Prize-money rikiki, entre-soi et règles durcies : affronter les pros de l'élite, le rêve (quasi) inaccessible des équipes de provinciales en Coupe
Un club de P1 de Flandre-Orientale n'est plus qu'à une marche d'arriver au tour des équipes de Pro League en Coupe de Belgique ce samedi en défiant Eupen. Un exploit qui n'a plus été vu depuis 28 ans chez nous. Et tout est fait pour que ça n'arrive pas plus souvent.

- Publié le 06-09-2025 à 12h20
- Mis à jour le 06-09-2025 à 12h21

Le KVC De Toekomst Borsbeke va-t-il réussir un exploit d'un autre temps ? En tout cas d'un autre siècle. Club de première provinciale en Flandre-Orientale, il n'est plus qu'à une victoire de rejoindre le tour de Coupe de Belgique où les équipes de Pro League entrent en lice. Pour ça, il faudra sortir Eupen (D2) au Kehrweg ce samedi.
Une équipe de provinciales qui vient se glisser parmi les clubs de l'élite, ça n'est plus arrivé depuis 28 ans quand le KHO Merchtem-Brussegem, alors en P1 du Brabant, avait atteint les seizièmes de finale. Le tirage était totalement ouvert à l'époque, sans tête de série, et le petit Poucet avait hérité d'une équipe de… Promotion (D4). Avec une courte défaite (1-0) à la clef sur la pelouse de Neeroeteren le 15 octobre 1997 pendant que Charleroi se faisait sortir par l'Antwerp, par exemple.
Et pour trouver trace d'un match de Coupe de Belgique entre une équipe de l'élite et un club de Provinciale, il faut remonter encore plus loin, en 1990 quand le grand Malines avait défié le petit SK Kampenhout (P1) en seizièmes de finale. Avec une défaite 5-0 au final pour les amateurs.
Mais pourquoi est-il si difficile pour une équipe de provinciale de se transformer en petite boule et de s'incruster dans le saladier du tirage avec les pros de D1 ? Les raisons sont multiples mais il est clair que tout est fait pour rompre le charme de la Coupe en Belgique. Les épopées d'amateurs comme on peut en voir régulièrement en Allemagne, en France ou en Angleterre n'existent pas chez nous. À moins que le KVC De Toekomst Borsbeke ne nous fasse mentir cette année ? Réponse samedi soir.
Les pros ne veulent pas arriver plus tôt
On peut avoir été CEO de la Pro League et être amoureux de la Coupe. Dans ses années à la tête des instances professionnelles du football belge (2015-2022), Pierre François aurait aimé ranimer le vieil esprit du trophée. Une idée lui plaisait bien : faire entrer les clubs de l'élite un tour plus tôt, en 32es de finale. Histoire de mélanger un peu plus ces deux mondes si différents, les pros et les amateurs.
Mais l'actuel directeur général du Standard n'y est jamais parvenu. Avec l'argument d'un calendrier déjà trop chargé, les clubs de l'élite n'ont jamais envisagé de se mettre en danger un tour plus tôt face à des amateurs où ils ont tout à perdre. À quoi bon risquer d'être éliminé et d'avoir des joueurs blessés pour une recette famélique ?
Le dernier affrontement entre une D1 et une équipe de Provinciale en Coupe? En 1990 lors de Malines-Kampenhout...
Les pros ont même une autre idée derrière la tête, totalement à l'opposé : rentrer… plus tard dans la Coupe. En tout cas les clubs européens qui auraient un tour de moins à franchir. Avec le secret espoir d'être déjà débarrassé de tous ces sympathiques mais encombrants amateurs.
Une division nationale supplémentaire créée
Depuis 2016 et la scission linguistique du football amateur, il est encore plus difficile pour un club de provinciale d'atteindre le tour avec l'élite en Coupe. Une division nationale supplémentaire a été créée et il y a cinq niveaux nationaux avant de basculer dans le foot provincial, contre quatre avant cela.
Si on ne se base que sur l'étage, une équipe de D3 amateur qui atteint le tour avec les clubs de Pro League réalise le même exploit que le KHO Merchten-Brussegem en 1997. Cela correspond à la virtuelle D5. L'Eendracht Elene-Grotenberg (D3 VV) y était encore parvenu il y a deux ans (défaite 5-0 à OH Louvain).
Mais la comparaison ne tient pas complètement non plus. En 1997, date du dernier exploit venu de Provinciale, il y avait 136 clubs dans les séries nationales, de la D1 à la Promotion. Cette année, ils sont 160 de la Pro League à la D3 amateur. Soit seulement 24 de plus, ce qui ne pèse pas lourd face, par exemple, aux 159 équipes de P1 à travers le Royaume cette saison.
Le tirage intégral a disparu
Au sixième tour ce week-end, il était hors de question que les équipes de Challenger Pro League, qui entrent en lice, puissent s'affronter entre elles. Elles sont protégées par le tirage au sort. Et ce sera aussi le cas des clubs de l'élite au tour suivant : les seize de D1 défieront les seize survivants des tours précédents.
Le statut de tête de série instauré au début des années 2000 est voulu par les pros... et les amateurs.
Une évolution devra avoir lieu la saison prochaine avec le retour d'une élite à 18 clubs mais il est fort probable que les clubs de l'élite restent protégés. Seuls les promus devraient se farcir un tour en plus et basculeraient dans la catégorie des "petits" pour le tirage des seizièmes de finale de la Coupe.
Le statut de tête de série a été instauré au début du siècle avec la bénédiction des clubs de l'élite (forcément) mais aussi des amateurs, tout heureux d'avoir une affiche assurée (et les rentrées qui vont avec via la recette partagée). C'est leur seul moyen d'un peu rentabiliser un beau parcours en Coupe. La preuve au prochain paragraphe.

