Entre Antonio Conte et Eden Hazard, c'est toute une histoire: retour sur leur passé commun à Chelsea
Deux trophées, des buts mais aussi de la lassitude : la relation entre les deux hommes est tout sauf banale. Récit.

- Publié le 25-11-2020 à 07h35
- Mis à jour le 25-11-2020 à 12h23

Protocole sanitaire oblige, ils ne tomberont pas dans les bras l'un de l'autre ce mercredi soir. Ce qui n'empêche pas Eden Hazard et Antonio Conte de se vouer une estime réciproque.
Au moment de se retrouver, le souvenir des belles choses va sans doute prendre le dessus sur les autres nées de leurs deux saisons communes à Londres entre 2016 et 2018.
Si Conte n'a pas le pouvoir d'attraction et de fascination que Zidane a pu exercer sur Hazard, il reste aussi l'un des techniciens qui ont relancé le Diable. En effet, celui-ci, avant l'arrivée de l'Italien, avait connu le premier vrai trou de sa carrière.
Champions en titre à l'époque, les Blues ont traversé la saison 2015/16 comme des ombres et, quand José Mourinho a été licencié en décembre 2015, les supporters londoniens voient Hazard mais aussi Fabregas et Diego Costa comme "des rats".
Accusant, comme l'essentiel de l'effectif, un gros retard athlétique après une préparation tronquée, le Diable doit attendre le 23… avril pour marquer le premier de ses quatre buts dans ce qui est pour lui, à ce moment précis, sa saison la plus noire.
L'arrivée programmée au printemps mais effective après l'Euro de Conte fait naître une interrogation : comment les deux hommes vont cohabiter ? Un échange dès mars donne le ton.
"Là, nous avons parlé de la saison compliquée et il m'a dit ce qu'il attendait de moi pour l'avenir", expliquera plus tard Hazard dans The Guardian. "Je ne marquais pas énormément mais il a vu en moi un buteur. Il m'a parlé de ses systèmes préférés ; sa passion et son enthousiasme étaient incroyables."
Le plan de l'Italien est simple. Il s'articule sur deux axes : un intense travail physique et une adaptation tactique.
En juillet, Conte voit grand : "Hazard est un joueur fantastique. Mon message pour lui est le suivant : suis-moi et je vais te mettre au niveau de Messi, le meilleur joueur du monde."
Cette saison-là, le Diable va évoluer à un niveau et dans un registre comparables à ceux de l'Argentin. D'abord en formant un trio diabolique avec Costa et Pedro dans un 3-4-3 où la présence d'Alonso à gauche le libère défensivement. Ensuite dans un rôle plus axial autour de l'avant-centre, comme il avait pu le faire lors de sa dernière saison lilloise. Au printemps, Hazard nous confie : "En fait, je suis libre. Là où Conte m'a beaucoup aidé, c'est dans mon positionnement. Cette saison, je suis davantage dans l'axe, donc plus vite face au but." Où il étale son efficacité avec 16 réalisations en Premier League, son record, et notamment ce délice contre Arsenal, jouant un rôle clef dans la reconquête de ce titre de champion. Avant de renouer avec la difficulté de la confirmation.
Le 3 juin 2017, au moment de préparer son cinquantième match de la saison, Hazard se fracture seul la cheville à l'entraînement avec les Diables. Cette même cheville qui lui a depuis causé tant de tourments à Madrid. Et qui perturbe sa préparation, avec une reprise individuelle le 25 juillet, collective le 15 août et un début de saison le 9 septembre pour la troisième journée de championnat.
Conte évoque "un besoin de temps" mais Hazard avance très vite et développe une vraie complicité avec Alvaro Morata dans ce rôle de second attaquant.
Avant que la machine ne s'enraye au cœur de l'hiver. Chelsea tombe lourdement chez lui contre Bournemouth (0-3) puis à Watford (4-1) à cinq jours d'intervalle avec son Diable seul en pointe. Un rôle que ce dernier tient à nouveau lors de deux autres revers face aux Manchester (2-1, 1-0) les 25 février et 4 mars. Ce revers à City marque une rupture : Hazard ne touche que 31 ballons, soit 21 de moins que Courtois, et ne masque plus sa frustration : "Si Giroud ou Morata avaient joué devant, cela aurait plus simple de gagner avec des longs ballons. C'est plus compliqué avec moi, même si j'ai fait de mon mieux, déplore-t-il. On quitte le terrain avec la sensation d'avoir couru, pas forcément d'avoir joué. C'est dommage. Même si on avait joué trois heures, je n'aurais pas touché plus de ballons."
Mais Conte s'entête et va jusqu'à perdre l'adhésion de son vestiaire, usé par son exigence, son intransigeance et ses entraînements répétitifs. L'élimination en huitièmes de finale de C1 contre le Barça (1-1, 3-0) lance une fin de saison en roue libre. Mais elle se termine finalement sur un trophée avec cette victoire en Cup contre Manchester United, face à qui Hazard marque le seul but du match. Son 34e et dernier sous les ordres d'Antonio Conte.