payer le public pour assister aux courses cyclistes.
L'ancien coureur Jérôme Pineau propose de faire payer le public pour assister aux courses cyclistes. ©AFP

"Même si le cyclisme est un sport qui reste gratuit et qui se déroule sur la voie publique, les budgets sont de plus en plus élevés et cela devient de plus en plus compliqué pour les petites écuries" : dans sa chronique du 22 octobre dernier, notre consultant Axel Merckx évoquait son inquiétude sur la situation économique actuelle du cyclisme.

Depuis plusieurs saisons désormais, les plus petites équipes ont ainsi de plus en plus de mal à lutter avec les formations aux budgets quasiment illimités. Si elles tentent de survivre en cherchant de nouveaux partenaires pour les financer, cette opération semble de plus en plus compliquée. Ainsi, en cette fin de saison, plusieurs équipes professionnelles ont mis la clé sous la porte comme Arkéa-B & B Hotels et Wagner-Bazin WB. Sans oublier la difficile fusion entre Lotto et Intermarché-Wanty ou encore le retrait du gouvernement flamand dans le budget de l'équipe Flanders-Baloise à partir de 2027.

La chronique d'Axel Merckx : "Le vélo est de plus en plus élitiste"

Dans ce contexte économique difficile, l'ancien coureur et manager de l'équipe B & B Hotels Jérôme Pineau a proposé plusieurs pistes de réflexion. Dans le podcast "Grand Plateau" de RMC Sport, le Français se dit "très inquiet pour son sport". Pineau regrette ainsi que le cyclisme soit devenu "un système d'ultra-riches", précisant qu'il n'y a malgré tout "pas d'oseille". "Le vélo est en train de se tuer à cause de ça", a-t-il ajouté.

"Faire gagner de l'argent"

Pour l'ancien coureur, il y a un énorme déséquilibre entre les gains récoltés par les équipes et ceux récoltés par les gros organisateurs de course (comme ASO qui organise le Tour de France) et l'Union cycliste internationale (UCI). "Les gens qui nous dirigent voient les choses en grand parce qu'ils se mettent un tas d'oseille dans les poches, en témoignent ces Championnats du monde au Rwanda qui sont juste un scandale pour les finances du cyclisme international. À côté de cela, les équipes meurent", s'est-il emporté, rappelant au passage que "ce sont les équipes qui font le spectacle et que sur le plan international, les cyclistes sont les seuls artistes qui ne touchent pas d'argent pour leur spectacle."

Pour contrer cela, il propose de faire payer le public qui vient voir les coureurs au bord de la route, en prenant en exemple l'étape du Tour de France qui passera deux fois au sommet de l'Alpe d'Huez l'été prochain : "Privatisons les cinq derniers kilomètres de l'ascension, faisons payer l'entrée, faisons des VIP, créons quelque chose pour faire gagner de l'argent !", explique-t-il. Pineau précise toutefois qu'il sait que le cyclisme est traditionnellement "un sport populaire et gratuit", il estime que c'est un mal nécessaire pour sauver le cyclisme : "Un sport gratuit où il n'y a plus de coureurs sur la route parce qu'il n'y a plus que deux équipes Bahreïn et UAE, c'est moins fun quand même."

Pineau va évidemment plus loin en demandant que l'argent récolté sur la vente des tickets ou les VIP soit redistribué aux coureurs et aux équipes : "Au bout de la Trouée d'Arenberg sur Paris-Roubaix, il y a un espace VIP. Qui ramasse l'oseille des gens qui ont payé ? C'est ASO. Les spectateurs viennent voir la course pour voir tes coureurs mais tes coureurs ont 0 sur la feuille des rentrées d'argent. C'est ça qui n'est pas normal."

Baser toutes les équipes en Suisse

Toucher à la gratuité pour le public – même si les tentes VIP sont déjà apparues depuis plusieurs années sur des épreuves comme le Tour des Flandres – reste un énorme tabou dans le monde du cyclisme.

Le patron de la Groupama-FDJ Marc Madiot plaide pour conserver cette gratuité. "On est le dernier grand sport gratuit", a-t-il ainsi rétorqué à Jérôme Pineau lors du podcast "Le Grand Plateau". "C'est une de nos forces. Après, trouver des sources de revenus et un meilleur équilibre entre les différentes familles, que ce soit les coureurs, les équipes ou les organisateurs, il y a certainement beaucoup de travail à effectuer dans ce sens."

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Selon Madiot, pour réduire l'écart entre les différentes équipes, il faudrait unifier leur système de fonctionnement. "Il y a trop d'écart de modes de financement et de gestion des finances entre les différents pays. C'est un boulet pour le cyclisme français", a-t-il notamment expliqué. L'ancien double vainqueur de Paris-Roubaix se dit ainsi favorable à l'instauration du salary cap et à la possibilité que toutes les équipes "soient basées en Suisse en termes juridiques pour avoir le même coût social".

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