Une Coupe du monde record, le phénomène Rapinoe, les Red Flames: 2019, année symbolique
Alors que l'on s'apprête à entrer en 2020, dressons un petit bilan d'une année charnière pour Wullaert, Cayman, Le Sommer, Miedema et les autres.
- Publié le 31-12-2019 à 13h04
- Mis à jour le 31-12-2019 à 15h58

Alors que l'on s'apprête à entrer en 2020, dressons un petit bilan d'une année charnière pour Wullaert, Cayman, Le Sommer, Miedema et les autres.
France - États-Unis, France - Brésil, France - Corée du sud. Non, ce n'est pas le calendrier qui attend les Bleues début 2020, mais les trois meilleures audiences enregistrées par TF1 cette année, comme l'a récemment indiqué le groupe privé français. Le signe que quelque chose a définitivement changé à la faveur d'un Mondial réussi à bien des égards. Si l'équipe d'Amandine Henry et Wendie Renard s'est arrêtée en quart de finale, elle est parvenue à réunir 10,7, 10,6 et 9,9 millions de téléspectateurs lors de ces trois matches. Un succès tel qu'il poussera TF1 à presque doubler ses tarifs publicitaires dès le deuxième match des Françaises, histoire de s'adapter au succès surprise cette Coupe du monde qui a tout bousculé.

En Angleterre, le succès est également au rendez-vous, avec 10,3 millions de Britanniques massés devant leur télé pour suivre l'élimination des Three Lionesses en demi-finale face aux States (avec un pic à 11,7 millions). Meilleure audience de l'année également pour la BBC , donc.
En tout, 1,12 milliard de personnes ont suivi la compétition sur les différentes plate-formes, selon des chiffres de la FIFA, qui se satisfait évidemment de ce record. "La rapidité et l'ampleur de la progression se sont illustrées par la moyenne de téléspectateurs par match en direct : 17,27 millions. C'est plus du double que la moyenne de 8,39 millions à Canada 2015" , a également constaté la fédé internationale.
Des records d'affluence battus
S'il a manqué d'un peu de magie dans les rues des villes hôtes, côté stades, le bilan est là encore plus que satisfaisant, avec un taux de remplissage de 74% des neuf enceintes réquisitionnées pour le tournoi. En finale, quelque 57 900 personnes sont venues garnir les tribunes du Groupama Stadium de Lyon, mais le record reste toujours l'apanage des USA, avec plus de 90 000 supporters présents à Pasadena lors de la finale du Mondial il y a tout juste vingt ans.
En dehors de ce mois de rêve, plusieurs pays ont également battu leur record d'affluence à domicile. C'est notamment le cas de l'Angleterre, qui a rempli Wembley de 77 768 personnes lors d'un amical disputé face à l'Allemagne en novembre dernier. Un chiffre colossal par rapport aux 45 619 personnes qui s'étaient déplacées en novembre 2014, constituant ainsi le dernier record en date des Brittonnes. Ou encore des Pays-Bas, qui avaient réuni plus de 30 000 spectateurs à Eindhoven au moment de recevoir l'Australie en préparation pour le Mondial.

Si tout va bien pour les sélections, le foot en club a également connu un boost au niveau de la visibilité. Ainsi, la Juventus a ouvert en mars l'Allianz Stadium, traditionnellement réservé aux hommes, à sa section féminine pour un choc contre la Fiorentina des Red Flam es Davina Philtjens et Heleen Jacques , réunissant 39 000 tifosi . Une perf' à relativiser vu que les billets étaient gratuits (logique, étant donné qu'il s'agissait d'un produit d'appel en vue de la Coupe du monde), mais qui montre que la discipline attire. Le record dans un championnat européen reste toujours dans la main de l'Atlético de Madrid, qui a livré cette année un match contre Barcelone devant 60 739 personnes massées au Wanda Metropolitano.
Début septembre, Tessa Wullaert et Manchester City avaient entamé la Women Super League , le championnat anglais, sur la pelouse de l'Etihad Stadium et devant 31 000 fans. Mi-novembre, le derby entre Tottenham et Arsenal avait attiré 38 262 personnes au Spurs Stadium. D'autres exemple ? Lyon - PSG: 30 661 spectateurs. Tigres - Monterrey: 41 615 personnes. Corinthians - Sao Paulo: 28 609. Des chiffres terriblement encourageants à un an et demi de l'Euro, qui aura lieu en Angleterre.
Autre nouvelle positive pour la suite: le Real Madrid, treize fois champion d'Europe chez les hommes, a enfin mis sur pied un équipe féminine, en absorbant le CD Tacón, pensionnaire de première division espagnole, pour 500 000 euros. Si le club merengue ne pourra donner son nom au club que le 1er juillet 2020, il a déjà frappé fort niveau recrutement, en embauchant la Suédoise Kosovare Asllani, 30 ans, quelques jours après sa troisième place au Mondial. La médiane avait notamment joué au PSG, à City et était retournée dans son pays natal en 2017.
L'année Rapinoe
Jamais les cheveux roses n'avaient été autant à la mode que cet été. Avec sa mèche parfaitement coiffée, Megan Rapinoe a rendu ses lettres de noblesses à une couleur que l'on croyait disparue avec la fin des errements capillaires de Pink et Gwen Stefani. Surtout, l'Américaine s'est érigée comme la principale figure de proue d'un sport qui ne demande qu'à garnir sa galerie d'ambassadrices.
Personnage clivant, autant sportif que politique, cette "grande gueule" engagée (et assumée !) est avant tout la joueuse de l'année 2019. En menant les États-Unis vers un triomphe attendu sur les pelouses françaises, l'ailière a garni son palmarès d'un titre collectif, et d'une flopée de trophées individuels (meilleure joueuse et buteuse du Mondial, Joueuse FIFA de l'Année, Ballon d'Or).
Elle en fait rager certains à cause de son gros ego ? Elle leur répond par une célébration pleine de suffisance, certes, mais pas plus que celle de CR7 , tous muscles dehors au moment de fêter un but. Insultes sexistes, homophobes, la joueuse de trente-quatre ans s'en fout. Elle continue de mener le combat pour l'égalité salariale entre les hommes et les femmes et contre les discriminations avec une absence de complexe salutaire, qui fait d'elle un modèle pour les femmes du monde entier, quoi qu'on en dise.
À tel point que certains lui voient déjà un destin présidentiel ! Haters gonna hate...

