"Papy, je vais jouer pour la Belgique, une fois !": Helmut Graf nous raconte les coulisses du choix de son petit-fils Diego Moreira pour les Diables
L'ancien Standardman Helmut Graf dévoile pourquoi son petit-fils Diego Moreira opte pour les Diables rouges après avoir joué avec la sélection portugaise. Une histoire où l'on retrouve le papa Almani, l'agent de Cristiano Ronaldo, Rudi Garcia et même Matt Pokora.

- Publié le 03-06-2025 à 06h00
- Mis à jour le 03-06-2025 à 13h27

Helmut Graf (78 ans) nous fixe rendez-vous vendredi matin dans le centre de Visé. Mais c'est pour mieux nous conduire chez lui, dans le hameau de Bombaye. "Le GPS emmène souvent au mauvais endroit, explique-t-il. On sera plus tranquille sur ma terrasse que dans un café." Dans la Cité des Oies, l'ancien Standardman (207 matchs entre 1976 et 1982) est connu comme le loup blanc. Chez lui, c'est un chiot teckel qui accueille : Ysak. "Il faut faire attention de ne pas marcher dessus. On l'a depuis deux semaines."
La veille, Ysak était câliné par Diego Moreira, petit-fils d'Helmut, fils d'Almani et nouveau Diable de Rudi Garcia. "Il est venu manger un bout avant de rejoindre la sélection." Une sélection où le Strasbourgeois de 20 ans sera l'attraction, lui qui a opté pour la Belgique seulement deux mois après sa dernière apparition avec les Espoirs portugais en mars.
Dans le salon, deux cadres entourent la télévision : l'affiche de la finale de la Coupe des Coupes 1982 perdue par le Standard contre le FC Barcelone et une photo de Diego à l'âge de deux ans avec ces simples mots : merci papy. "Avec ma femme, on s'est beaucoup occupé de lui pendant son enfance et son adolescence. Son papa Almani Moreira (128 matchs pour le Standard entre 2001 et 2006) jouait à l'étranger et sa maman, ma fille Émilie, travaillait beaucoup. Je le conduisais à tous ses entraînements au Standard. Mais venez sur la terrasse, je vais tout vous raconter."
Avez-vous été surpris par sa sélection avec la Belgique ?
"Ce qui me surprend le plus, c'est son énorme évolution en une saison. L'an passé au même moment, il était en U21 à Chelsea. Le voilà maintenant en équipe nationale. Il a fait une superbe saison à Strasbourg mais il aurait pu exploser plus tôt encore. Son prêt à Lyon (NdlR : septembre 2023-janvier 2024) n'a pas été bon pour lui. Il a eu un entraîneur… Pff…"
Fabio Grosso ?
"Oui. Je vous raconte un truc : Diego venait de faire une superbe deuxième mi-temps juste après son arrivée, tout le monde le félicitait à l'hôtel après le match. Grosso arrive et lui dit : 'Ne crois pas que t'es déjà arrivé, toi. Tu n'es nulle part.' J'étais à côté et j'ai dû me retenir pour ne pas exploser. Le week-end suivant, Diego n'était même pas sur la feuille de match… Lyon l'avait loué sans option d'achat et le club faisait jouer des garçons qui pouvaient avoir de la valeur. En janvier, Chelsea l'a rappelé mais n'a pas été chic non plus."
Chelsea n'a été chic : on l'a fait revenir parce qu'il y avait beaucoup de blessés puis on l'a envoyé en U21.
Pourquoi ?
"Le club lui dit : 'On a beaucoup de blessés et on veut que tu reviennes.' Quand il est arrivé à Chelsea, on l'a directement mis dans le noyau U21. Le seul point positif, c'est qu'il est devenu plus fort mentalement. Il m'a dit : 'Papy, j'ai beaucoup appris et je ne vais plus me laisser faire.' Cet été, il a fait le bon choix avec Strasbourg. Son agent Jorge Mendes (NdlR : qui s'occupe aussi de Cristiano Ronaldo) lui a dit qu'il avait trois options : un club allemand, un club portugais et Strasbourg. Il ne voulait plus retourner au Portugal. Il a hésité avec la Bundesliga mais c'est le coup de fil de Liam Rosenior (NdlR : l'entraîneur de Strasbourg) qui a fait pencher la balance. Il est tombé dans un super groupe avec beaucoup de jeunes. Je prends parfois ma voiture pour aller le voir mais c'est loin. Mais je n'ai raté aucun match à la télé."
Pourquoi opte-t-il pour la Belgique après avoir joué six ans dans les équipes d'âge du Portugal ?
"J'ai commencé à comprendre pendant les dernières fêtes de fin d'année. Il me parlait de l'ambiance chez les Espoirs portugais. Il ne se sentait pas très bien intégré. J'ai senti qu'il pouvait revenir jouer avec la Belgique où il a eu des sélections U15. Rudi Garcia et Vincent Mannaert sont allés le voir deux fois à Strasbourg et il m'a annoncé son choix avant son dernier match de Ligue 1 : 'Papy, je vais jouer pour la Belgique une fois !' En prenant l'accent belge que les Français pensent qu'on a (rires)."

