La DH a retrouvé Urbain Braems: "Mon secret? 15 minutes de vélo et… Eliane"
Urbain Braems (83 ans) est le plus âgé de nos grands ex-coaches.
- Publié le 10-02-2017 à 13h17

Urbain Braems (83 ans) est le plus âgé de nos grands ex-coaches. De tous les grands coaches de l'histoire du football professionnel belge - dans un classement de Sport/Foot Magazine, il est le onzième - Urbain Braems (83 ans) est le plus âgé qui est encore en vie. La DH est allée lui rendre visite à Zottegem, près de Gand.
Ce qui devait être une interview d'une heure s'est prolongée pendant quatre heures. Et impossible de refuser son invitation de l'accompagner avec son épouse au restaurant 't Hof van Oranje. "C'est ici que Rensenbrink venait toujours", sourit Urbain Braems.
Nos lecteurs plus âgés seront contents de voir que vous avez encore bonne mine !
"Merci ! (rires) C'est un peu du camouflage, hein… Non, je ne peux pas me plaindre. Touchons du bois : je n'ai pas encore eu de pépins. Par contre, mon épouse Eliane est moins en forme depuis deux ans. On croit qu'elle souffre du syndrome de fatigue chronique, mais les médecins ne trouvent pas ce qu'elle a exactement."
Eliane (pourtant encore très alerte) : "Vous m'excuserez d'être dans cet état…"
Quel est votre secret, Urbain ?
"Je suis toujours de bonne humeur. J'ai toujours eu une femme attentionnée à mes côtés. Je fais quatre fois quinze minutes de vélo sur mon home trainer par semaine. À un rythme élevé ! Je dépense 200 calories. Je n'ai jamais fumé. Je ne bois pas beaucoup - de temps en temps une bière. Je roule encore en voiture. On fait encore tout nous-mêmes. Sauf qu'à midi, on nous apporte des repas."
Vous allez pour les cent ans, Urbain…
"Non, non… Cela dit : quand le Docteur Martens m'a mis une nouvelle hanche, avant mes soixante ans, il m'a signifié qu'elle tiendrait 45 ans. J'ai fait le calcul. C'est jusqu'à mes 103 ans… Mais faut-il écrire ça ?" (rires)
Beaucoup de vos joueurs nous ont quittés avant vous. J'en cite quelques-uns : Bouvy à 26 ans, Coeck à 30 ans, Rombouts à 38 ans, Vekeman à 52 ans, Dockx à 60 ans, De Bree à 71 ans. Et récemment Vander Elst à 62 ans.
"C'est horrible. Prenons la mort de Swatje Vander Elst. Un gars si gentil et ambitieux. Je n'en reviens pas…"
Saviez-vous qu'il fumait quand il jouait dans votre équipe ?
(Rires) "Un jour, un joueur - je ne citerai pas son nom - m'a dit : C'est Swat qui fume dans les toilettes. Et en effet, c'était lui. J'ai parlé calmement avec lui. Il m'a promis d'arrêter, mais il ne l'a jamais fait."
C'était votre préféré de tous ?
Eliane l'interrompt : "Moi, je les aimais tous. Mais mon préféré absolu était Rensenbrink."
Urbain : "Robby est resté un ami pour la vie. On se téléphone encore régulièrement. Il y a deux ans qu'il n'est plus venu. Il a des problèmes de santé. Souvent, il logeait chez nous. À notre demande, sa femme a même cassé une vitre de notre maison parce que j'avais laissé mes clés à l'intérieur." (rires)
Il est parti en 1980, quand vous êtes parti.
"Ah! ces frictions avec Arie Haan… J'ai essayé de recoller les morceaux quand Robby était à l'hôpital après une petite opération. J'ai pris Haan dans ma voiture et on a rendu visite à Robby pendant deux entraînements. Mais le résultat de leur entretien n'était pas celui que j'avais souhaité. Sans Eliane, Robby serait déjà parti plus tôt !"
