Sels: "À Lyon, l'ambiance était plus folle que pour le titre"
Matz Sels, l'un des hommes clés de cette campagne en Ligue des Champions revient sur un parcours fou.
- Publié le 08-03-2016 à 10h21
- Mis à jour le 08-03-2016 à 10h28

Matz Sels, l'un des hommes clés de cette campagne en Ligue des Champions revient sur un parcours fou. "On se rend compte que c'est peut-être la dernière et c'est pour cela qu'on espère faire au mieux."
L'aventure en Ligue des Champions de La Gantoise et de Matz Sels sera certainement close mardi vers 22h30. Les Gantois en sont conscients, mais veulent continuer à rêver (lire ci-contre). L'heure est déjà aux souvenirs et aux rêves de l'an prochain. "Maintenant qu'on y a goûté, on fera tout pour être champions et y revenir même s'il sera compliqué d'y faire aussi bien."
Vous rendez-vous compte de l'exploit que vous avez réalisé ?
"Cela faisait 15 ans que ce n'était pas arrivé et ça donne un côté spécial à ce que nous avons réalisé. On doit en profiter maintenant car nous ne réaliserons que dans un an ou plus mais nous en sommes déjà fiers."
Vous parvenez à sortir un meilleur souvenir ?
"Le penalty que je stoppe face à Lyon dans les dernières secondes du premier match. Sur le moment, c'était juste un point mais c'était si important pour la suite. Puis, cet arrêt signifiait un premier point historique pour Gand en C1 ."
Ce n'était pourtant pas votre arrêt le plus difficile…
"Non, le plus complexe était à Valence lorsque je repousse une frappe de loin avant de bloquer un second tir sur le rebond."
La qualification face au Zenit ne fait pas partie de votre top ?
"La plus grosse émotion était celle du but victorieux à Lyon dans les dernières secondes. Nous ne méritions pas vraiment plus qu'un point, mais la victoire est tombée. Vous n'imaginez pas l'ambiance dans le vestiaire. C'était plus fort qu'après le titre. Nous sautions, dansions, chantions. C'était dingue."
Vous aviez enchaîné la rencontre avec une place dans le 11 de la semaine en Ligue des Champions…
"Avec Messi, Griezman, etc. Je n'y croyais pas vraiment. Ça m'a donné un boost avec pour but d'en refaire un jour partie."
Vous auriez osé imaginer de tels résultats collectifs et personnels ?
"On se demandait tous ce que nous allions faire en C1 . On était vraiment dans une optique de match par match, voir quel était le niveau de cette compétition. On a bien joué dès le début et c'était parti."
Avez-vous appris de cette campagne ?
"J'ai évolué et je me suis testé par rapport au haut niveau. Il y a toute une gestion de la pression à apprendre. Il faut également une adaptation à des adversaires qui donnent mieux le ballon, qui courent mieux. C'est pourquoi j'ai davantage pris part au jeu en jouant plus haut afin d'aider ma défense."
Vous évoquez la pression, mais elle ne semble pas vous atteindre…
"Je tente toujours de ne pas extérioriser le stress. Je ne veux pas perturber ma défense mais plutôt m'illustrer par des arrêts et de la sécurité. À l'intérieur, je vous prie de croire que c'est bien différent."
Si vous avez la tête pleine de souvenirs, avez-vous eu l'occasion de ramener des maillots d'adversaires pour garder éternellement une trace de cette saison ?
"J'ai essayé d'échanger mon maillot avec celui de l'autre gardien à chaque coup, mais je n'en ai que deux. Un de Valence et un du Zenit. Lopez, le gardien de Lyon, était trop fâché après leur défaite pour échanger son maillot. Avec Koen (Casteels) , on s'est dit qu'on ferait ça après le match retour."
"S'il y a moyen d'aller à l' Euro, j'aimerais en être"
"Je suis super heureux. J'ai pu voir comment ils bossent. Rien que pour l'expérience, la découverte et l'apprentissage, cela m'intéressait énormément. Puis, faire partie de l'équipe de son pays, c'est une fierté. Mais on ne devient pas le numéro 1 des Diables comme ça. Cela nécessite plusieurs étapes."
Pour l'Euro, il risque d'être devancé par le trio Courtois-Mignolet-Gillet. "Je sais que j'ai encore une chance d'en être, mais je ne décide de rien. Je dois juste prester, aller chercher le titre mais après, je n'ai rien en main."
Koen Casteels, son adversaire du jour, n'a pas hésité à tacler Jean-François Gillet, considéré comme un metteur d'ambiance, en disant que les trois meilleurs gardiens doivent être pris. "Je ne préfère pas juger les prestations des autres. Vais-je profiter de l'âge de Gillet pour prendre sa place à terme ? C'est trop difficile de supputer une hiérarchie à venir. Je préfère me dire que s'il est possible d'aller à l' Euro , j'aimerais en être."
"Je lavais mes maillots moi-même"
À 7 ans déjà, Matz Sels faisait tourner les têtes des clubs anversois. C'est à cet âge qu'il a rejoint le Lierse. Un club qu'il a quitté après y avoir fait ses débuts chez les pros.