Un prize-money insuffisant
En France, un club amateur qui atteint les seizièmes de finale et qui est éliminé touche 40 000€. En Belgique, c'est 13 500€. Une somme qui ne beurre quasiment pas les épinards, même quand on évolue à un bas niveau. Pas de quoi en faire un argument dans la motivation des joueurs en tout cas.
On peut préciser qu'une diffusion en direct à la télé ajoute 18 000€ au total mais cela ne changera pas fondamentalement la vie d'un club amateur.
Atteindre les 16es de finale de la Coupe rapporte seulement 13 500€ à un club amateur.
À la fédération, où l'enveloppe globale dédiée à ce trophée est de 1,7 million €, on estime que le véritable prize-money de la Coupe, c'est le ticket qu'elle offre pour l'Europa League. Un rêve inaccessible pour les petits qui ne ressortent jamais d'un beau parcours avec les poches pleines.
Les stades des amateurs désertés
Quand on pense Coupe, on aimerait s'imaginer des pros salir leurs beaux habits sur la pelouse boueuse d'un club amateur avec toute la population du village réunie autour des mains courantes. Mais la réalité est totalement différente. À chaque tour, les critères se durcissent pour l'accueil des matchs. Des critères souvent intenables pour les petits.
Ce qui a amené la fédération a autorisé l'inversion des affiches. Ou plutôt : le rachat de l'avantage à domicile. Eupen l'a d'ailleurs fait pour recevoir le dernier survivant de P1 ce samedi, qui aurait théoriquement dû jouer à domicile.
Dans le règlement de la Coupe de Belgique, un astérisque s'est rajouté en 2016 pour tenter de revenir aux valeurs du trophée : à partir des seizièmes de finale jusqu'en quarts, le club amateur reçoit automatiquement s'il affronte une équipe pro. Mais c'est sous réserve de la qualité du stade qui ne permet pas toujours d'appliquer cette règle (minimum 1 500 places dans l'enceinte dont 300 assises et 300 lux d'éclairage jusqu'en huitièmes de finale et 800 à partir des quarts).
Vu le niveau des installations en Belgique, ce coup de pouce au petit est rarement possible. S'il réalise l'exploit à Eupen samedi, Borsbeke n'aura pas le droit de recevoir le Club Bruges, l'Union, le Standard ou Anderlecht si le tirage devait le gâter. Et la chance infime de faire tomber Goliath devant son public deviendrait quasi inexistante en terrain hostile…