L'appel à un mage, l'abstinence sexuelle des joueurs, sa technique pour fliquer ceux qui allaient en boîte: les anecdotes savoureuses de Guy Roux
C'est une figure mythique et populaire du football français. Du haut de ses 82 ans, Guy Roux publie Confidences (éditions Talent Sport), un livre savoureux où il raconte toute une vie consacrée au ballon rond, dont quarante ans à la tête de l'équipe d'Auxerre. Un ouvrage qui sera disponible d'ici quelques semaines en Belgique.

- Publié le 06-06-2021 à 19h28
- Mis à jour le 09-06-2021 à 08h55

C'est une figure mythique et populaire du football français. Du haut de ses 82 ans, Guy Roux publie « Confidences » (éditions Talent sport), un livre savoureux où il raconte toute une vie consacrée au ballon rond, dont quarante ans à la tête de l'équipe d'Auxerre. Un ouvrage qui sera disponible d'ici quelques semaines en Belgique.
Le légendaire entraîneur au bonnet en profite pour préfacer l'euro qui débute dans quelques jours. Celui qui s'est rendu à 13 coupes du monde et quasi autant de championnat d'Europe se souvient encore du dernier France-Belgique qui a marqué les esprits lors de la Coupe du Monde 2018. "J'avais été très impressionné par cette équipe belge qui était pour moi la meilleure du tournoi. Elle était à ce moment-là meilleure que l'équipe de France mais les bleus avaient été plus réalistes. Pendant cette compétition, la France avait joué une excellente mi-temps lors de chaque match et ça avait suffi", analyse-t-il.
Et pour l'Euro qui débute ce vendredi, Guy Roux y va de son pronostic. "Pour cet euro, je vois la France encore meilleure avec le retour de Benzema donc petit avantage à la France mais ça se jouera entre nous et la Belgique pour la victoire finale. Après il y a de belles équipes qui ont progressé comme l'Italie, l'Angleterre ou le Portugal mais avantage aux deux premiers".
C'est votre quatrième livre. En quoi est-il différent des autres ?
"J'ai voulu rassembler toutes les anecdotes que je n'avais encore jamais racontées".
Vous avez entraîné plus de 600 joueurs. Vous racontez votre lien avec eux dans votre livre. On peut y lire que vous étiez aux petits soins. Par exemple, vous vérifiez les repas en cuisine et vous leur apportiez une tisane la veille des matches. En fait, vous étiez un précurseur ?
"Je ne sais pas si je suis un précurseur dans le foot car je n'ai rien inventé. En fait, j'ai picoré à droite à gauche en voyageant. Quand j'étais un petit entraîneur de division d'honneur, je mettais de l'argent dans un paquet d'une boîte de cigarettes et j'allais à la reprise des clubs professionnels pour assister à leurs entraînements pendant une semaine, voire plus. Le plus impressionnant fut Barcelone, il y avait Cruyff à l'époque. Je vivais avec les entraîneurs, je remplissais des petits cahiers, je suis passé par Hambourg, Moscou et même Anderlecht dans les années 60-70. Je me suis fait en voyageant et j'ai élargi comme ça mes connaissances en diététique".
Il faut dire que vous êtes parti de tout en bas avec l'AJA Auxerre.
"Oui, ça a été une aventure extraordinaire. J'ai fait 20 ans en division d'honneur, 4 ans en CFA, 6 ans en D2 et 26 ans en D1. Avec la diététique, tout a commencé avec ma grand-mère, celle qui m'a élevé à une époque où on donnait à manger au plus jeune et les grands se débrouillaient. La tisane la veille des matches, c'est elle. Quand un gars ne me croyait pas, je lui disais "tu as envie de faire pipi ? "Tu vas voir, je vais te faire boire une tisane de queues de cerises et 20 minutes après tu iras aux toilettes, c'était une preuve indéfectible et il croyait après. La tisane est d'ailleurs connue pour ses bienfaits pour guérir les petits maux comme une douleur dans la gorge ou des insomnies".
C'est un paramètre qui est devenu primordial dans le football actuel, la manière dont se nourrissent les joueurs.
"Ma devise était: entraînement + repos = forme. Moi je m'occupais de la partie entraînement et ça prenait en compte l'alimentation. Il m'arrivait à l'hôtel d'aller en cuisine voir ce qu'ils préparaient pour vérifier tout ça. Parfois, je payais plus de ma poche pour avoir des légumes frais du potager, on râpait les carottes au Novotel. Ce n'est pas en mangeant plus qu'on a le meilleur rendement, il y avait les bonnes proportions à trouver, j'avais étudié tout ça lors de mes voyages. A l'époque, les clubs pros n'y prêtaient pas attention. Tout cela demande pourtant une attention et discipline, comme pour la gestion du sommeil".
Les mises au vert avaient l'air d'occuper une place importante dans la préparation des matches, c'était la clé de votre succès ?
