À l'Ancienne avec Adrien Trebel : "Junior Edmilson était un sacré fêtard, mais Boeckx est imbattable"
Avant France-Belgique, on parle avec Adrien Trebel, le seul Français à être passé au Standard et à Anderlecht.

- Publié le 07-09-2024 à 12h25
- Mis à jour le 09-09-2024 à 11h46

Adrien Trebel est une exception. Le milieu (33 ans) formé à Nantes est le seul Français à être passé au Standard (2014-17) et à Anderlecht (2017-2023). Libre depuis février et la résiliation de son contrat à Charleroi, celui qui possède aussi la nationalité malgache est l'invité de notre podcast À l'Ancienne. alors que les Diables et les Bleus se retrouvent ce lundi à Lyon.
Adrien, quel est le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
"Thiago Alcantara. Mais en Belgique, celui qui m'a le plus marqué niveau potentiel, c'est Albert Sambi Lokonga. Il a un calme au ballon, c'est impressionnant. En plus d'être une bonne personne au quotidien, il ne se prend pas la tête, il est travailleur, à l'écoute. Après, avec qui j'ai joué, c'est Gaël Kakuta. Il faut savoir qu'à 11 ans, je suis dans l'année où je dois choisir un club. J'ai Strasbourg, Monaco, Nantes et Lens qui est le plus concret et m'invite. J'étais flan droit, Gaël aussi. Quand j'arrive, je le dis au directeur sportif : "Mais votre 10, c'est un phénomène, je n'ai jamais vu ça de ma vie". Lui me dit qu'on ne sait jamais. Et je réponds : 'Ouais mais moi je sais qu'aujourd'hui, il est à des années-lumière de moi'. Finalement, et ce n'était pas à cause de Gaël, je vais à Nantes parce que j'ai eu un meilleur feeling. Et à 15 ans, Gaël signe à Chelsea. En sélection, on avait lui d'un côté et Salibur de l'autre. Un régal."

Quel est le joueur le plus fou que vous avez croisé ?
"Mehdi Carcela. Mais il faut bien remettre les choses dans leur contexte. Il est fou mais avec un grand cœur. Si cela s'est super bien passé au Standard, c'est grâce à lui. Quand j'arrive, il rentre de la CAN. Il ne me connaît pas, débarque dans le vestiaire et me dit : 'C'est toi Adrien Trebel ? William Vainqueur m'a dit que je devais m'occuper de toi. Donc, on va à l'hôtel, on récupère tes affaires et tu viens chez moi jusqu'à ce que tu trouves ton appartement'. Je suis resté un mois et demi chez lui. Sa maman nous faisait à manger tous les soirs. Il m'a vraiment bien intégré."
La maman de Mehdi nous faisait à manger tous les soirs.
Le plus méchant ?
"Gael Angoula, désormais arbitre en Ligue 1. Gentil dans la vie de tous les jours mais un monstre sur le terrain pour t'intimider. Il veut te faire peur par tous les moyens… J'avais 18 ans à l'époque, on allait jouer à Bastia où c'est déjà chaud. Le public qui te dit "retourne chez toi, tu n'as rien à faire ici" et lui qui te lance : "Si tu essaies de faire un dribble, je t'envoie en tribune" (Rires). Mais cela m'a vite forgé."

Le plus gros fêtard ?
"Il y en a eu pas mal. Junior Edmilson était fêtard. Mais il savait quand sortir et pas sortir. C'était ça sa force aussi à Junior et il était toujours performant sur le terrain. Junior était un sacré fêtard, mais Boeckx est imbattable. Et en plus il nous a donné un titre."
Le plus drôle ?
"On se parle régulièrement au téléphone : Alexis Saelemaekers. On se charrie, on s'envoie des piques. Dès qu'on se voit, qu'on s'appelle, ça taille."

Celui que vous détestiez affronter ?
"Personne. Celui avec qui j'ai eu le plus gros combat pendant de longues années, c'est Ruud Vormer. Sur le terrain, on pouvait se faire les plus gros tacles, les plus gros duels. Mais à la fin du match, on rigolait et on se serrait la main, comme si de rien n'était."
Quelle est l'équipe la plus forte dans laquelle vous avez joué ?
"L'équipe du titre forcément. Quand on est champion avec Weiler, c'était simple, efficace, pas de prise de tête, chacun savait ce qu'il avait à faire. Le plus beau football qu'on a réussi à développer, c'était avec Vanhaezebrouck."

