Il y a 25 ans, Rik Verbrugghe remportait la Flèche wallonne en anticipant : "Je n'ai pas su lever les bras puis je suis rentré à la maison à vélo"
Le 18 avril 2001, Rik Verbrugghe remportait la Flèche wallonne au sommet du Mur de Huy. 25 ans plus tard, il n'a rien oublié de cette fabuleuse journée.

- Publié le 21-04-2026 à 11h28

Cela ne le rajeunit pas. Mais il s'en amuse. "25 ans, c'est un quart de siècle, mais les souvenirs sont toujours bien présents." Les souvenirs d'une des plus grandes victoires de sa carrière.
Le 18 avril 2001, Rik Verbrugghe remportait la Flèche wallonne, au sommet du Mur de Huy, sous les couleurs de Lotto. Un succès qu'il place dans le "top 3" des plus grands moments de sa carrière, avec sa victoire sur le Tour et son maillot rose porté sur le Giro au terme du prologue le plus rapide de l'histoire (un record qui tient toujours : 58,874 km/h !). "Gagner au sommet du Mur, à 40 kilomètres de la maison, c'était magnifique."
Pour nous raconter cette journée, on a donné rendez-vous à celui qui a rejoint l'encadrement de la REV Academy (U19) en novembre 2025 (NdlR : il est notamment chargé de l'optimisation des performances des jeunes dans l'exercice du contre-la-montre) à Huy. Évidemment.
Au sommet du Mur pour quelques photos puis dans un autre Mur : le Mur Coffee & Cycling. Le café vélo hutois en vogue. Les deux associés, Edward Godby et Bernard Perrier, avaient d'ailleurs préparé une belle surprise à Rik. "On a retrouvé le maillot avec lequel il a gagné la Flèche en 2001". Un clin d'œil qui a beaucoup plu à l'ancien coureur, qui l'a dédicacé avec plaisir et émotion. Avant de s'asseoir, autour d'une excellente bière pour nous raconter cette formidable journée du printemps 2001. Monologue.
![Rik Verbrugghe est un ancien coureur cycliste belge, né le 23 juillet 1974 à Tirlemont en Belgique. Professionnel de 1996 à 2008, il termine sa carrière au sein de l'équipe Cofidis. Sa meilleure année fut 2001, où il a remporté la Flèche wallonne, le Critérium International, le prologue du Tour d'Italie, la quinzième étape du Tour de France, le Sprint d'or et le Vélo de cristal[1]. Ses qualités de rouleur lui ont permis de remporter plusieurs épreuves de contre-la-montre. En 2009 et 2010, il occupe le poste de directeur sportif chez Quick Step. Il s'engage avec l'équipe américaine BMC Racing pour la saison 2011. Après avoir été directeur sportif de l'équipe IAM en 2015 et 2016, il devient sélectionneur de la Belgique en 2019 et 2020.](/resizer/v2/S5VKD3X55FFF3BW6V4SEHXNP7I.png?auth=f7de7396ae782d9e1067448e39a726cad814c6091c7a6c8532a5212a19f451ed)
"Deuxième l'année avant, je voulais gagner"
"En 2000, j'avais terminé deuxième derrière Fabio Casagrande. Je voulais donc faire mieux, c'est-à-dire gagner. Cela mettait forcément une petite pression à tout le monde, le matin, dans le bus, mais dès les premiers coups de pédale, j'ai senti que les jambes répondaient bien. Je savais que j'étais dans un bon jour. Le genre de journée qu'on n'a pas 36 fois dans une carrière. Avec Claude Criquielion, qui était notre directeur sportif, on avait une stratégie : contrôler la course jusqu'à la côte de Bohissau et y attaquer, à 25 kilomètres de l'arrivée."