"La saison que j'ai passée au Lierse en D1 a été une grosse expérience, même si elle était difficile. Je peux vous dire qu'il est plus agréable de jouer pour les trophées que pour le maintien. On s'est sauvé, mais la pression était énorme. Jouer pour se sauver signifie plus de pression que jouer dans un club du top. Quand tu perds un match, l'ambiance est lourde dans le vestiaire."
C'est après le maintien que le club est arrivé avec une offre de contrat que vous avez refusé de signer…
"Ils voulaient me prolonger de 4 ans. Mais avec le projet de l'académie et les nombreux jeunes qui allaient être lancés, je me suis dit que le club risquait de descendre."
C'est pour ça que vous vouliez une clause pour partir gratuitement en cas de culbute ?
"Exactement. Et au final, mon sentiment s'est avéré juste car le Lierse est retombé en D2. J'ai fait le bon choix."
N'était-ce pas difficile de dire non au club qui vous a formé ?
"Bien sûr ! Je devais néanmoins penser à moi. Certains ont eu une mauvaise image de ma personne, d'autres disaient que j'étais fou de lâcher une place de titulaire mais je n'ai rien fait de mal et j'étais certain de mes convictions."
Vous ne vous attendiez pas à être bloqué ?
"Le club demandait 1 million pour un gardien inexpérimenté et à qui il ne reste qu'un an de contrat."
Personne n'a payé ce montant et vous êtes resté 6 mois sur le carreau…
"C'était très difficile, mais je le savais. Je travaillais avec l'équipe B, sur un mauvais terrain avec un mauvais éclairage. Je devais même laver mes maillots moi-même."
Finalement, tout ça a fait de vous le gardien que vous êtes maintenant !
"J'ai fait le meilleur choix en allant à Gand. J'ai directement joué puis tout s'est enchaîné avec le titre collectif, des trophées individuels et la Ligue des Champions. Tout a été si vite."
"Le coach avait raison, nous étions trop braves"
Le pourcentage de chances de qualification de La Gantoise à Wolfsburg est extrêmement faible. "Qu'on se le dise, il faudra aller marquer deux fois sans encaisser", résume d'ailleurs Matz Sels. Mais les Gantois ont déjà réalisé tant d'exploits qu'ils ne sont pas près de s'arrêter de rêver.
Matz, à quel genre de match vous attendez-vous ?
"À une partie compliquée vu leur efficacité chirurgicale. Ils ont concrétisé un pourcentage colossal de leurs occasions. Nous n'avons pas fait notre meilleur match face à eux, mais nous n'avons pas été balayés pour autant."
Quel sera le plan de jeu ?
"Nous devons surtout essayer de garder le zéro derrière. Si cela fonctionne, on devra essayer de marquer vers la 70e minute pour semer le doute dans leur esprit et dans le stade. Si ça fonctionne, on peut commencer à rêver d'un second but."
N'est-ce pas plus simple de marquer rapidement ?
"Il ne faudra pas se jeter vers l'avant car ils sont monstrueux en contre. Si nous n'avons pas encaissé à la pause, nous pourrons tenter le coup. Marquer tard resserre le timing, mais on ne sait jamais ce qui peut se passer avec un ballon qui tombe bien. Il faudra être malin."
Vous avez repéré les points faibles de votre adversaire ?
"Outre leurs absents, je pense, par exemple, à Naldo en défense, j'ai remarqué qu'il y avait de la place sur les flancs. C'est de là que sont venus nos deux buts."
Auriez-vous pu être plus déterminant dans ce match ?
"J'ai eu peu d'arrêts à effectuer (pareil pour Koen Casteels) et les deux derniers buts étaient impossibles à sortir. Sur le premier, par contre, j'aurais peut-être pu mieux faire. OK, Julian Draxler est seul face à moi et c'est un tueur à plus de 35 millions, mais j'aurais pu mieux sortir. Ça fait partie de mon apprentissage du plus haut niveau. J'espère que j'aurai plus de travail au match retour."
Hein Vanhaezebrouck a tué toute l'équipe sauf vous après ce match…
"Nous devons tous le concéder : nous avons fait des fautes individuelles. Il avait raison de dire que nous étions trop braves, trop impressionnés. Mais je le redis, nous n'avons pas été balayés."
C'était aussi lié aux deux défaites face à Bruges…
"C'était logique qu'il y ait une sorte de déception. Nous avons eu du mal à ce moment-là."
Plus de caleçon rose porte-bonheur
Ce mardi soir, La Gantoise ne pourra plus compter sur le porte-bonheur de Matz Sels : un caleçon rose. "Malheureusement, il est cassé depuis longtemps", concédait le gardien dans un éclat de rire.
Durant plusieurs mois, il a pourtant toujours joué avec les mêmes sous-vêtements. "Je les lavais à chaque fois, hein ! J'ai commencé avec ça en fin d'année 2014. Nous avons ensuite enchaîné les victoires en 2015 et je l'ai gardé. Depuis, nous avons perdu des matches. C'en est donc fini de cette tradition."
