Marc Wuyts aide les footballeurs au chômage
- Publié le 08-05-2003 à 06h00

L'ASBL Footballeurs Sans Frontières attend une reconnaissance officielle de l'Union belge
MOLENBEEK L'initiative n'est pas neuve. Il y a trois ans, déjà, Tom Frivaldszky entraînait des joueurs sans contrat sur le terrain du Sippelberg. Depuis octobre dernier, c'est Marc Wuyts qui a pris le relais. L'ancien joueur de D 1 dispense des entraînements, quatre matinées par semaine, à une cinquantaine de footballeurs actuellement sur le carreau.
"Nous avons une cinquantaine d'inscriptions", précise Francis Macors, le président de l'ASBL, "mais il y a environ 25 joueurs à l'entraînement, chaque jour. Ça fonctionne surtout via le bouche à oreille entre les joueurs sans club. Nous acceptons tout le monde mais le tri se fait naturellement: si des joueurs n'ont pas le niveau, ils abandonnent rapidement. En outre, nous commençons à faire parler de nous: il y a même un préparateur physique qui a proposé ses services."
Grâce à la commune de Molenbeek, l'ASBL dispose d'un terrain synthétique au Parc Marie José. C'est là qu'Elias, Sukama, Keita, le frère de Youla et beaucoup d'autres entretiennent leur forme en attendant un coup de fil qui relancerait leur carrière.
"C'est un boulot difficile, explique Marc Wuyts. Car il n'y a pas de match, pas d'argent pour motiver les troupes. Mais c'est une expérience très forte pour moi. Ma vie, c'est le foot et je ne voulais pas rester sans rien faire. Si je pouvais aider les autres, je ne devais pas hésiter. Je voulais participer à un projet crédible et celui-ci l'est sans conteste. Je n'ai jamais moins de vingt joueurs à l'entraînement et je dois dire que l'ambiance est excellente et que la discipline règne. Je n'ai pas connu le moindre problème depuis le mois d'octobre. La première chose que je demande, c'est que tout le monde soit présent à 9h30 précises."
Quand plus de vingt joueurs se présentent, Marc Wuyts, assisté par Ilir Kepa, l'ancien attaquant du RWDM, divise le groupe en deux et adapte ses entraînements.
"C'est une bonne école pour moi, car il faut être flexible selon le groupe dont je dispose. Sur une semaine, nous essayons de donner un programme complet, avec du physique, des phases de jeu, des tirs au but, etc. Et le vendredi, on joue un petit match entre nous, histoire de motiver un peu plus tout le monde. Notre but, c'est que les joueurs soient prêts s'ils doivent passer un test dans un club, comme c'est le cas pour plusieurs éléments en ce moment. Et même si je me suis engagé à Wavre, je ne compte pas quitter l'ASBL. Je crois au contraire que c'est un projet qui doit prendre de l'ampleur. Il faut des subsides, des sponsors, c'est sûr, mais je crois en son utilité."
Pour ce faire, Francis Macors et Marc Wuyts ont entamé des démarches pour que leur groupement soit reconnu officiellement par la Fédération.
"Cette reconnaissance est importante, poursuivent-ils. Elle nous permettra d'organiser des matchs amicaux en toute légalité, contre des équipes des divisions nationales, ce qui peut être très utile pour beaucoup de gens. Notre ambition n'est évidemment pas de nous inscrire dans un championnat! Nous espérons d'ailleurs que la Fédération pourra s'impliquer au maximum dans le projet."
En attendant, les choses vont bon train, puisque le Comité exécutif a déjà examiné leur demande et a renvoyé la balle à la Ligue Pro, qui devrait donner un avis favorable. Le dossier repassera demain à l'Union belge.
Pour de plus amples renseignements: 0474/33.16.81.
| Une antenne à Mouscron MOLENBEEK Outre les entraînements organisés quatre fois par semaine à Molenbeek, l'ASBL Footballeurs Sans Frontières a sollicité l'aide de l'Excelsior Mouscron pour décentraliser ses activités. |
"Il y a clairement une demande pour des entraînements hors de Bruxelles. Les footballeurs au chômage n'existent pas que dans la capitale. Dès lors, s'ils peuvent éviter les frais de déplacement, c'est mieux. Jean-Pierre Detremmerie nous a entendus et nous a répondu favorablement, explique Francis Macors. Il a été sensible à notre démarche et nous l'en remercions."
L'Excelsior a accepté l'utilisation d'un des terrains du Futurosport plusieurs fois par semaine pour les entraînements donnés par Marc Wuyts et Ilir Kepa. Mais profitant de l'inter-saison pour retravailler toutes ses pelouses, même le terrain demi-synthétique, les entraînements, qui devaient débuter au mois d'avril, sont reportés au mois d'août.
"Il y a déjà une dizaine d'inscriptions, ce qui prouve l'intérêt. Ensuite, ça fonctionne surtout par le bouche à oreille, au fil du temps. Le geste de Mouscron est un premier pas. J'espère que d'autres clubs suivront. Nous avons besoin d'aide, car louer un terrain, n'importe où en Belgique, coûte bien plus cher qu'on peut le croire..."
Avis aux bonnes âmes.
© Les Sports 2003
"L'exemple français"
MOLENBEEK Outre Marc Wuyts et Ilir Kepa, une troisième tête connue passe quelques-unes de ses matinées au Parc Marie José: Stéphane Demol.
"J'ai téléphoné à Marc pour lui dire que j'étais prêt à donner un coup de main, puisque j'ai du temps libre... Je ne regrette pas d'avoir quitté Malines, je ne me reconnaissais pas dans le projet de sauvetage du club. J'ai reçu quelques propositions, depuis, mais j'espère encore avoir ma chance dans un club de D 1. Je reste d'ailleurs convaincu que Malines aurait pu passer une saison tranquille sans ses problèmes financiers".
Et voilà donc Demol au service des chômeurs du foot. Avec de l'enthousiasme et des idées. "J'estime qu'au moins cinq joueurs présents ici auraient leur place en D 1 belge les doigts dans le nez. Mais au-delà de leur cas, il faut penser à la dimension sociale du projet. Selon moi, la Fédération doit s'impliquer beaucoup plus. Il faudrait suivre l'exemple français où l'UNFP (Union nationale des footballeurs professionnels) joue un grand rôle pour les joueurs sans club. Ceux-ci, pour avoir droit au chômage, doivent s'entraîner, au sein de structures performantes. La France a quelques années d'avance, mais il faut s'y mettre, à notre échelle. D'autant que le marché du football va laisser beaucoup de gens sans contrat."
Élève à l'école des entraîneurs de la Fédération, dans le cadre de la Licence Pro, Demol a aussi une autre idée derrière la tête.
"On pourrait convier les entraîneurs professionnels à venir donner des séances ici, pour motiver les joueurs. J'en ai parlé aux dirigeants de la Fédé lors de nos déplacements à l'étranger. J'espère que l'idée fera son chemin."