"Ivan Basso et Erik Dekker me faisaient peur"
"Le parcours était différent de celui qu'on connaît aujourd'hui. Si on montait déjà le Mur de Huy à trois reprises, on montait également les côtes de Bohissau puis de Ben Ahin. Un enchaînement exigeant. On a mis le plan à exécution comme prévu mais on ne s'attendait pas à ce qu'un gars comme Ivan Basso (NdlR : qui remportera deux fois le Giro par la suite) soit dedans. Puis Eric Dekker est également sorti en contre pour rejoindre l'échappée. Ces deux coureurs me faisaient un peu peur. Mais j'ai dit à Claudy qu'on devait s'en tenir au plan. Je savais que les jambes étaient là donc il fallait simplement rester attentif et ne pas se faire surprendre, malgré la nervosité évidente.
"Personne n'imaginait gagner en attaquant de si loin"
"Je sentais que mon équipe, Lotto,- Adecco ne serait plus en mesure de contrôler le final. Et j'ai mis une accélération sèche dans la partie la plus raide de Bohissau. Cela a surpris tout le monde. Personne n'a suivi. Je pensais qu'un petit groupe de quatre ou cinq favoris allait revenir mais ce n'était pas le cas. J'ai pris un gros risque, ce jour-là. La Flèche, déjà à l'époque, se jouait toujours dans le Mur, sur une montée sèche. Mais j'ai voulu tenter le coup à fond en partant de loin. C'était un scénario qui ne se voyait pas souvent. Personne n'imaginait pouvoir gagner en attaquant de si loin."
"Dans le groupe de tête, personne ne prenait des relais"
"Quand je suis rentré sur l'échappée, j'ai imposé mon tempo et j'ai vite senti que j'étais supérieur à tout le monde. Je demandais des relais mais personne n'était capable de passer. Cela allait trop vite. Quand j'ai senti que j'étais au-dessus, je me suis dit que je ne devais pas calculer et y aller à fond. Le vrai combat n'était pas avec ces gars-là mais avec le peloton. Il fallait absolument éviter que les Casagrande, Rebellin ou Bartoli reviennent."

"Dans la vallée à 60 km/h, je me suis dit : Rik, calme-toi"
"Pour pouvoir m'imposer, je savais qu'il me fallait une vingtaine de secondes au pied du Mur de Huy. Quand on a descendu Ben Ahin pour revenir dans la vallée de la Meuse, avant de grimper le Mur, je me souviens avoir regardé mon compteur et j'étais à 60 km/h. Mais il fallait que j'en garde sur la pédale pour la dernière montée. Donc dans ma tête, je me disais 'Rik, calme-toi, ne fais pas trop d'effort, ne te surexcite pas'. Les gars de l'échappée étaient toujours dans ma roue mais je savais que la victoire était possible. Je me suis dit qu'il fallait plus de 20 secondes au pied du Mur pour avoir une chance de gagner."
"La trajectoire la plus à l'extérieur possible dans le virage"
"Les 20 secondes, je les avais au pied. Et j'ai monté le Mur au tempo, sans à-coups, jusqu'au sommet. Un effort de trois minutes. À la fois très court et… très long. J'avais découpé la montée en deux blocs. Un premier jusqu'au virage gauche droite (NdlR : aujourd'hui appelé le virage Criquielion) qui est très raide, où il fallait maintenir un haut tempo. Puis j'ai passé le virage en prenant la trajectoire la plus à l'extérieur possible, car il y a plusieurs % de différence entre la corde et l'extérieur. Cela faisait un peu plus de chemin mais ça faisait moins mal. Je ne voulais pas m'asphyxier et me casser les jambes avant le deuxième bloc : 400 mètres très difficiles où l'effort est maximal. C'était un très long sprint."
"Le Mur à l'entraînement des centaines de fois"
"Pour apprendre à gérer le Mur de Huy, il n'y a pas de secret, il faut le grimper et le grimper encore. Je l'ai fait des centaines de fois à l'entraînement, même si l'effort n'est jamais le même qu'en course. Je me souviens qu'avec mon papa, à l'époque, mes parents habitaient à Hélécine, petite commune du Brabant wallon, on venait ici, à Huy. On avait 35 kilomètres. Il me faisait le tempo derrière la moto jusqu'au pied du Mur puis je devais faire le reste. Et une fois arrivé au sommet, mon papa m'attendait avec la moto pour réaccélérer et refaire des efforts derrière. Donc ce sont tous des détails comme ça qui ont fait que j'ai vraiment su maîtriser le Mur et produire l'effort au bon moment."
