Van der Poel veut passer du jaune à l'or
Mathieu van der Poel veut honorer la mémoire de son grand-père Raymond Poulidor en s'emparant du maillot jaune, avant de briquer le titre olympique de VTT à Tokyo.
- Publié le 16-06-2021 à 19h19
- Mis à jour le 23-06-2021 à 23h08

Ceux qui pensent que Mathieu Van der Poel peut enlever le samedi 26 juin la première étape du Tour de France à Landerneau et combler en un jour à peine une lacune qui a fait connaître à Raymond Poulidor, son grand-père, la gloire sans maillot jaune, comme Poupou avait intitulé une de ses biographies, puiseront une bonne dose d'optimisme dans ce constat. Et ses rivaux y trouveront une raison de s'inquiéter.
Depuis 2018, saison à partir de laquelle il s'est de plus en plus tourné vers la route, le Néerlandais a disputé onze courses à étapes. Dans sept d'entre elles, MvdP a gagné la première étape en ligne (deux avaient été précédées d'un prologue). Surtout, Van der Poel a remporté au moins un succès d'étape dans ces onze courses, les Boucles de la Mayenne, l'Artic Race of Norway (deux fois), le Tour d'Antalya, le Circuit de la Sarthe, le Tour de Grande-Bretagne, Tirreno-Adriatico (deux fois), le BinkBank Tour, le Tour UAE et, tout récemment, le Tour de Suisse, ces cinq dernières épreuves émargeant au WorldTour.
À 26 ans, Mathieu Van der Poel va découvrir cet été son premier grand tour avec un but avoué, gagner (au moins) une étape, un rêve moins reconnu, porter le maillot jaune, et une mission sur laquelle il se focalise, se préparer au mieux pour son rendez-vous olympique.
"La conquête de la médaille d'or dans l'épreuve de mountain bike à Tokyo reste mon objectif principal des mois à venir", répète-t-il depuis un an. Alors, la conquête du maillot vert qui pourrait être une fin en soi est remise elle aussi à l'avenir.
Des classiques au VTT et retour à la route
Après la campagne des classiques, à laquelle il mit un terme au soir du Tour des Flandres, un succès au Strade Bianche dans la musette, Van der Poel est parti faire un petit tour sur le circuit du VTT où, lors des manches de Coupe du monde d'Albstadt et de Nove Mesto, il a cherché à conquérir le plus de points possible pour obtenir la meilleure place au départ à Tokyo.
Ensuite, par le biais d'un stage en altitude à La Plagne, le coureur de l'équipe Alpecin-Fenix a préparé son premier rendez-vous avec la Grande Boucle.
Au Tour de Suisse, Mathieu Van der Poel, dont les mouvements ont régulièrement trouvé écho auprès de Julian Alaphilippe, quand ce n'était pas le Français qui les initiait, a pu donner libre cours à sa manière offensive et généreuse de courir. Avec, à la clé, deux succès d'étape et le maillot de leader porté deux jours avant qu'un léger refroidissement ne le contraigne à quitter la course après cinq étapes.
Des actions qui pourraient faire merveille sur les routes du Tour, dans sa première partie notamment. Dès le premier jour, l'arrivée au sommet de la côte de la Fosse aux Loups semble taillée pour son impressionnante explosivité naturelle. Le tempérament de VDP peut être aussi son propre ennemi, comme à Tirreno où sa débauche d'effort dans la difficile 5e étape, gagnée sous la pluie après cinquante kilomètres d'attaque en solo, lui a fait plus de mal que de bien dans la perspective des classiques, il en convient lui-même.
"C'était une belle victoire, mais elle m'en a coûté de plus belles ensuite ; je n'ai plus retrouvé mes meilleures sensations pendant les classiques", reconnaît-il.
Le trio infernal du début de saison, avec Julian Alaphilippe et Wout Van Aert, peut faire exploser n'importe quelle course et il pourrait bien faire basculer le Tour dans un sens ou dans l'autre. Sous l'impulsion surtout de Van der Poel, car le Belge devra d'abord veiller à ce que Roglic suive le mouvement, et le Français n'a peut-être pas abdiqué toute ambition personnelle. À défaut de gagner lui-même le Tour, le quadruple champion du monde de cyclo-cross peut en orienter le résultat final s'il met le feu à la course. Dans sa première moitié car au fil des jours, l'attention du Néerlandais va certainement se porter de plus en plus vers le Japon.
"L'idéal aurait sans doute été de stopper prématurément au Tour, mais je dois aussi respecter mon équipe, nos sponsors, mes équipiers", dit-il. "Pendant le Tour, je garderai les Jeux dans la tête. J'aurais préféré qu'ils aient lieu l'an passé comme prévu afin que je puisse désormais me focaliser totalement sur le Tour."
Où on obtiendra dans le prochain mois quelques réponses à certaines interrogations.
"Peut-être Mathieu gagnera-t-il un grand tour un jour", dit son père, Adrie Van der Poel, lui-même double vainqueur d'étapes sur le Tour où il porta une journée le maillot jaune. "Cela dépendra de beaucoup de choses ; le parcours, l'équipe. Il essaiera au moins une fois d'y arriver, mais pas cette année. Ses débuts vont servir de test ; on verra comment ça se passe au Tour qui va apporter des indications. Pourra-t-il s'accrocher avec les meilleurs en montagne ? En aura-t-il envie ? Comment se comportera-t-il dans les chronos ?"