Clasico, J-3: la jeunesse et les restrictions financières ont pris le pouvoir
Les ennemis historiques partagent une philosophie commune.
- Publié le 16-09-2021 à 10h02
- Mis à jour le 16-09-2021 à 19h09

La jeunesse est devenue une valeur refuge pour les clubs qui souhaitent s'en sortir à peu de frais, et quand les finances ne permettent pas de dépenser sans compter. Anderlecht et le Standard, à des moments différents, ont lancé le processus du rajeunissement, en 2019 avec l'arrivée de Vincent Kompany à Anderlecht ; en 2020 au Standard, qui a renommé son académie pour marquer le tournant symbolique.
Le club bruxellois a pris un peu d'avance, et fait un peu moins appel à ses talents, en ce début de saison, alors que son homologue liégeois s'est lancé à fond, Mbaye Leye ayant encore rappelé la semaine passée qu'il avait le noyau le plus jeune de D1A (22,7 ans). Cette logique de formation, sans perdre de vue l'ambition sportive, doit permettre, à long terme, de faire rentrer de l'argent frais, à l'image des transferts de Jeremy Doku, Albert Sambi Lokonga et Michel-Ange Balikwisha.
1. Pourquoi ont-ils lancé le "process" ?
Anderlecht
L'arrivée de Vincent Kompany a été l'élément déclencheur. Lors de son premier discours, il a lancé ceci : "J'ai vu beaucoup de talents ici. Beaucoup de jeunes qui viennent d'éclore ou qui doivent juste éclore. Il y a plus de talent maintenant qu'à mon époque. Bien plus même. Il faut leur donner l'opportunité de se développer."
Lisez : on comptera sur les jeunes de Neerpede. Un choix de cœur de la part de celui qui était alors joueur/entraîneur. Puriste comme il en existe peu, Vincent Kompany a voulu apposer sa griffe. À savoir un jeu rapide et au sol ainsi qu'un gros pressing. Tout ce que les pensionnaires de l'académie apprennent dès le plus jeune âge.
Le romantisme n'explique que partiellement la mise en place de ce projet "jeunes" au RSCA. Si Anderlecht n'a presque pas dépensé d'argent lors des étés 2019 et 2020, c'est parce que les caisses du club sont vides et mêmes trouées.
Le 28 décembre 2019, une perte record de 27 millions sur l'année était dévoilée. Rebelote en 2020.
La direction et Kompany n'ont pas eu le choix. Pour augmenter la marge bénéficiaire de chaque transfert, il faut mettre en vitrine les jeunes du cru et les vendre à prix d'or pour retrouver des finances plus saines.
Standard
Il y a un peu plus d'un an, le Standard a renommé son académie, pour qu'elle devienne le SL16 Football Campus. Un projet mené par Pierre Locht, avec le soutien de Reginal Goreux. Le travail avait été entamé quelques années auparavant, mais il a été renforcé en raison des soucis financiers du club liégeois.
Benjamin Nicaise, sur le plateau de La Tribune en fin de saison passée, avait bien tenté de convaincre, quand il avait été interrogé sur les raisons réelles de ce tournant pour la formation. Le directeur sportif avait répondu : "Si cette situation est imposée par le coronavirus (et ses conséquences financières), alors notre président (Bruno Venanzi) est un visionnaire d'avoir placé Pierre Locht à l'académie (depuis 2018), puis d'avoir mis Reginal (Goreux) depuis 2020."
Le choix est pourtant bien financier, avant d'être sportif. Il suffit d'écouter Mbaye Leye répéter que le club est en phase de transition, avec une jeune équipe, et des gamins susceptibles de faire des erreurs. Le Standard n'a d'ailleurs dépensé que 1,5 million € cet été pour Aron Dönnum, "soit le dixième club en termes d'achat en D1A", avait précisé l'entraîneur liégeois.
L'aspect financier mis à part, il convient d'admettre que c'est une aubaine pour la jeunesse liégeoise de pouvoir se montrer, à l'image d'Al-Dakhil. En 2008 et 2009, le Standard était remonté sur le toit de la Belgique en partie grâce à son centre de formation (Witsel, Fellaini, Carcela, Mangala, Goreux et Mulemo). Mais ils avaient été bien encadrés. La (double) question est la suivante, onze ans plus tard : y a-t-il des futurs Witsel, Fellaini ou Carcela dans l'équipe actuelle ? Et comment sont-ils encadrés ?
