Le parcours du Tour de France 2026 va-t-il décourager Remco Evenepoel ? "On va attendre le tracé de la Vuelta et du Giro…"
Le tracé de la 113e édition du Tour de France a été dévoilé ce jeudi. Entre tradition et nouveautés, il réjouira plus facilement Pogacar et Vingegaard qu'Evenepoel et van Aert.

- Publié le 23-10-2025 à 18h25
Il n'y a pas beaucoup de moments, dans une année, qui nous rappellent l'enfance et ce matin de Noël où on ouvre ses cadeaux avec un mélange d'excitation et d'imprévisibilité. Mais le jour d'octobre où le parcours du Tour de France est officiellement dévoilé est peut-être celui qui s'en rapproche le plus.
Il faut dire qu'ASO sait mettre les formes. Dans le magnifique Palais des congrès de Paris, la longue vidéo d'introduction – qui a fait ressurgir les frissons de l'été dernier (comme la victoire de Wout van Aert sur les Champs-Élysées, par exemple) – donnait déjà envie d'être en juillet prochain. Et c'était encore plus le cas une fois le tracé révélé.
De notre œil de passionné, ce parcours paraît excitant. Bien balancé entre la tradition et l'inédit. Avec les trois villes les plus visitées par le Tour au programme (Paris, Bordeaux, Pau), la présence du Tourmalet dès la première semaine, la double ascension du Ballon d'Alsace (sur la 13e étape vers Belfort, puis sur la 14e vers le Markstein) et les deux arrivées de l'Alpe d'Huez (par les 21 virages lors de la 19e étape, par le col de Sarenne sur la 20e étape), l'édition 2026 fait honneur à l'histoire.
Tout en y ajoutant son lot de nouveautés, avec un chrono par équipes à Barcelone comme première étape (ce n'était plus arrivé depuis d'un demi-siècle) et plusieurs arrivées jamais explorées (celle vers Les Angles sur la 3e étape, la longue montée vers le cirque de Gavernie-Gèdre sur l'étape 6, l'ascension du terriblement irrégulier col du Haag sur la 14e étape ou le Plateau de Solaison et ses 11,3 km à 9,1 % sur l'étape 15).
Mais les coureurs, qu'en pensent-ils ? Comme les cadors du peloton n'étaient pas présents à Paris, ce jeudi, on a tenté de se mettre dans leur tête. Et certains ont plus de raisons de se réjouir que d'autres.
Pogacar ne va pas s'en plaindre
En pleine coupure hivernale, Tadej Pogacar a dû esquisser un sourire au moment de découvrir le parcours. Parce qu'il semble avoir été construit en pensant à lui. "Il est taillé pour que ses rivaux puissent prendre la parole et le contredire sans complexe", avoue d'ailleurs Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France, bien conscient que les deux dernières années de domination du Slovène ont pu lasser.
Pour tenter de changer les choses, ASO a, semble-t-il, tout fait pour éviter une chose : les arrivées en solitaire de Pogi. Dans ses deux premières semaines, le Tour est difficile, mais pas trop. Les Pyrénées sont moins mordantes que d'habitude et beaucoup d'étapes sont piégeuses, sans être trop éprouvantes dans leur final.
Un autre signe : trois des cinq arrivées au sommet ont été placées dans les quatre derniers jours. Et aucune journée ne dépassera les 4 300 mètres de dénivelé avant la terrible avant-dernière étape (5 600 mètres avec la Croix de Fer, le Télégraphe, le Galibier et Sarenne). "Tout peut y être renversé", assure Prudhomme.
Mais sans le vouloir, ASO a peut-être fait… un cadeau au Slovène, qui a semblé porté le maillot jaune comme un fardeau durant la troisième semaine, l'été dernier. L'optique de faire la différence dans les derniers jours, sur des montées historiques, pourrait d'ailleurs motiver encore plus celui qui vise une 5e victoire, comme Merckx, Anquetil, Hinault et Indurain avant lui.
"On peut construire tous les parcours qu'on veut, ils conviendront tous au talent de Pogacar", résume, dans un sourire, Bernard Thévenet, qui, comme beaucoup, ne se fait pas beaucoup d'illusions sur le nom du grandissime favori au maillot jaune.