"Oui et cela dès l'année 1979 en deuxième division. A 100 km d'Auxerre, il y avait une montagne qui s'appelle le Morvan et à 600 m d'altitude, on se rendait dans une auberge pour faire nos mises au vert. On allait respirer l'air frais et les essences produites par les conifères qui protègent les poumons. On devait être la seule équipe à manger des champignons avant un match de Coupe d'Europe ou encore à se promener et à partager des moments autour de la cheminée. C'était recouvert de girofles, de cèpes, nous étions en plein cœur de la nature, parfait pour se préparer et détruire les peurs qu'ils pouvaient avoir sur leurs adversaires, c'est comme ça qu'on créé un groupe. J'ai toujours dit qu'en dehors de l'amour et de l'alimentation, deux activités humaines se transmettent à travers les âges: les religions et les armées. On fait faire aux fidèles la même chose chaque année et chez moi, c'était pareil, il y avait des rites. Le vendredi soir, c'était mise au vert le même jour à la même heure et le samedi matin, les joueurs savaient s'ils étaient titulaires".
Au niveau des sorties nocturnes, comment faisiez- vous pour pister vos joueurs ?
"C'est une histoire qui a commencé très tôt. Dès mes débuts, les joueurs allaient au bal du village, ce qui a dû exister en Belgique aussi. Beaucoup de joueurs s'y rendaient et ce que je faisais, c'est que je regardais leur voiture en passant devant chez eux car dans ce temps-là, on voyait le kilométrage des voitures par la vitre. Du coup, le soir je prenais des notes et le lendemain à 8h du matin, je repassais pour voir si l'indicateur avait bougé. S'ils avaient fait 54 km de plus, je savais qu'ils s'étaient rendus au bal à Saint-Florentin".
Cela a dû être plus compliqué par la suite…
"Pas tant que ça finalement. J'embauchais les mêmes videurs des boîtes de nuit pour veiller à la sécurité des arbitres lors des matchs de l'AJA. Après les matches, je ne voulais pas que les joueurs sortent en boîte de nuit donc j'appelais les videurs pour avoir les heures du coucher et je savais tout dès le dimanche matin à 08h30, c'était difficile de me tromper là-dessus".
Vous vous confiez aussi sur vos superstitions, dont une assez folle. Pendant la saison 1995-1996 (l'AJA sera sacrée championne de France pour la seule et unique fois de son histoire cette saison-là), vous faites appel à un mage ?
"Il disait qu'il était capable de faire gagner les équipes, il soutenait qu'il pouvait faire gagner l'AJA. En fait, c'est un homme au téléphone et me dit : "Le PSG joue deux matchs la semaine prochaine, deux matchs faciles qui plus est, mais vous allez voir, ils vont perdre cinq points en chemin." Et c'est vrai, ils les ont perdus. Et nous, on a commencé à remonter et au final, nous avons remporté le titre. Vu que ce qu'il disait se vérifiait, j'ai joué jusqu'au bout. Il m'a demandé de le payer pour venir de Bordeaux à Paris et une petite somme d'argent mais mon président ne voulait pas le financer donc je m'en suis occupé. Il expliquait qu'il guidait le ballon avec ses yeux. Je n'y croyais pas mais ça m'a interloqué par la réussite de tout ce qu'il annonçait et ça a marché, car à la fin, nous avons terminé champion. Il m'a dit pareil pour la coupe de France. On a fait une deuxième caisse avec un peu moins d'argent et le lendemain du match contre Guingamp, il était devant chez moi pour venir récupérer la boîte. Il a posé ses mains sur la boîte et il est reparti, il a dit qu'il sentait que la somme exacte était présente. Cela reste une énigme pour moi mais parfois, on peut rencontrer des personnes qui sont capables de dominer les esprits, même si chacun s'en fera sa propre opinion".
Vous aviez également une théorie sur l'incidence des rapports sexuels sur les performances des joueurs.
"Quand j'étais junior, on disait que ça diminuait l'influx nerveux. Quand j'étais en jeunes, mon entraîneur me disait que s'il avait eu une femme qui demandait moins, il aurait eu 25 sléections de plus. J'ai retenu ça et il fallait bien que je trouve des techniques, Auxerre n'avait jamais fait au-delà de la division d'honneur, il fallait être créatif. On partait également en mise au vert pour éviter ça".
On peut lire aussi que Jamel Debbouze a perturbé votre mise au vert, comment ça s'est passé ?
"En général, je réservais toujours un étage tout entier pour l'équipe et le staff. Et un soir, je fais ma tournée pour vérifier que tout soit en ordre et je ne vois plus un joueur dans sa chambre. Ils étaient tous au bout de l'allée dans une chambre avec Jamel qui était un ami de Fadiga. Le gars était en train de tester ses vannes et ses conneries sur les gars. Du coup, je suis resté un quart d'heure et on s'est bien marré, on lui a dit au revoir et merci. Suite à cela, il m'a pris pour faire coach du gala du dire à Marrakech et m'a invité plusieurs fois".
Après toutes ces années, quel est votre plus beau souvenir sur le terrain et en dehors au niveau du foot ?
"Cela va vous surprendre mais c'est quand l'AJA est monté de la DH à la CFA (la première montée de l'AJA qui était à l'époque en septième division) après un nul contre Montceau-les-Mines. Je suis allé au journal local de l'époque, je voulais y assister avec eux. Je leur ai payé un coup à 4 heures du matin, c'était de vrais copains. Je suis allé ensuite dans les champs de mon grand-père jusqu'à 7 heures du matin pour la fête, je ne voulais pas que le sommeil me vole mon bonheur".