"Incapable de lever les bras"
"Je ne me suis jamais dit que j'allais gagner avant de passer la ligne. Le Mur, ça peut vous arrêter d'un coup net. Et quand vous êtes à bout de souffle face à un groupe lancé, on peut vite être battu. Donc ce n'est qu'une fois après avoir passé la ligne que je me suis rendu compte que j'avais gagné. J'étais au bout de l'effort. D'ailleurs, je n'ai même pas été capable de lever les bras. Je n'en ai levé qu'un seul (rires)."
"Quand mon frère a passé la ligne, j'étais sur le podium"
"Après l'arrivée, le podium a été assez rapide. Et je me souviens d'un moment très spécial. J'étais sur la première marche quand j'ai vu mon frère Ief passer la ligne, huit grosses minutes plus tard. Il avait fait son effort pour moi en début de course, comme équipier, et il m'a revu sur le podium au sommet du Mur. Voir l'émotion dans son regard, cela a été un moment très fort."
"Je suis rentré à la maison à vélo"
"Le jour où j'ai gagné la Flèche, j'habitais à Chaudfontaine, à 35-40 kilomètres de Huy. Et je suis rentré à la maison à vélo car je voulais faire encore quelques kilomètres pour préparer Liège-Bastogne-Liège, qui avait lieu le dimanche (NdlR : il a terminé 33e). Cela m'a permis de décompresser un peu et de faire tourner les jambes après les gros efforts de la journée, et c'étaient des kilomètres gratuits. Quand je suis arrivé à la maison, j'étais complètement vidé. On a bu une petite coupe de champagne, mais ça en est resté là."
"2001, c'était mon année"
"Outre ma victoire sur la Flèche, 2001 a été une super année. J'ai remporté le Critérium International, le prologue du Giro, j'ai passé 4 jours en rose et j'ai remporté une victoire d'étape sur le Tour de France. Tout me réussissait. Les années précédentes, j'étais souvent placé sans jamais gagner mais en 2001, la pièce est tombée à chaque fois du bon côté. C'était la récompense de beaucoup de travail. Dans sa carrière, un coureur a souvent deux ou trois saisons où il a ses meilleures sensations. Pouvoir en profiter pleinement, c'est formidable."
"Ce que Claudy Criquielion a vécu avec moi, je l'ai vécu en 2024"
"Quand j'ai levé les bras en 2001, cela faisait 12 ans qu'un Belge ne s'était plus imposé, en la personne de Claudy Criquielion. L'ironie du sort, c'est qu'il était mon directeur sportif chez Lotto le jour de ma victoire. La satisfaction était double. Ce qui est drôle, c'est que j'ai un peu revécu la même chose en 2024, quand Stephen Williams (Israël Premier Tech) s'est imposé au sommet du Mur et que j'étais son directeur sportif. J'ai pu vivre les émotions des deux côtés."
![Rik Verbrugghe est un ancien coureur cycliste belge, né le 23 juillet 1974 à Tirlemont en Belgique. Professionnel de 1996 à 2008, il termine sa carrière au sein de l'équipe Cofidis. Sa meilleure année fut 2001, où il a remporté la Flèche wallonne, le Critérium International, le prologue du Tour d'Italie, la quinzième étape du Tour de France, le Sprint d'or et le Vélo de cristal[1]. Ses qualités de rouleur lui ont permis de remporter plusieurs épreuves de contre-la-montre. En 2009 et 2010, il occupe le poste de directeur sportif chez Quick Step. Il s'engage avec l'équipe américaine BMC Racing pour la saison 2011. Après avoir été directeur sportif de l'équipe IAM en 2015 et 2016, il devient sélectionneur de la Belgique en 2019 et 2020.](/resizer/v2/S5VKD3X55FFF3BW6V4SEHXNP7I.png?auth=f7de7396ae782d9e1067448e39a726cad814c6091c7a6c8532a5212a19f451ed)