Les bons souvenirs de Vingegaard
Il y a un autre homme qui doit tout de même se réjouir du tracé 2026. C'est Jonas Vingegaard. Le Danois a prouvé, par le passé, qu'il était souvent très fort en troisième semaine. Ce fut encore le cas l'été dernier. Même s'il n'est pas parvenu à distancer Pogacar, il a fait jeu égal avec le Slovène à la fin de la Grande Boucle. Savoir que l'étape la plus difficile aura lieu le samedi avant Paris, c'est une bonne nouvelle pour lui.
"Pour Jonas, c'est un beau parcours. Il y a de belles étapes qui devraient lui convenir et les deux chronos ne lui sont pas défavorables", analysait Richard Plugge, le manager de Visma | Lease a Bike, ce jeudi à Paris.
L'étape 10, celle du Lioran, doit également rappeler de bons souvenirs à Vingegaard, qui avait rattrapé puis battu Pogacar au sprint, au même endroit, en 2024. Et avec ses pentes irrégulières et son chemin forestier récemment aménagé en voie cyclable, la nouvelle ascension vosgienne, le col du Haag (11,2 km à 7,3 %) a des airs de col de la Loze, là où Pogacar avait connu sa défaillance en 2023. Une source de motivation supplémentaire pour le Danois.
Pour Remco, ça manque de chrono
Celui qui doit être moins content, c'est Remco Evenepoel. On se réjouit d'entendre la réaction du Belge sur le parcours du Tour 2026. S'il a une vraie possibilité de maillot jaune à Barcelone, après le contre-la-montre par équipes de 19,7 km (mais où les temps seront pris individuellement, comme sur Paris-Nice), le reste du parcours doit le laisser un peu sur sa faim.
La présence du Tourmalet, où il a connu deux défaillances ces dernières années (Vuelta 2023, Tour 2025) va peut-être faire resurgir certains démons. Mais c'est surtout l'absence d'un chrono long et/ou plat qui va le faire tiquer. Le seul contre-la-montre individuel (26 km) est très (trop ?) tardif (16e étape…) et aura lieu entre Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains, le 21 juillet, jour de fête nationale belge. Mais la montée de la côte de Larringes (9,7 km à 4,3 %) dès l'entame doit un peu le frustrer, d'autant qu'il ne restera ensuite qu'une quinzaine de kilomètres (de plat puis de descente) pour faire valoir ses qualités aérodynamiques exceptionnelles.
"De nombreux profils d'étape correspondent au style de nos coureurs mais nous allons maintenant attendre le parcours des autres grands tours avant de finaliser le programme de nos leaders", a laconiquement réagi la formation Red Bull-Bora-Hansgrohe, qui n'avait envoyé personne à Paris, via Zakkari Dempster, directeur sportif. De la à imaginer que Remco choisisse d'aller sur le Giro et/ou sur la Vuelta plutôt que de prendre le départ du Tour, il n'y a qu'un pas qui sera peut-être franchi dans les prochaines semaines. D'autant qu'avec Roglic, Lipowitz (3e en 2025) ou Pellizzari, la nouvelle équipe du Belge ne manque pas d'armes.
Le verre à moitié rempli de van Aert
Il n'y a pas qu'un seul Belge qui a dû se poser des questions au moment de faire défiler le parcours du Tour sur son smartphone. À l'instar d'Evenepoel, Wout van Aert peut voir le verre à moitié plein… ou à moitié vide.
Les mauvaises nouvelles ? Il y a peu d'étapes pour puncheurs et potentiellement sept possibilités pour les purs sprinters, ce qu'il n'est pas. Autre petite déception : la Butte Montmartre se situe désormais à 15 kilomètres de la ligne d'arrivée sur les Champs-Élysées, plutôt que 6 l'an dernier lorsqu'il a gagné.
"Mais il peut quand même répéter l'exploit", dit Richard Plugge, qui préfère voir le bon côté des choses. "Wout est tellement polyvalent qu'il a toujours des opportunités de gagner." Pour ce faire, il devrait se muer en baroudeur et s'immiscer dans les échappées. Un registre différent mais dans lequel il a déjà prouvé ses qualités par le passé (sur la Vuelta 2024, notamment). Mais sera-t-il possible de combiner cela avec un rôle d'équipier de Vingegaard ? On sait que le sujet est très sensible depuis l'été dernier…