Diego a plutôt l'accent liégeois.
"Oui clairement. Diego est né à Rocourt, il a étudié boulevard Piercot à Liège, il a joué au Standard, il a grandi dans la maison de sa maman à Grâce-Hollogne. C'est un vrai Liégeois et tous ses copains sont ici. Il adore même les boulets. Enfin, qui n'aime pas les boulets (rires) ?"
Pourquoi avait-il opté pour le Portugal alors ?
"Il faut remonter à la séparation entre son papa et sa maman pour comprendre. Diego n'avait que deux ans. Almani a quitté le Standard et il vivait avec sa maman. Il ne voyait son papa qu'une fois par an pendant une dizaine de jours. Parfois, je l'accompagnais. Quand il était au Dynamo Moscou, au Partizan Belgrade, même en Chine. Quand Diego a eu 15 ans, le Sporting Portugal s'est intéressé à lui. Puis Benfica. Almani vivait à Lisbonne et il s'est dit qu'il pourrait enfin habiter avec son papa."
Diego a quitté le Standard pour Benfica pour enfin habiter avec un papa qu'il avait peu vu.
Mais finalement, Diego signe seulement un an plus tard, à 16 ans à Benfica.
"Le Standard ne voulait pas le perdre et c'était compliqué. La direction lui avait fait une offre de premier contrat pro. J'ai encore le papier avec la proposition à la maison. Le Standard l'a bloqué pendant un an en menaçant d'aller à la Fifa. Il a heureusement pu s'entraîner pendant quelques mois au Lierse où le président est un ami de Lucien D'Onofrio. Il faisait le chemin en train tous les jours. Moi, j'aurais aimé que Diego reste au Standard mais je dois reconnaître qu'il a beaucoup progressé à Benfica. Il a vu ce que c'était un centre de formation de haut niveau."
Il finit pourtant par partir libre à Chelsea en 2023.
"Benfica n'aime pas donner beaucoup d'argent. La direction ne lui offrait qu'un contrat aspirant, même s'il était chez les A. Son agent Jorge Mendes a refusé. Les six derniers mois, Benfica lui a dit de vider son casier et l'a renvoyé chez les jeunes. Diego a pu partir libre. Il a dû choisir entre Chelsea et le PSG."
Vous êtes heureux de le voir avec les Diables maintenant ?
"Oui, j'irai le voir contre le pays de Galles au Heysel. Diego espère montrer de belles choses avec la Belgique. Il m'a dit en rigolant : 'Si ça ne marche pas, je pourrai toujours jouer pour la Guinée-Bissau.' C'est le pays d'origine de son papa où il a fini par devenir international. Almani est même le directeur technique de la fédération de Guinée-Bissau aujourd'hui. Moi, je lui ai dit qu'il pouvait aussi opter pour l'Allemagne, le pays de son papy (rires)."
Vous avez quasi fait toute votre carrière en Belgique. On ne vous a jamais proposé de devenir Diable à l'époque ?
"Si, Guy Thys m'avait téléphoné un jour. Il voulait que j'aide les Diables à se qualifier pour la Coupe du monde en 1978. Mais j'avais déjà 28-29 ans. Je ne voulais pas changer de nationalité tant que ma maman était en vie. On est en 2025 et je n'ai toujours pas la nationalité belge. Je retourne parfois en Allemagne avec les anciens du Fortuna Düsseldorf. Je suis plus souvent invité là qu'au Standard (rires). J'ai joué 207 matchs et on me donne des places tout en haut en me disant que ce n'est pas possible d'avoir un parking…"
Diego a pris les qualités de son papa et de moi, il a tout pour être un grand back gauche.
Ceux qui vous ont vu jouer disent que Diego vous ressemble : un gaucher rapide avec beaucoup de vitesse.
"C'est vrai qu'il y a des points communs. Le centre et la vitesse. J'avais commencé par l'athlétisme en Allemagne et ça m'a toujours aidé. Après, Diego est plus costaud et plus technique que moi. Ce sont des qualités de son papa Almani. Il a pris des deux."
Sauf qu'Almani et vous étiez des attaquants et que Diego est devenu back gauche cette saison à Strasbourg.
"Il a joué comme milieu offensif au début mais le back gauche s'est blessé et le coach lui a demandé s'il pouvait dépanner. Il a été fantastique. Sa deuxième apparition comme défenseur, il marque contre Marseille. Il avait déjà joué derrière au Standard. Je me souviens d'un match U15 contre Anderlecht et il avait fait gagner son équipe 0-2. Même les Anderlechtois disaient que c'était sa meilleure place. Diego a la vitesse, le dribble, le centre et le coffre pour faire tout le flanc. Il doit encore progresser dans son positionnement défensif mais il a tout pour être un grand back gauche."
Il va rester à Strasbourg ?
"Quand il est venu à la maison hier (NdlR : jeudi passé), je lui ai dit qu'il devait encore rester au moins une saison à Strasbourg. Pour confirmer. Mais il faut voir le nombre de clubs qui viennent aux nouvelles… Le top européen. Il a l'espoir de jouer la Coupe du monde 2026 et il doit jouer, même si on lui propose parfois des sommes folles. Quand je vois les chiffres, c'est plus que nous à l'époque alors qu'on est passé des francs et à l'euro (rires)."

Il a en tout cas l'air heureux cette saison : on voit toujours Diego en train de danser sur Instagram.
"Diego danse depuis qu'il tient debout. On l'a même inscrit à un cours de danse à Liège quand il avait 6 ans, tellement il aimait ça. Il y avait tout le temps de la musique. Il faut dire aussi que le parrain de Diego est le chorégraphe de Matt Pokora. Armel (NdlR : Ngungunanga), un Liégeois aussi. Il est souvent allé le voir en concert. Si Diego n'avait pas percé dans le foot, il serait artiste. C'est un amuseur public."