Qu'est-ce qui cloche avec Bruun Larsen à Anderlecht? "Il doit faire son deuil, il n'est plus un joueur de Dortmund"
Le Danois est, pour l'instant, un énorme flop. Cela inquiète au RSCA et dans son entourage mais l'espoir existe encore, notamment grâce au travail d'un coach mental allemand.

- Publié le 10-03-2021 à 06h18
- Mis à jour le 11-03-2021 à 18h37

Quand Vincent Kompany a déclaré qu'il avait vu beaucoup d'occasions lors du nul contre Malines dimanche, on n'a pas pu s'empêcher de penser à Jacob Bruun Larsen.
Monté au jeu à 20 minutes du terme, le Danois s'est retrouvé plusieurs fois dans une situation potentiellement dangereuse. Un bon contrôle, un bon choix et la possibilité de but se serait offerte. Mais face au KaVé, le joueur prêté par Hoffenheim n'a réussi qu'une chose : être encore pire que lors de ses précédentes prestations. Où est le joueur qui enchantait le Gelbe Wand à Dortmund en compagnie d'Axel Witsel, de Thorgan Hazard et de Jadon Sancho il y a quelques mois à peine ?
1. Physiquement bluffant malgré 13 mois à l'infirmerie
Bruun Larsen a été blessé 13 des 42 derniers mois. D'une fracture de fatigue à Dortmund jusqu'au Covid en novembre dernier à Hoffenheim. Mais ce n'est pas là qu'il faut chercher. "Ses tests physiques étaient bluffants, du rarement vu", nous dit-on même à Anderlecht.
Malgré un temps de jeu restreint en Allemagne, il était en pleine forme physique, notamment grâce au travail de Mads Tömörkènyi, un physiothérapeute spécialiste de la biomécanique à Copenhague et fondateur du cabinet réputé "MT Performance". Au fil du temps, il est aussi devenu un ami. "Je travaille avec Jacob depuis trois ans, à base d'exercices, de traitement et d'un régime adapté. Il vient ici ou je me rends chez lui, pendant les trêves estivales, hivernales et internationales. Je ne suis pas encore venu en Belgique mais j'étais encore avec lui lors de la toute fin de sa période à Hoffenheim. Il était en pleine forme physique, même si son travail a été perturbé par le virus à ce moment-là."
2. Ses proches sont unanimes : il se met trop de pression
Tous les interlocuteurs que nous avons pu joindre, à Anderlecht et dans l'entourage du joueur, sont unanimes : le problème de Bruun Larsen est mental. "Il se met trop de pression, explique Ivan Marko Benes, son agent depuis l'âge de 15 ans. Il ne joue pas de manière libérée et ça se ressent forcément sur ses prestations. On travaille sur ça."
Un travail qui se déroule principalement par téléphone. Depuis quelques mois, Bruun Larsen est suivi par un coach mental allemand. Ensemble, ils essaient d'identifier le problème psychologique qui l'empêche d'exprimer pleinement ses indéniables qualités, que ce soit à Hoffenheim qui l'avait transféré pour 9 millions en janvier 2020 ou à Anderlecht.
Dans l'entourage de Bruun Larsen, on a quand même une petite idée du souci. "Jacob doit accepter le fait qu'il ne joue plus à Dortmund, confie un ami qui préfère garder l'anonymat. Là-bas, il a été entouré par de très grands joueurs et l'équipe concurrençait le Bayern Munich. Mais c'est le passé et il faut faire le deuil de cette période. Mentalement, ce n'est pas simple à accepter."
Bruun Larsen veut prouver à Dortmund qu'il a toujours le niveau pour être un joueur du Borussia. "Et pour ça, il veut prouver à chaque moment qu'il est fort. Mais aussi bon soit-il, il ne peut pas imaginer faire la différence tout seul en sortant d'une période compliquée", ajoute son ami.
3. Il devait être le Nmecha du flanc mais l'espoir reste
Ce sentiment se confirme quand on pose la question de son niveau à l'entraînement. "Il est excellent, au-dessus des autres ailiers", nous raconte-t-on à Neerpede. Mais quand le match arrive, les problèmes commencent par la pression malsaine qu'il s'inflige. Face à des blocs bas et un double marquage, Bruun Larsen n'arrive pas à faire la différence à chaque prise de balle, comme il imagine devoir le faire dans un championnat inférieur à la Bundesliga.
C'est une vraie déception au RSCA où on misait beaucoup sur lui pour relancer des flancs trop peu efficaces au premier tour. Bruun Larsen devait amener quelque chose de plus qu'Amuzu et Mukairu tout en aidant ces deux jeunes à comprendre le chemin qu'ils devaient encore parcourir. Mais aujourd'hui, Kompany préfère logiquement les gamins, plus méritants en match malgré des lacunes toujours bien présentes.
Le profil du Danois avait été approuvé par tout le monde, du directeur sportif Peter Verbeke à la cellule scouting en passant par Vincent Kompany et même Craig Bellamy, également consulté sur ce dossier. Il était vu comme un Lukas Nmecha du flanc, un garçon trop doué pour notre championnat mais qui avait besoin de se relancer quelques mois.
4. Le déclic pour éviter le flop sportif mais pas financier
Faut-il déjà faire une croix sur Bruun Larsen ? Aussi bien à Anderlecht que dans son entourage, on est convaincu du contraire. Et un mot revient dans chaque conversation : déclic. "Un but ou un assist et ça peut faire enfin pencher la balance dans le bon sens. Je suis intimement convaincu que d'ici la fin du mois de mars, Jacob fera quelque chose de très bien à Anderlecht", pronostique son agent.
Sa dernière stat offensive date du 25 mai 2020 (une passe décisive avec Hoffenheim contre le Cologne de Bornauw) mais le Danemark croît toujours en celui qui était un phénomène rare chez les jeunes de Lyngby. Cet été, il devrait participer à l'Euro. Pas celui des grands, malgré une cap, mais avec les U21 qui affronteront les Pays-Bas, l'Italie et le Portugal dans leur poule. Le déclic se produira-t-il avant l'Euro Espoirs ? Anderlecht l'espère pour ne pas devoir lui coller la même étiquette qu'à d'autres locations offensives ratées comme Marko Marin ou Filip Djuricic.
Financièrement par contre, le Sporting ne pourra pas parler de flop monumental. En janvier, les négociations avec Hoffenheim avaient bien tourné pour les Bruxellois. Bruun Larsen, qui ne s'entendait pas trop avec son entraîneur en Allemagne, voulait absolument venir au RSCA de Kompany. Ce qui a permis à Anderlecht, malgré une certaine lenteur dans les discussions entre clubs, de ne payer qu'une partie du salaire, sans aucune prime supplémentaire.