Henrik Andersen, le plus Belge des Danois: "Schmeichel est venu avec la Coupe dans mon ambulance"
Henrik Andersen a reçu La DH à Copenhague, 29 ans après avoir été l'un des héros de l'Euro 1992.

- Publié le 17-06-2021 à 10h15

Il a vécu pendant trente-huit ans en Belgique mais vient de rentrer définitivement dans son pays natal. "Pour l'amour", dit Henrik Andersen (56 ans), le légendaire arrière gauche d'Anderlecht et de l'équipe nationale danoise qui a remporté l'Euro 1992 malgré sa blessure horrible. "J'habite avec ma compagne au bord de la forêt et de la mer, en face de la Suède, et à côté d'un terrain de golf, ma nouvelle passion."
Lors de notre visite, le sympathique Henrik nous a reçus à Copenhague, dans la maison de sa maman Annelise. "La finale de cet Euro 1992 contre l'Allemagne, je l'ai suivie dans cette même maison, avec la jambe plâtrée et en compagnie d'un tas de journalistes et de caméras."
Le drame Eriksen: "Comme si mon sang s'en allait"
"Danemark - Finlande, je l'ai suivi à la télé. Même si je ne connais pas personnellement Eriksen, j'étais sous le choc quand j'ai vu qu'il devait être réanimé. Vous avez déjà eu ce sentiment que le sang disparaît de votre corps quand quelque chose de grave arrive ? Eh bien, c'est ce que j'ai vécu. Le pays était si content de pouvoir accueillir trois matchs de l'Euro, après cette année merdique. Et puis ce drame…"
"On n'aurait jamais dû poursuivre le match le jour même. Physiquement, les joueurs étaient sur le terrain. Mais mentalement, ils étaient absents. Bien sûr que les joueurs voudront battre la Belgique pour Eriksen. Lui qui s'est souvent fait critiquer parce que les gens attendent toujours des choses extraordinaires de sa part. Mais ce sera dur. On n'a perdu que deux fois en deux ans e t demi : deux fois contre la Belgique."
L'Euro 92, le rêve: "Gullit m'a trouvé son meilleur adversaire qu'il ait rencontré"
"Selon la légende, on était sur des plages en train de boire des cocktails quand on nous a fait savoir que nous devions participer à l'Euro 92 parce que l'ex-Yougoslavie était exclue. C'est un peu exagéré. Plusieurs joueurs avaient réservé un voyage, c'est vrai. Mais moi, par exemple, je m'entraînais encore au FC Cologne après la saison, pour éviter d'avoir un break de huit semaines. Les gens disaient qu'on se ferait massacrer. Moi, je croyais en nous."
"Notre coach Moller-Nielsen a réalisé le premier miracle : en une semaine, il a construit une équipe et il nous a préparés physiquement, malgré un mauvais 0-0 contre une sélection russe en amical. Nous avons commencé par un 0-0 moyen contre l'Angleterre, nous avons perdu contre la Suède et devions gagner contre la France du coach Platini, avec Cantona, Deschamps, Papin et Boli. Il existe une magnifique photo d'un duel entre Boli et moi. J'étais au top de ma forme. À Cologne, j'étais devenu un meilleur joueur qu'à Anderlecht, où je ne devais pas me surpasser pour gagner nos matchs. On a mérité notre victoire (2-1) contre la France et on était excellents en demi-finale contre les Pays-Bas."
"Gullit était mon adversaire direct. Il était l'un des meilleurs joueurs au monde. Mais face à moi, il n'a pas touché un ballon. Par après, au PSV, il a dit à mon compatriote Ivan Nielsen qu'il n'avait jamais joué contre un aussi bon adversaire que moi. C'est l'un des plus beaux compliments que j'ai eus. J'étais sur le point de signer à la Sampdoria, qui ét ait une grosse pointure en Europe."
L'Euro 92, le cauchemar: "Pas d'excuses de Van Basten, mais pas grave"
"On menait 2-1, à la 70e. Puis, il y a eu cette collision avec Van Basten. Nos genoux se sont heurtés violemment, ma jambe s'est pliée. Selon certains, il m'a volontairement blessé. Moi, je ne crois pas que c'était le cas. C'était plutôt maladroit de sa part. Le verdict était dur : ma rotule a explosé. Les images ont fait le tour du monde."
"C'est bizarre, mais je n'ai pas eu mal pendant les deux premières minutes. Visiblement, les anticorps atténuent la douleur au début. Puis, le médecin m'a administré de la morphine. C'est surtout la vue de mon genou entièrement saccagé qui était traumatisante. Sur les images, on voit que mon coéquipier Kim Christofte met ses mains devant mes yeux. Et Van Basten ? Non, il ne s'est pas excusé et je ne l'ai plus jamais entendu. Ce n'est pas important et pas grave. Je ne lui en veux pas."
"Je me souviens avoir suivi la fin du match à l'hôpital, via des haut-parleurs, à la radio suédoise. Le lendemain matin, j'ai été transporté en hélicoptère à Copenhague, où j'ai été opéré. J'ai donc suivi la finale contre l'Allemagne chez mes parents, devant toute la presse. Peter Schmeichel m'a appelé depuis le vestiaire. Et l'ambulance m'a conduit au centre-ville pour fêter l'arrivée de l'équipe. Il y avait plus de gens que lors de la Libération en 1945, après la Deuxième Guerre mondiale. Le moment le plus émouvant était quand Schmeichel est rentré dans mon ambulance avec la Coupe."
