Le Qatargate sème la zizanie dans la république FIFA
Le coup d'envoi du Mondial 2014 est entaché des soupçons de corruption dans l'attribution de l'édition 2022 au Qatar. Décryptage et mise en perspective.
- Publié le 12-06-2014 à 20h56
- Mis à jour le 13-06-2014 à 10h05

Le coup d'envoi du Mondial 2014 est entaché des soupçons de corruption dans l'attribution de l'édition 2022 au Qatar. Le coup d'envoi du match Platini/Blatter pour la présidence de la Fifa semble donné. À coup de discours et par voie de presse, les deux pontes du football international s'affrontent dans une arène hantée par des soupçons de corruption. Mercredi, à la Chambre des lords, Lord David Triesman a résumé la situation. La Fifa ? "Une famille de mafieux." Sepp Blatter ? "Don Corleone." Le foot international ? "La corruption érigée en système."
Chaude ambiance. Comme au Brésil, où Michael J. Garcia, ancien procureur fédéral de New York et désormais enquêteur de la Fifa, a voulu rassurer quant à l'intégrité de son travail : "La grande majorité de ces documents était à notre disposition depuis quelque temps, bien avant la vague récente d'articles de presse."
Quels documents ? Petit retour en arrière. Dimanche, le quotidien britannique Sunday Times jetait un pavé dans la mare : Mohamed Bin Hammam, un haut responsable du football qatari, aurait graissé la patte de membres du comité exécutif de la Fifa. Objectif de la manœuvre : assurer l'attribution du Mondial 2022 au Qatar.
Le Sunday Times se base sur des courriels et des documents attestant de présumés versements d'argent à des membres africains et asiatiques de la Fifa. Environ 6,68 millions de dollars selon le quotidien. La déclaration de Michael Garcia n'est pas anodine : "Ce matériel a été et continuera à être examiné, passé en revue, dans la mesure où ce sera pertinent pour l'enquête." Purement interne et menée par la commission éthique, l'investigation ne produira ses résultats qu'en septembre ou octobre prochains.
Cela laissera tout le temps aux deux protagonistes de départ et à leur querelle. Pour Michel Platini, à la tête de l'Uefa, il ne sera pas question de soutenir la candidature de Sepp Blatter pour son cinquième mandat.
M. Blatter, lui, n'a encore rien affirmé haut et fort. Si ce n'étaient les révélations du Sunday Times pourtant, l'homme fort de la Fifa évoluait sur du velours. Hormis les fédérations européennes (l'Uefa), il bénéficie d'emblée du soutien du reste du monde. Comme en témoigne l'acclamation du parterre de représentants africains du football suite à sa déclaration : "J'ai le feu sacré."
Et de balayer l'argumentaire de ses opposants, qu'il qualifie de racisme. L'Uefa s'en défend. Sepp Blatter rétorque : "Le foot n'est pas seulement un jeu, c'est devenu, qu'on le veuille ou non, une entreprise qui pèse plusieurs milliards de dollars et génère parfois des controverses et des situations compliquées."
Au-delà de la musculation électorale - l'élection du nouveau président de la Fifa est prévue le 25 mai prochain -, ces controverses pécuniaires et l'opprobre jeté sur la fédération inquiètent ses partenaires et sponsors. Les rebondissements du Qatargate écornent leur image de marque au plus fort de la fête footballistique.
Dans l'attente du rapport de Michael Garcia, le Mondial brésilien devrait se dérouler en toute quiétude. Hormis, bien sûr, la menace sociale qui pèse dessus. En coulisse, par contre, Joseph Blatter et Michel Platini auront toute liberté de fourbir leurs étuis. Et les 24 membres du comité exécutif, qui attribue le Mondial à un candidat, de réaliser un éventuel examen de conscience. Comme l'écrivait The Economist dans ses colonnes, le 26 mai 2011 : "Dommage pour la république du football. Elle a un gouvernement semblable à bien d'autres."