Ah! bon ?
"Tu t'en souviens, Eliane ? L'Ajax avait fait une grosse offre pour Robby en 1974. Constant Vanden Stock et Robby étaient chez moi pour en parler. À un certain moment, Eliane était seule avec Constant et Robby. Et elle a réglé l'affaire. Je ne sais toujours pas comment."
Gille Van Binst prétend toujours que pour être dans l'équipe, il fallait essayer d'être le chouchou d'Eliane.
Eliane : "Je sais qu'il dit ça ! Mais c'est évidemment faux. Mon mari faisait l'équipe lui-même." (rires)

"Tirages de cheveux, crachats et un mort"
En trois saisons, Braems a gagné un titre et une Coupe avec Anderlecht, mais le match à l'Olympiacos l'a le plus marqué
Pendant notre visite, le nom de Constant Vanden Stock est bien tombé vingt fois. "Un grand monsieur", estime Urbain Braems. "Et toujours correct. D'ailleurs, (il appelle sa femme) on va ouvrir la bouteille de Château Magdelaine qu'il m'a offerte. Je l'ai toujours gardée."
En 1973, Vanden Stock a débauché Urbain Braems à l'Antwerp parce qu'il voulait le titre.
"Eddy Wauters, président de l'Antwerp, était furieux. 'Si tu restes, tu seras le prochain coach fédéral', m'avait-il promis. Et c'est ce qu'il a fait avec Guy Thys. Mais Anderlecht, ça ne se refuse pas. Et le titre, je l'ai remporté. C'était tellement normal à Anderlecht, qu'on ne l'a presque pas fêté."
Un souvenir inoubliable fut la qualification en C1 face à l'Olympiacos. "Via l'arbitre Loraux, on savait que l'Olympiacos jouait dans un incroyable chaudron. On devait donc faire la différence à domicile. Rensenbrink s'en est chargé, avec trois buts. On a gagné par 5-1. Heureusement, parce qu'on a perdu par 3-0 au retour, même si le match avait dû se jouer à Patras. Avant de monter sur le terrain, Van Himst s'était fait cracher dessus. Un adversaire avait tiré les longs cheveux de Vander Elst. Pendant le match, un supporter grec qui était devant ma femme est tombé raide mort. Crise cardiaque à cause du suspense. Du jamais-vu, ce match-là…"
Tout comme Sinibaldi, Goethals, Haan et Boskamp, Urbain Braems a été deux fois entraîneur d'Anderlecht. En 1979, Vanden Stock est allé le chercher à Lokeren. Mais le Sporting n'a terminé qu'à la cinquième place. Le début de championnat était dramatique, après trois défaites sur trois. "Je n'étais pas là pour les deux premiers matches", sourit Urbain Braems. "J'avais été visionner le buteur Enrique Vilalba au Paraguay. Finalement, il a échoué chez nous. Mais l'année d'après, au Mexique, il était meilleur buteur du championnat. Les supporters l'appelaient El Rey, Le Roi."
Pendant toutes ces années, Urbain Braems était coach... à mi-temps. "C'est vrai, j'ai continué à donner des cours d'éducation physique dans des écoles. Le lundi, il n'y avait pas d'entraînements. Et le reste de la semaine, je réglais mon agenda avec les directeurs… Je voulais garder mon boulot d'enseignant, parce qu'en tant qu'entraîneur, on pouvait toujours se retrouver à la rue."