L'équipe la plus forte que vous avez affrontée ?
"Sur les individualités, le PSG. Sur le collectif, Séville. Tu cours pendant 90 minutes après le ballon et même quand tu penses pouvoir anticiper quelque chose, c'est quand même trop tard."
Quel est l'entraîneur que vous avez préféré ?
"Celui qui a fait de moi le joueur que je suis devenu ou en tout cas, j'ai pu vraiment mettre mes qualités aux yeux de tout le monde, c'est Vanhaezebrouck. Quand il vient à Anderlecht, on passe une heure dans le bureau et il m'explique au tableau : 'Voilà, c'est simple. Dans mon système, on joue comme ça et aujourd'hui, je vais te confier les clés et si l'équipe n'est pas bonne, c'est de ta faute. Si l'équipe est bonne, c'est grâce à toi.'"
Vanhaezebrouck m'a dit: 'Je vais te confier les clés et si l'équipe n'est pas bonne, c'est de ta faute.'
Votre plus beau but ?
"Mon premier à Nantes contre Istres où je récupère un ballon, j'élimine avec un crochet du gauche et je frappe du droit pleine lucarne. Il y a aussi le but que j'ai mis avec Vincent (Kompany) quand on perd 2-0 à Ostende. Demi-volée sous la barre. Je laisse le plaisir aux gens de choisir à ma place (sourire)."
Quel a été votre plus gros fou rire dans un vestiaire ?
"Encore avec Mehdi. Il a été malade toute la semaine, le pauvre. Il a voulu jouer, absolument jouer. On commence l'échauffement, il dit : 'Non les gars, je dois aller aux toilettes'. On finit notre échauffement, on rentre aux toilettes, on le voit, il est assis, mais limite, il n'est pas prêt à jouer. Il a dit "non, je ne suis pas bien." On lui dit "mais tu ne vas pas jouer ?" Il répond "si, maintenant, il n'y a plus rien dans mon ventre, je peux jouer." Il a joué et il a fait un super match."
Mes six premiers mois au Standard où je loupe mon transfert à Séville. Je volais.
Quel est votre plus grand match ?
"Beaucoup pensent à ceux contre le PSG en Champions League. Mais celui où je me suis vraiment senti au-dessus, c'était au Celtic Glasgow."
Quel est le moment où vous vous êtes sentis le plus fort ?
"Mes six premiers mois au Standard où je loupe mon transfert à Séville. Je volais. Rien ne m'arrêtait, je pouvais enchaîner les matchs et limite encore aller faire un five avec mes potes. Je me sentais bien dans mon corps, dans mon quotidien, j'avais plein de responsabilités au club. J'ai une offre de Séville et on me fait comprendre que je ne partirai pas. C'était mon premier échec en termes de transfert. Je l'ai mal vécu et derrière, je n'ai plus été performant comme je l'ai été. Séville, si tu y vas, que tu es bon, derrière, ce sont les gros clubs qui s'intéressent à toi. Avant, j'ai mangé mon caca pendant 6 mois à Nantes. Cela m'a forgé et permis de travailler pendant 6 mois avec un préparateur physique. Je m'entraînais comme si c'était mon dernier jour d'entraînement, je repoussais mes limites sans cesse. Et quand je suis arrivé au Standard, j'avais l'impression que j'avais fait trois préparations."
Quel est le moment où vous vous êtes senti le plus seul ?
"Quand vous vous blessez. La première grave blessure, c'est une fracture de la cheville à Nantes. J'avais 12 ou 13 ans, j'étais en pleine croissance. J'ai vu trois chirurgiens. Deux ne voulaient pas m'opérer et le troisième prend le risque après avoir vu les images parce qu'il avait l'impression que cela n'allait jamais se remettre. En me disant : 'Je te garantis que tu vas rejouer au foot.' Quand je reviens après l'opération au club, la plupart des questions que j'ai, ce n'est pas comment s'est passée l'opération, comment tu te sens, est-ce que ça va bien ? Non. C'est : 'Tu reprends quand ?' Une drôle de question. C'est pour ça que je vous dis que c'est le moment où vous êtes le plus seul parce que ce qui intéresse ceux qui jouent à votre position, c'est seulement votre date de reprise."

Quelle est la plus belle ambiance que vous avez connue ?
"Le Vélodrome, Sclessin, c'est exceptionnel. Mais si vraiment, je dois en retenir une, Glasgow. Tous les téléphones allumés avec le flash à chanter. Non, Glasgow, j'ai vraiment adoré."
Moi, je ne voulais que Marseille.
Quel est le transfert qui aurait pu se faire et qui ne s'est pas fait ?
"Il y en a plein qui auraient dû se faire et qui ne se sont pas faits. Séville, malheureusement, ça ne s'est pas fait. Marseille, ça ne s'est pas fait. Marseille, je n'en veux à personne parce que je venais aussi d'arriver à Anderlecht, c'était compliqué pour eux de me laisser partir. En fait, c'est un peu le même scénario qu'au Standard. Je viens et, au bout de 6 mois, j'ai Séville qui arrive et derrière, on pose le pour et le contre. Moi, quand on met Séville sur le papier, il n'y a pas de pour ou de contre, on va à Séville. Derrière, on me dit que ce n'est pas possible parce qu'il y avait une offre de Russie, du Dinamo Moscou avec une indemnité de transfert plus importante. Mais à 22 ans, je ne me voyais pas aller à Moscou clairement. Avec Marseille, à Anderlecht, tout le monde a été vendu : Tielemans, Hanni, Dendoncker. Et on ne peut pas vendre tout le monde. Ils étaient là avant moi, qu'ils partent avant est logique. Mais moi, j'ai Marseille et j'explique à l'époque que Marseille, c'est difficile de refuser. Est-ce qu'on ne peut pas trouver un accord ? Ils m'ont dit : 'Non, dans 6 mois, tu as ma parole, tu peux partir'. Et c'est vrai, ils ont tenu leur parole 6 mois. Mais c'était l'ancienne direction, c'était Herman. 6 mois après, il m'a autorisé à partir, mais je n'avais plus Marseille. Et moi, je ne voulais que Marseille."