Trois titres au RSCA: "Mon meilleur match ? À St-Trond"
"C'est à Anderlecht que tout a commencé, en 1982 sous Ivic. Le RSCA reste le club de mon cœur. J'avais 17 ans quand j'y ai débarqué. J'ai aussitôt marqué en Coupe contre Turnhout. Puis, j'ai connu un creux. J'ai voulu rentrer au Danemark, mais j'ai mordu sur ma chique : j'ai remporté trois titres et en 1990, Verschueren m'a vendu pour 75 millions de francs (NdlR : presque 2 millions d'euros) à Cologne, un montant record pour ce club."
"Mon plus beau moment ? J'ai connu des soirées européennes mémorables. On a éliminé le Bayern et Barcelone. Au Camp Nou, j'aurais déjà pu marquer le but de la qualification. J'avais dribblé un défenseur et le gardien Zubizarreta, mais mon pied droit n'était pas le meilleur au monde. J'ai placé le ballon dans le petit filet extérieur. Et la finale contre la Sampdoria, je l'ai ratée à cause d'une bête jaune contre le Rapid Bucarest en demi-finale. J'avais poussé le ballon deux mètres plus loin pour gagner du temps."
"Mon meilleur match, je l'ai joué… à Saint-Trond (1-1), en 1988. Raymond Goethals m'a demandé ce que j'avais mangé. J'avais toujours le ballon et j'ai donné l'assist à Gudjohnsen."
La blessure de trop: "Le Standard ne m'a pas voulu"
"J'ai arrêté ma carrière à 32 ans. J'avais eu trop de blessures. Après l'Euro 92, j'ai recassé ma rotule en travaillant avec un physio. J'ai été out onze mois. Lors de mon deuxième match, je me suis déchiré les ligaments croisés de l'autre genou parce que j'avais joué avec de trop longs studs. Puis, j'ai été opéré du ménisque. Et ce qui m'a tué, en avril 1997, c'est une sale faute d'Andreas Möller de Schalke. Il était frustré parce qu'il n'était plus titulaire ; j'en ai payé les frais. Il n'a reçu que la jeune. J'ai dû me faire opérer à la cheville."
"Après cela, j'ai dû jouer avec des antidouleurs et sous infiltrations. À la fin, il m'en fallait avant l'échauffement, avant le match et à la mi-temps. C'était infernal."
"À un certain moment, le Standard était intéressé. Mais quand ils ont vu les radiographies de mes genoux, je ne les ai plus entendus (rires). Maintenant, ça va ; je ne suis pas handicapé."
Henrik l'agent et le scout: "J'ai conseillé Schuurs au RSCA"
"Après ma carrière, j'ai travaillé pendant un certain temps comme agent de joueurs. J'ai surtout transféré des joueurs d'Allemagne au Lierse, comme Zdebel et Rudy. J'ai aussi mis Hasenhüttl - actuellement excellent coach de Southampton - du Lierse à Cologne. Mais j'ai arrêté parce que je n'avais plus tellement de joueurs."
"Je suis devenu scout à Stuttgart en 2010 et entre 2011 et 2016 à Schalke. En 2016, Herman Van Holsbeeck m'a embauché à Anderlecht. J'ai vu des centaines de matchs et de joueurs, partout en Europe. Bien sûr que j'ai proposé des joueurs qu'Anderlecht n'a finalement pas pris, mais c'est ainsi dans le foot. Un exemple ? Perr Schuurs de Sittard, qui est titulaire à l'Ajax maintenant. Il ne coûtait rien…"
"Au début de la crise sanitaire, je n'ai plus reçu de tâches. Je sentais que quelque chose clochait. Puis, le club m'a appelé pour dire qu'il fallait économiser. J'ai proposé de gagner 50 % en moins pendant l'année Covid. Je n'ai plus eu de réponse. La façon dont le club s'est séparé de moi, c'est un peu dommage. Mais finalement, cela m'a permis de démarrer une nouvelle vie au Danemark. Le scouting via data et via la plateforme Wyscout, la seule façon de bosser pendant la pandémie, ce n'est pas mon truc."
"En ce moment, je ne travaille pas. J'ai vendu mes propriétés à Aix-la-Chapelle, donc financièrement ça va. On verra à l'avenir. Je reste en contact avec quelques clubs de Bundesliga."
Son fils, Kristoffer: "Un beau défi comme T2 à Eupen"
"Je ne sais pas si je peux déjà l'annoncer (NdlR : il était midi, la nouvelle n'était pas encore officielle) mais mon fils Kristoffer devient T2 à Eupen. La saison passée, il était T1 à Aix, en D4 allemande."
"Kristoffer a été formé comme joueur à Eupen et au Standard. Il a joué six mois à Anderlecht en U21 en 2000 et a joué en D1 avec le Brussels de Vermeersch, une période spéciale. Puis, il a poursuivi sa carrière en Allemagne mais a sans cesse eu des blessures. La semaine prochaine, je vais le saluer ; il habite encore dans la région d'Eupen. Je n'ai plus été en Belgique depuis huit mois. J'ai hâte de voir mes deux petits-enfants."