Urbain Braems a gardé un amour particulier pour Beveren et Anderlecht. "La saison passée, j'ai été voir le Sporting contre Bruges. Herman Van Holsbeeck m'a dit que je fais partie de la famille. Pour le reste, je regarde tout à la télé. Le joueur actuel que je préfère ? Ce Polonais me fait penser à Mermans. C'était aussi un tueur... "
De la D3 À la D1 avec le Cercle: "J'avais donné les mouchoirs à Cruijff"
Urbain Braems (ex-Club Bruges) a dû arrêter sa carrière de footballeur à 29 ans après une grave blessure au genou, encourue en Coupe d'Europe avec le Daring à Feyenoord. Il a ensuite coaché Zottegem et le Cercle, qu'il a amené de D3 à la D1. "C'est moi qui ai découvert les Danois Benny Nielsen et Morten Olsen !" explique Braems. "Et puis, je voulais le Néerlandais Dick Van Dijk de l'Ajax. J'étais allé avec un journaliste jusqu'à sa maison. Il nous avait invités à l'accompagner dans sa voiture, mais il devait aller chercher un pote. C'était Cruijff. Cruijff me demandait de lui donner ses cigarettes qui étaient dans la boîte à gants, mais je m'étais trompé : je lui avais donné des mouchoirs en papier. Finalement, Dick était trop cher selon le Cercle…"
La Coupe avec le Trabzonspor : "J'ai tiré quatre coups de feu vers la Mer Noire"
Le dernier chapitre de sa carrière, Urbain Braems l'a écrit en Turquie, à Trabzonspor. "Grâce à Pfaff . Il m'a bien appelé vingt fois. Je lui ai dit que je viendrais tout simplement jeter un coup d'œil. Mais à l'aéroport, il y avait des milliers de supporters, des caméras et l'armée. Je n'avais pas le choix. La finale de la Coupe contre Bursa était incroyable. On avait perdu 3-0 à l'aller et on menait 2-1 au repos au retour. Tous mes changements étaient des réussites, et on a gagné par 5-1. C'était la folie. En rentrant, un fan s'est couché devant le car. Il voulait sacrifier sa vie pour ses dieux du Trabzon. Le chauffeur a pu freiner de justesse. Et à la fête, on m'a mis un revolver en main. Je devais tirer cinq fois pour fêter les cinq buts. Après un tir sans réfléchir, j'ai visé les quatre autres vers la Mer Noire pour ne tuer personne. Entre-temps, je suis citoyen d'honneur à Trabzon."-
La finale de Coupe avec le Standard: "Ce penalty non sifflé sur Rosenthal…"
Après trois belles saisons à Panionios Athènes, Urbain Braems a été coach au Standard en 1988-1989. Le championnat fut une déception - 6e place. La Coupe a sauvé la saison. "On a joué la finale contre Anderlecht. Le Sporting était meilleur mais l'arbitre Ponnet nous a refusé un penalty de Kooiman sur Rosenthal. Je sais pourquoi : les journaux - dont la DH - avaient écrit que Rosenthal était un comédien. Nous avons gardé de très bons souvenirs de cette année. Les supporters sont vraiment les plus chauds de Belgique. Avant chaque match, une dame me serrait contre elle quand nous allions du terrain d'entraînement au stade. Et mes voisins à Neupré étaient adorables. 'Votre séjour a été trop court', m'ont-ils envoyé dans une lettre émouvante."
Deux coupes et un titre avec Beveren: "Je faisais souffrir Pfaff à La Panne"
Ses plus grands miracles, Urbain Braems les a réalisés avec Beveren, où il est resté deux fois trois ans. Son palmarès au Freethiel : deux Coupes de Belgique et un titre. "J'avais une bonne équipe. Ici, le chouchou de ma femme était Schönberger. Le club a réuni la grande équipe la saison passée. Tout le monde était là, y compris Marc Baecke, dont les deux jambes étaient déjà amputées. Entre-temps, il est décédé. C'est moi qui ai dit au jeune Pfaff qu'il pouvait devenir Diable Rouge. Quand je l'ai vu sauver un coup franc de Lozano dans sa lucarne… Je l'ai coaché individuellement pendant mes vacances à la mer. Il venait à Knokke ou à La Panne et je le faisais souffrir dans les dunes."