Et en Belgique ?
Cette montée en puissance a poussé l'Union belge à revoir ses ambitions à la hausse, avec en point d'orgue un grand plan présenté à la fin de l'été lors du premier Women's Football Summit , qui se tenait à Bruxelles. L'objectif ? Passer de 40 à 80 000 adhérentes, tout en poussant les Red Flames à intégrer le Top 8 européen (elle sont actuellement dixièmes, 17e au niveau mondial, un record) d'ici 2024. Une stratégie nourrie par l'apport important de gros sponsors, et qui aurait sans doute été impossible à mettre en place il y a quelques années.
Après avoir loupé le Mondial suite à un échec en barrages contre la Suisse, les Red Flames ne peuvent désormais plus louper le coche. Se qualifier pour le championnat d'Europe 2021 est impératif. À mi-parcours, c'est bien parti, avec un sans-faute contre les plus "petites" nations du groupe H, dont des démonstrations face à la Croatie (6-1) et la Lituanie (6-0). Tout cela avant d'affronter... la Suisse (le 14 avril et le 22 septembre), à nouveau. Ce sera bien face à la Nati que le billet pour l'Angleterre se gagnera !
Coup de bol, le grand public aura l'occasion de suivre tout cela en télévision, étant donné que RTL Sport a acquis les droits télé de la sélection dans la foulée de la Coupe du monde 2019. Après avoir longtemps flirté avec les 100 000 téléspectateurs, les Belges ont vu leur dernière rencontre qualificative contre les Lituaniennes séduire plus de 123 000 personnes. Un succès qui ne demande qu'à s'accentuer en cas d'accession à l'Euro !
Reste à mieux développer la Super League , soit le championnat de D1 belge. Fin août, l'Union belge affirmait vouloir faire de cette compétition une marque, avec en perspective un partenariat entre l'UB et la Pro League , afin de mieux (s') y investir. À ce jour, l'intérêt reste plutôt confidentiel comparé à l'engouement suscité par les Flames . Un squad qui peut compter sur des têtes d'affiche comme Wullaert et Janice Cayman, transférée cet été chez le quadruple champion d'Europe en titre lyonnais.
Rehausser le niveau de la Super League est crucial. Car c'est bien de là que viendront les futures internationales, celles qui prendront le relais des titulaires d'aujourd'hui. Des joueuses qui sont encore obligées de s'exiler pour vivre une carrière de footeuse à temps plein. Si la Belgique veut s'implanter durablement parmi l'élite européenne (et donc mondiale), cela passera inévitablement par plus de professionnalisation au niveau national. Et donc de moyens pour les clubs belges, premiers "fournisseurs" de talents.
Le principal souci réside dans la forme de la compèt', qui ne compte que six clubs participants (et pour la première fois le Big 5). La volonté est clairement d'étoffer le contingent et de rapidement passer à huit, voire dix équipes, mais les choses vont lentement. La Pro League a bien essayé d'encourager les clubs à se lancer dans l'aventure, bonus financier à l'appui, mais cela n'est manifestement pas suffisant.
Faut-il alors obliger l'ensemble des clubs pros à mettre sur pied une section féminine, quitte à les sanctionner en cas de non-respect de cette contrainte ? "On doit être réalistes, on ne peut pas affirmer demain qu'on veut avoir vingt-quatre clubs d'élite au niveau féminin" , tempérait Katrien Jans dans Sport/Foot Magazine en août dernier. "On n'a peut-être, pour le moment, juste pas assez d'adhérentes pour arriver à une telle situation." D'où l'importance d'élargir la base le plus rapidement possible, afin d'offrir plus de compétitivité au championnat belge.
Pourtant, le niveau est là, en témoigne l'expérience unique vécue par les joueuses d'Anderlecht. En effet, les Mauves sont parvenues à s'extirper de leur groupe de qualification pour les seizièmes de finale de la Ligue des Champions, une première pour un club belge. Pour y parvenir, le Sporting a notamment vaincu le LSK Kvinner, champion de Norvège et nouvel employeur de Justine Vanhaevermaet. Si l'expérience tourne court face au richissime BIIK-Kazygurt (Kazakhstan), le club bruxellois peut s'enorgueillir d'avoir forcé un nouvelle porte vers le top niveau.
Un intérêt croissant, la naissance de stars, la confirmation d'autres talents et un potentiel de développement et de croissance énorme, l'avenir du foot "féminin" s'annonce plutôt pas mal. Pour autant que les paroles soient encore plus suivies d'actes concrets, comme en Australie, où les Matildas de Sam Kerr (Chelsea) ont obtenu l'égalité salariale avec les hommes de la part de leur fédération. Vivement la suite !