Il y a 50 ans, Paul Van Himst jouait (sans le savoir) son ultime match avec les Diables : "De Bruyne doit se dire la même chose que moi à l'époque"
Le 7 décembre 1974 contre la RDA à Leipzig, Paul Van Himst obtenait sa 81e et dernière cap avec les Diables rouges. Un demi-siècle plus tard, il se souvient d'un match où il portait le brassard mais qui n'avait duré qu'un quart d'heure.

- Publié le 07-12-2024 à 11h32

Huit degrés et une légère bruine, un temps doux pour jouer au football le 7 décembre 1974 à Leipzig. Parce qu'en cette époque, on jouait des matchs internationaux jusqu'au mois de décembre, même si on ne parlait pas encore de calendrier surchargé. Mais ce n'est pas la météo qui allait marquer l'histoire de ce duel entre la RDA (l'Allemagne de l'Est) et la Belgique, qualificatif pour l'Euro 76. Sans le savoir, Paul Van Himst allait disputer sa 81e et dernière rencontre avec les Diables. "J'aurais aimé pouvoir choisir la date de ma fin de carrière en équipe nationale mais c'est une chance que peu de joueurs ont", entame Van Himst, quand on lui rappelle la date.
Un demi-siècle plus tard, la mémoire a effacé certains souvenirs mais il n'a pas oublié cette ultime rencontre qui n'avait duré que… 16 minutes dans l'immense Zentralstadion de Leipzig avec ses 100 000 places (démoli en 2000 et remplacé par l'actuelle Red Bull Arena). "J'étais arrivé en Allemagne de l'Est avec un problème au genou, détaille-t-il. Je n'avais que 31 ans mais je commençais à avoir beaucoup de pépins physiques. J'avais déjà 15 années de carrière pro dans le rétro en ayant commencé très jeune. Raymond Goethals (NdlR : le sélectionneur) m'a dit de m'échauffer quand même. On m'a mis de la pommade et je me suis dit que ça allait tenir. Mais dans un duel, j'ai fait un faux mouvement et c'était foutu. J'ai dû sortir."
Comme un symbole, c'est le regretté Swat Van Der Elst qui le remplace à la 16e minute. Un gamin qui avait fêté son 20e anniversaire la semaine précédente. La nouvelle génération prenait de plus en plus de place chez les Diables, poussant petit à petit les anciens vers la sortie. C'était la fin des Christian Piot, Wilfried Van Moer (qui ignorait encore son étonnant come-back des années plus tard), Raoul Lambert, Wilfried Puis et Jacques Teugels.
Quand Raymond Goethals ne m'a pas repris la fois d'après, j'ai compris que c'était fini.
Le parallélisme avec la situation d'aujourd'hui en équipe nationale est tentant. "Kevin De Bruyne doit un peu se dire la même chose que moi à l'époque, reconnaît Van Himst, qui portait le brassard ce 7 décembre 1974 à Leipzig. On parle toujours de passer le flambeau aux jeunes, de transmettre son expérience. Mais ce n'est pas si simple dans les faits. Quand tu es trentenaire chez les Diables, tu penses d'abord à ton corps pour prolonger ta carrière. S'occuper des autres n'est pas toujours une priorité. Les nouveaux arrivent, les anciens s'en vont. C'est ainsi, c'est le cycle habituel."
Rentré blessé en Belgique, Van Himst se soigne et rejoue avec Anderlecht quelques semaines plus tard. Dans ce qui sera sa dernière saison au Sporting, il aide l'équipe à remporter le titre début mai, juste devant l'Antwerp. Mais quelques jours plus tôt, la sélection de Goethals pour un duel amical contre les Pays-Bas était tombée : sans le meilleur footballeur belge du XXe siècle. Un tremblement de terre sur le football belge ? "Oh non, sourit celui qui était dans les tribunes du Lotto Park la semaine passée contre Porto. Ce n'était pas comme maintenant. La sélection tombait et voilà, la vie continuait. Ce jour-là, j'ai quand même compris que c'était la fin pour moi chez les Diables."
Je n'ai plus eu d'appel de la fédération jusqu'à celui d'Alain Courtois 17 ans plus tard.
Avec un pincement au cœur ? "Non, pas vraiment. Je savais que ça arriverait un jour. Goethals ne m'avait pas téléphoné pour me prévenir ou me parler d'un éventuel retour plus tard. C'était ainsi. Je suis parti au RWDM la saison suivante et j'ai arrêté ma carrière après une dernière pige à Alost en D3. Un mot d'adieu ? Un coup d'envoi d'un match des Diables ? Non, ça ne se faisait pas à l'époque. Je n'ai plus rien entendu de la fédé pendant 17 ans, jusqu'à un coup de fil d'Alain Courtois au printemps 1991. Il voulait me voir avec Michel D'Hooghe et me confier le poste de sélectionneur."

Une sortie par la petite porte au bout de 81 caps et 30 buts pour un immense joueur. "Je ne cache pas que c'est une note négative dans ma carrière. J'aurais aimé quelque chose de plus beau mais je retiens quand même qu'on avait réussi à ne pas perdre à Leipzig ce jour-là (0-0). C'était un très bon résultat. Aller jouer en Allemagne de l'Est, c'était toujours chaud à ce moment-là. Je ne suis pas parti sur une défaite (sourire)."
La Belgique remportera son groupe qualificatif (devant la RDA, la France et l'Islande) mais échouera en barrages contre les Pays-Bas pour l'Euro 76. Raymond Goethals sera remercié et Guy Thys se chargera de la succession lors d'un mandat de 15 ans. Jusqu'à ce qu'un certain Paul Van Himst prenne le relais, six mois après la réunification officielle de l'Allemagne.