2. Où en sont-ils ?
Anderlecht
La défunte saison a été celle des jeunes au RSCA. Avec en fers de lance Sambi Lokonga, Verschaeren et Ait El Hadj.
Le premier est parti, à l'instar de Doku un an plus tôt. Un processus économique logique. Anderlecht attaque désormais la suite du projet avec toujours un grand nombre de jeunes dans le noyau A.
Ils sont toutefois moins nombreux à jouer. Le projet a été resserré et les transferts ont rogné sur la formation. Face à Malines, seul Ait El Hadj était titulaire. Outre lui, Verschaeren et Amuzu sont les deux autres produits du RSCA impliqués régulièrement. C'était également le cas de Delcroix, titulaire avant sa blessure.
Anderlecht a-t-il pour autant abandonné son projet ? Non. Kompany doit obtenir des résultats et a besoin d'expérience pour cela. Refaelov, Olsson, Raman, Hoedt doivent participer à la suite du développement des jeunes en les encadrant. La pression les a parfois écrasés la saison passée et certains comme Kana, Sardella ou Colassin ont dû faire un pas en arrière.
Standard
Au temps de jeu cumulé, Arnaud Bodart comptabilise 70 % des apparitions en Pro League. À 23 ans, il est le plus ancien des joueurs formés au Standard, si l'on ne tient pas compte de Mehdi Carcela, et selon l'idée que Samuel Bastien n'a pas fait toute sa formation au Standard.
Hugo Siquet est le visage de la génération 2002-2003, et l'arrière droit, international espoir belge, a laissé une bonne impression. À 19 ans, il est encore victime de son inconstance, comme beaucoup de jeunes, mais il a déjà montré ses qualités de centre et son sens de la percussion.
Les autres jeunes (Pavlovic, Al-Dakhil, Ngoy, Calut et Dumont) ont joué autant de matchs, cumulés, que Siquet (26). Ameen Al-Dakhil, qui avait rejoint l'équipe professionnelle cet été, se détache toutefois. Le défenseur central, formé en partie à Anderlecht, a un bon sens du positionnement, et est bon dans les duels. Il est le nouveau venu de ce début de saison, après Siquet et Balikwisha la saison passée.
Nathan Ngoy, autre défenseur central formé à Anderlecht, pourrait se servir de l'exemple d'Al-Dakhil comme source d'inspiration. Il est aussi l'un des jeunes bien cotés qui aura besoin de se confronter au grand monde, tout comme Pavlovic, Calut et Dumont.
Derrière ces joueurs qui ont déjà eu du temps de jeu, d'autres jeunes sont parfois repris, tels que le gardien Matthieu Epolo ou l'attaquant Camil Mmaee.
3. Qu'est-ce que cela a rapporté ?
Anderlecht
Entre Saelemaekers (8), Sambi Lokonga (17) et Doku (26), Anderlecht a touché - hors bonus - plus de 50 millions pour trois transferts sortants. Auxquels il faut ajouter un gain en termes de masse salariale depuis deux ans. De quoi assainir les finances du club sans pour autant permettre de faire des folies.
Les résultats, eux, ne sont pas encore au rendez-vous. Anderlecht n'a plus pu oser rêver de titre depuis plusieurs années et risque de devoir attendre encore un moment. Le club a, en revanche, retrouvé un peu de popularité auprès de ses fans. Rien n'est plus apprécié par les tribunes du Lotto Park qu'un jeune du cru qui réussit.
Standard
Le transfert de Michel-Ange Balikwisha à l'Antwerp a déjà rapporté 5 millions €, alors qu'il n'avait disputé que 40 matchs la saison passée. S'il ne rentre pas dans la dynamique actuelle, Zinho Vanheusden, formé en partie au Standard, a rapporté 4 millions €, entre l'achat à l'Inter Milan (12 millions) puis sa vente (16).
D'autres joueurs ont également quitté le nid liégeois, mais libres, comme Dimitri Lavalée (Mayence) ou Lindon Selahi (Twente). Ces exemples renforcent la volonté de former pour en tirer les bénéfices financiers, ensuite, même si le feuilleton Balikwisha, malgré une fin heureuse, avait brouillé l'image, et le signal.
