Standard, Union, D2 : le vent de la contestation souffle sur la proposition visant à supprimer les playoffs sans passer par une saison de transition
La proposition de revenir à un championnat à 18 avec une seule phase classique a surpris de nombreux clubs, qui se disent même prêt à la contester en justice en cas de vote lors de l'AG de ce jeudi.
- Publié le 26-02-2025 à 17h21
- Mis à jour le 26-02-2025 à 17h31
La dernière proposition de réforme du championnat de mardi a suscité son lot de critiques, pour dire le moins. Après l'ultime réunion de six dirigeants issus du G5, du K11 et de la D2 (Anderlecht, Antwerp, Charleroi, Westerlo, Lommel et Lierse), c'est donc l'idée d'une D1 à dix-huit et sans playoffs qui reste la seule sur la table. La version coche beaucoup de cases, à commencer par le besoin de désengorger un calendrier indigeste.
La perspective d'augmenter le nombre de clubs dans notre élite et de supprimer les playoffs plaît d'abord à ceux qui ont toujours été contre le principe des playoffs, comme Bruges, suivi par trois autres membres du G5 (Anderlecht, l'Antwerp et Genk). Mais aussi à de nombreux "petits" de D1, qui voient dans la proposition d'appliquer cela dès 2025-26 une possibilité en or d'échapper à la relégation en juin. "Si vous demandez aux clubs du bas du classement s'ils sont pour l'idée qu'il n'y ait qu'un seul relégué cette saison (NDLR : voire aucun puisque le dernier jouerait un barrage contre le vainqueur des playoffs de D2), ils vont vous répondre : 'Où est-ce qu'on signe ?'", ironise un dirigeant.
Le spectre de l'action en justice
D'aucuns ont été étonnés d'entendre que Genk, qui défendait mordicus le principe des playoffs, est prêt à retourner sa veste. Mais ils ont compris pourquoi lorsqu'ils ont lu que la nouvelle formule de Challenger Pro League comptait offrir à quatre équipes U23 une place en D2 quasiment immuable. Une équipe Espoirs ne pourrait descendre que si elle termine dernière… et qu'une autre équipe U23 d'un club de D1 est prête à monter à sa place. C'est donc la quasi-assurance de rester en D2 pour ces équipes B.
On pourrait donc imaginer le 12e descendre, ce qui stupéfie les clubs de D2. Déjà confrontés à de grosses difficultés financières, ils voient dans ce projet l'assurance de perdre encore plus de revenus puisqu'il y aurait moins de "vrais" matchs et de rentrées billetterie et buvette. La réunion vidéo qui les a rassemblés ce mardi matin a été chahutée, et le CEO du Lierse, Yorik Torreele, n'a pas vraiment été félicité pour le travail effectué au sein du groupe des six.
Modifier le nombre de montants et descendants en pleine saison choque particulièrement et a conduit certains cercles de D2 à déjà annoncer qu'ils contesteront la légalité de cette réforme devant la justice si elle est votée. D'après nos informations, la Ligue a ajouté dans la formule envoyée aux clubs ce mercredi que la formule pourrait entrer en vigueur en 2026-27, si l'AG le souhaite.
La D2, le Standard, l'Union et Gand contre
La grande majorité de cercles de D2 votera donc contre la proposition. L'Union Saint-Gilloise, le Standard et Gand aussi, a-t-on appris à bonne source. Ce qui devrait constituer une minorité de blocage, puisqu'il faut deux tiers des voix (33 sur 45) pour qu'une réforme soit actée.

Interrogé pas nos soins, Pierre François, CEO du RFC Liège et ex-directeur général de la Pro League, résume le scepticisme : "Je suis d'abord surpris de voir que les efforts accomplis en 2009 pour réduire le nombre de clubs présents dans l'élite soient revus de la sorte. C'est un avis qui n'engage que mon club, mais j'ai plutôt l'impression qu'une formule à 14 en D1 et 18 en D2 serait plus logique et amènerait plus de rentrées liées aux matchs. En prime, compenser la perte de deux clubs en D2 par l'introduction d'équipes U23 me pose problème. Je suis pour la post-formation et la présence de ces formations en Challenger Pro League, mais pas pour l'idée de fixer un quota. Sur le plan sportif, cela serait une catastrophe si ces équipes s'alignent sans courir le moindre risque de relégation, et ce ne serait pas une bonne chose pour ces jeunes joueurs non plus, d'ailleurs."
"Vouloir changer le nombre de clubs dès 2025-26 impacterait le cours du championnat actuel, ce qui est inadmissible et juridiquement intolérable. Cela donnerait lieu à des réclamations à tous les coups", conclut l'ancien avocat.
Le foot amateur francophone surpris
Intégrer plus d'équipes U23 exige, en prime, l'accord du monde amateur. Contacté, David Delferière, le président de l'ACFF, est, lui aussi, surpris : "La Pro League nous a présenté certaines choses il y a une bonne semaine… mais pas du tout ce que je lis dans les médias actuellement. J'attends de recevoir officiellement cette nouvelle proposition et j'en parlerai avec les clubs, qui décident. Mais cela fait longtemps que l'idée de fixer des quotas de U23 est avancée par la Ligue, et notre réponse a toujours été négative. À nos yeux, cela pourrait fausser les championnats."
On l'a compris, pour voter une réforme ce jeudi, la Ligue devra amener beaucoup de réponses.