"La minute la plus dure de ma vie" : une réponse à la pédale aux critiques pour Arnaud De Lie avec sa victoire d'étape à Eupen au Tour de Wallonie
Le porte-drapeau du cyclisme wallon a évacué sa frustration des derniers jours avec un succès au bout d'un sprint en bosse dont il se souviendra longtemps.

- Publié le 05-06-2026 à 07h09

Le Taureau de Lescheret était énervé. Après avoir été frustré ces derniers jours par une accumulation de poisse à peine croyable (trois crevaisons lundi à Lobbes, surpris mardi par un sprint qui ne se lançait pas à Libramont et dans lequel il s'est retrouvé enfermé et victime mercredi d'une chute juste avant l'arrivée chez lui à Vaux-sur-Sûre), Arnaud De Lie grattait le sol. Prêt à en découdre. À charger.
Ce jeudi, il a lâché… les chevaux dans une déflagration de puissance dans Frankendelle, la bosse de l'arrivée à Eupen. Dans laquelle il a sorti tout le monde de sa roue pour avaler Laurence Pithie, parti en contre, et Riley Sheehan, le nouveau leader, qui avait anticipé et semblait en route vers la victoire. Vainqueur sur le fil, il a juste eu l'énergie de lever une main pour célébrer sa victoire, avant de prendre le soin de déposer son vélo contre les barrières. Et de s'écrouler au sol.
Arnaud, après la poisse des derniers jours, elle doit faire du bien, cette victoire…
Oui, c'est un soulagement ! Car je sentais ces derniers temps que la forme était là. Je me sentais fort. Mais sans pouvoir aller chercher le résultat espéré. Pour cette quatrième étape, plus dure, plus explosive, je m'étais dit que ça passerait ou que ça casserait. Mais c'est passé. J'en suis vraiment heureux.
Cela a été une minute à très haute intensité. Je pense que cela a été la minute la plus dure de ma vie.
Vous aviez déjà été si loin dans l'effort ?
C'est difficile de comparer. Il y avait eu ma victoire au Grand Prix de Québec. Mais aussi quarante minutes très difficiles à Grammont sur le Renewi Tour (NdlR : à l'avant avec van der Poel). Ici, cela a vraiment fait mal. J'ai tout donné. Cela a été une minute à très haute intensité. Je pense que cela a été la minute la plus dure de ma vie. Je suis parti fort mais en essayant d'en garder un peu pour les 200 derniers mètres. Là, il n'y avait plus de contrôle. Je ne voyais plus rien à l'arrivée. Je peux vous dire que je n'étais pas très bien ! Mais c'est ce que je préfère dans le vélo, quand ce sont les jambes qui parlent, pas le placement. Et qu'il te faut trois à quatre minutes pour récupérer. C'est plus beau qu'un sprint tout plat.

Là, vous n'étiez pas en zone 1 comme ces derniers jours…
Ah non ! (il rigole) Je pense avoir bien géré ma journée. J'ai essayé de rester en contrôle toute l'étape, dans ma zone de confort. Même dans la difficile montée de la Ferme Libert. Cela reste un effort intensif, cette zone de confort, mais je sais que je peux tenir longtemps à cette allure. Je suis content de remercier l'équipe pour son boulot avec cette victoire. J'ai travaillé beaucoup après les classiques et le Giro. Je sentais que la forme était là mais qu'il me manquait un petit déclic.
La façon dont vous avez géré la poisse de ces derniers jours, c'est aussi une preuve de votre évolution, d'une certaine maturité ?
Oui. Surtout comparé à l'an passé. J'ai par exemple su rester calme pendant les classiques. Au début de saison, j'étais bien, mais j'ai ensuite senti que le corps ne répondait pas comme il fallait. J'ai essayé de rester heureux dans ma vie. Car il faut différencier Arnaud De Lie et le cycliste. L'an passé, j'étais malheureux tant personnellement que professionnellement. Cette année, j'ai essayé de rester heureux même si le pro ne l'était pas…
Avec votre statut dans le vélo, vous êtes une personnalité publique. Ces derniers temps, il y a eu pas mal de critiques vous concernant. Cela vous touche ?
Non. Quand j'avais 20 ans, cela pouvait me toucher. Aujourd'hui, je sais que dans notre monde actuel, beaucoup de gens se permettent de parler. Mais ils n'ont pas l'empathie, ils ne se mettent pas dans la tête d'un coureur cycliste, d'un fermier, d'une prof… Tout le monde a des problèmes. Il faut se gérer soi-même plutôt que de taper sur les autres… Mes proches en souffrent, par contre, de ces critiques. Car ils savent les efforts que je fais pour mon sport et ma passion. Mais je peux vous dire que je suis très heureux dans ma vie.
Ces étapes à domicile, elles ne vous ont pas desservi, finalement, avec une forme de pression ?
Non, car cela me convient généralement bien, comme avec la Lotto Famenne Ardenne Classic. Ici, je regrette juste de m'imposer le jour où mes parents n'étaient pas là… Mais je serai content de les appeler. De savoir comment ils ont vécu le final. Je pense que dans les trois derniers kilomètres, ma maman devait beaucoup stresser et mon papa devait se dire que ça allait le faire (rires).
Et maintenant, vous pensez au classement général ?
Ce sera comme ce jeudi : quitte ou double. Cette dernière étape entre Bassenge et Aubel propose plus de dénivelé. Mais cela peut être aussi très tactique.