Xavier Chen : "Vous me voyez mannequin ?"

David Lehaire
Xavier Chen : "Vous me voyez mannequin ?"
©n.d.

S'il le voulait, Xavier Chen, défenseur de Malines, pourrait être un international et une véritable star à Taïwan

MALINES Xavier Chen sait ce qu'évoluer dans l'ombre des autres, dans un relatif anonymat, veut dire. Défenseur de Malines, il était surtout connu pour avoir réussi à combiner études universitaires et sport de haut niveau. À ses yeux, pas de quoi en faire un plat. Pourtant, le Bruxellois a dû apprendre à vivre avec ce statut de vedette un peu malgré lui. En octobre 2009, un émissaire de la Fédération taïwanaise prend, en effet, contact avec lui pour en faire un ambassadeur du pays à l'étranger et un membre de l'équipe nationale. "Chen est un nom de famille très répandu en Chine et à Taïwan."

C'est par le biais d'internet que l'on remontera jusqu'à celui dont le papa a la double nationalité belgo-taïwanaise et dont le grand-père vit toujours là-bas. "Quand la Fédération m'a sollicité, j'étais surpris mais je suis allé voir sur place ce que l'on me voulait. Parce que, via mon grand-père, un lien affectif m'unit à cette terre où je n'avais plus mis les pieds depuis 15, 16 ans."

En mai 2010, Xavier Chen, simple back droit de Malines, découvrira alors qu'il peut devenir quelqu'un d'autre. "Je suis resté six jours sur place. Tout ce que j'y ai vécu fut complètement disproportionné. C'était irréel. On faisait de moi, simple joueur du championnat belge, une vraie star. Quand je suis arrivé, dix-sept caméras de télévision et une cinquantaine de journalistes m'entouraient."

Tout Taïwan découvrira alors le footballeur. "On m'a demandé de devenir international. Bien que flatté, j'hésite toujours alors que nous sommes déjà en 2011. Je ne peux pas prendre cette décision à la légère. Mais ma réponse dépend de pas mal de conditions. Je ne veux pas devoir quitter mon club en plein milieu de la saison pour devoir jouer des matches amicaux sans enjeu. Je me tâte toujours…"

Alerté par la démarche de la nation voisine, la Chine lui fera aussi un appel du pied. "Mon grand-père a obtenu la nationalité taïwanaise parce qu'il a fui la Chine et son régime communiste. Au départ, il était, donc, chinois. Sportivement, c'était plus intéressant. Mais, à l'inverse de Taïwan, la Chine m'obligeait à renoncer à ma double nationalité."

De ça, il n'en sera jamais question. Alors, Chen écoute ses interlocuteurs. Il ne comprend pas quand ils lui parlent en mandarin mais voit bien ce qu'ils veulent faire de lui : une icône, un porte-drapeau. "En six jours, j'ai eu des sollicitations incroyables. J'ai tourné dans des clips publicitaires. J'ai eu une vie de star. Je me suis vite rendu compte que le football ne les intéressait pas beaucoup mais qu'ils cherchaient surtout à faire de moi une vedette. Un journaliste m'a même demandé pourquoi je continuais à pratiquer ce sport alors que je pouvais me contenter de devenir acteur ou mannequin. Un autre a voulu savoir ce que je pensais si Keanu Reeves interprétait mon rôle au cinéma. Vraiment, je croyais rêver."

Depuis, Xavier Chen est revenu sur terre. Il n'a pas encore joué pour Taïwan et ne sait pas s'il le fera un jour. Mais son statut n'est plus tout à fait le même.



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