Les gamins du Sporting doivent aussi se remettre en question
Le RSCA a souffert contre Courtrai dimanche avec la plus jeune attaque de l'élite. Pourquoi ? Les kets en question.

- Publié le 26-11-2019 à 05h27
- Mis à jour le 26-11-2019 à 07h40

Le RSCA a souffert contre Courtrai dimanche avec la plus jeune attaque de l'élite. Pourquoi ? Les kets en question. Anderlecht a l'attaque la plus jeune de l'élite. Malgré les 30 ans de Nacer Chadli et les bientôt 27 de Kemar Roofe. Tout le reste de la ligne offensive du Sporting a encore du lait qui coule derrière les oreilles entre Yari Verschaeren, Alexis Saelemaekers, Albert Sambi Lokonga, Jérémy Doku et Francis Amuzu.
Après le nul vierge contre Courtrai dimanche, le défenseur Derrick Luckassen a tiré la sonnette d'alarme : "Quand il y a beaucoup de jeunes, on joue de manière moins maligne, parce qu'il n'y a pas assez d'expérience sur le terrain."
Faut-il vieillir l'attaque anderlechtoise ? Et qui faudrait-il écarter parmi les kets ? On a personnalisé la question autour de chaque cas. Sans prendre de gants et avec des réponses qui feront parfois mal à l'ego de certains des jeunes.
1. Pourquoi Verschaeren est-il moins décisif ?
Verschaeren avait été l'unique éclaircie mauve en fin de saison passée, notamment en playoffs. Sa spontanéité offensive faisait souffrir tout le monde. Ce n'est plus le cas ces dernières semaines, malgré une évidente bonne volonté. Que se passe-t-il ? "On le fait jouer à droite alors que ce n'est pas un joueur de percution", répond notre consultant Thomas Chatelle. "Verschaeren n'est pas fait pour dribbler puis centrer ou frapper. Il est meilleur au cœur de jeu, là où sa facilité dans les petits espaces et sa mobilité font des merveilles. Verschaeren est un vrai numéro 10 qui pourrait aussi être un bon 8, mais pas sur un côté."
Verschaeren a parfois joué au poste de numéro 10 cette saison, sans retrouver la même fraîcheur que l'an passé. "Parce que Yari court après sa forme", intervient un proche du joueur. "Après l'Euro U21, le staff a obligé Yari à prendre trois semaines de vacances. Quand il est revenu, il a directement joué comme s'il avait fait toute la préparation avec le reste de l'équipe. Mais ce n'était pas du tout le cas. Ça aurait été mieux de lui donner moins de congés mais lui permettre d'avoir une vraie préparation. Aujourd'hui encore, il le paie physiquement."
2. À quelle place Saelemaekers est-il le plus fort ?
Pas facile de préciser la fonction quand on parle d'Alexis Saelemaekers. Doit-on dire "le numéro 10", "l'ailier", "le back droit" ? Pour l'instant, il joue juste derrière l'attaquant, dans l'axe mais quelle est sa meilleure place ? Où est-il le plus décisif ? "Saelemaekers a de l'explosivité et du volume de jeu, contrairement à Doku et Amuzu qui n'ont que la première qualité", précise Chatelle. "Ça permet à Saelemaekers de jouer à plusieurs postes mais il n'a pas l'occasion de se fixer. À mes yeux, c'est comme joueur de flanc dans un système à trois défenseurs qu'il est le plus fort. Mais cette tactique n'est plus d'actualité. Je l'aime bien aussi comme numéro 10 mais je mettrais plutôt Verschaeren à cette position. Saelemaekers pourrait aussi être bon à gauche de l'attaque en rentrant sur son pied droit mais il ne faut même pas y penser quand Chadli est là…"
3. Sambi Lokonga peut-il vraiment être numéro 10 ?
Pour tenter d'enfin marquer, Vercauteren a changé de système dans les vingt dernières minutes dimanche. Et Albert Sambi Lokonga est monté d'un cran, comme numéro 10. "On s'est fait la réflexion au bout de quelques minutes à peine : Albert est moins fort quand il joue si haut", raconte Fabrice Mpoku, l'un de ses frères. "C'est comme milieu défensif ou comme milieu relayeur qu'il est le plus important dans une équipe, avec le jeu devant lui. Comme numéro 10, il lui manque un petit truc."
Souvent très bon dimanche, Sambi Lokonga a quand même perdu quelques ballons inhabituels. Pas un hasard, selon son frère. "Les adversaires savent que la relance passe souvent par lui et il y a un gros pressing sur lui. Il s'en sort très souvent mais c'est dommage qu'Albert ne puisse pas compter sur un joueur d'expérience à ses côtés. Edo Kayembe est un bon milieu défensif mais c'est aussi un très jeune joueur…"
4. Doku est-il assez mûr tactiquement pour ce niveau ?
Luckassen s'est plusieurs fois énervé après la montée de Jérémy Doku dimanche. Les deux hommes semblaient ne pas se comprendre sur le terrain. "Doku est toujours en post-formation", explique Chatelle. "Je trouve qu'il doit prendre Sterling comme exemple. Au début, le joueur de City était un ailier très brouillon, jamais décisif. Puis, avec Guardiola, il s'est transformé en machine. Il a beaucoup bossé et ça demande de l'humilité. Doku manque encore de lucidité dans son dernier geste et doit apprendre que le jeu sans ballon est aussi important que le jeu avec ballon. Pour beaucoup de jeunes, le jeu sans ballon est une corvée alors que ça peut leur apporter énormément. Doku doit apprendre tout ça."
5. Quel est le véritable potentiel d'Amuzu ?
Dimanche, Francis Amuzu était le 19e homme et a pris place en tribune au coup d'envoi. Les doutes semblent être de mise concernant l'évolution de l'ailier. "La ligne de progression d'Amuzu est insuffisante depuis son arrivée chez les pros", tranche Chatelle. "Ça peut prendre du temps parfois. J'ai aussi stagné à son âge, quand j'étais international U21. Si la post-formation n'est pas d'un niveau suffisant, ça peut être une explication. La situation d'Amuzu est quand même embêtante. Il a toujours exactement les mêmes carences remarquées après son premier match en pro. On n'a vu aucune évolution. Et le problème, c'est qu'il a des qualités très spécifiques, de percussion. Il n'y a donc de possibilité de plan B pour lui. C'est soit le flanc, soit rien du tout. Amuzu a un vrai souci de lucidité dans la prise de décision après son accélération. Si tu passes dix fois ton homme mais que tu fais dix fois le mauvais choix derrière, on aura vite fait d'oublier tes dribbles…"