Jos Donvil, nouveau CEO d'Anderlecht, à coeur ouvert: "Mon joueur préféré était René Vandereycken"
Le CEO Jos Donvil est convaincu que le RSCA va revenir au sommet. "Il nous faudra moins de temps que les 10 ans de Bruges."
- Publié le 20-03-2021 à 00h23
- Mis à jour le 21-03-2021 à 21h56

Jos Donvil a attendu 70 jours après sa désignation comme nouveau CEO d'Anderlecht avant d'inviter les journaux à sa première grande interview. Sa dernière réponse - qu'il a donnée après avoir longuement réfléchi - illustre parfaitement le style de dirigeant qu'il est.
"Mon joueur préféré était René Vandereycken, pour son efficacité, son réalisme et le fait qu'il jouait avec le couteau entre les dents. Et mon joueur préféré de l'Anderlecht actuel est Josh Cullen. Il ne m'a jamais déçu."
Pour rappel : le joueur favori de Karel Van Eetvelt, son prédécesseur, était Robby Rensenbrink, le plus grand styliste de l'histoire du club. Mais Donvil est, comme il le dit lui-même, "orienté sur les résultats".
Est-ce que cela signifie que le style de jeu de l'équipe ne l'intéresse pas ? "On reste Anderlecht, hein. Mais le résultat est très important."
Donvil a beau être nouveau au Sporting, c'est lui qui prend les décisions les plus importantes. Si le directeur sportif Peter Verbeke n'a pu dépenser que 4 millions lors du mercato d'hiver - et encore, il fallait qu'il se débarrasse de 15 joueurs -, c'est parce que Donvil lui a imposé.
"C'est vrai. Je suis responsable du cadre financier du club. Mais je suis convaincu que la façon dont nous travaillons est la bonne. Ce n'est qu'ainsi qu'Anderlecht va reprendre sa position d'avant."
Mais quand ? La patience des supporters n'est pas éternelle…
"Cette pression des fans est positive", répond-il. "Quel est le club qui affiche les plus grandes audiences à la chaîne Eleven Sports ? Anderlecht, et de loin. Malgré notre situation compliquée. Il a fallu dix ans à Bruges pour revenir au sommet. Nous espérons y parvenir en moins de temps. Malgré le sac à dos de 100 millions de dettes du passé, Anderlecht doit pouvoir être assaini d'ici maximum trois ans. Ou plus vite. Cela dépend d'une qualification européenne - une non-qualification nous coûterait des millions - mais surtout de l'accord entre les actionnaires. Je peux vous dire que cet accord sera trouvé."
Donvil l'a répété à plusieurs reprises : un accord entre le clan Coucke et le clan Verschueren est imminent.
"Cela a pris du temps. Il y avait une guerre entre les actionnaires majoritaires et minoritaires. Les gens ne se parlaient plus. Maintenant, l'ambiance est constructive. Tout le monde veut une solution et elle sera trouvée. J'en suis sûr à 100 %, vu qu'on arrive à un moment crucial. Cela va encore un peu durer, mais plus si longtemps. Combien de temps ? Je ne parle pas d'années mais de mois."
Et donc, l'enveloppe de Verbeke devrait être un peu plus grande au prochain mercato. Et faudra-t-il vendre Sambi Lokonga pour 10 à 15 millions ?
"Possible, mais, encore une fois, cela dépend de quel deal est convenu entre les actionnaires et d'une éventuelle qualification européenne. Et n'oubliez pas que l'impact financier de la Covid-19 sera encore plus grand la saison prochaine, vu que nous prolongeons gratuitement les abonnements de nos supporters. Vous ne m'entendrez pas dire que nous serons champions dans trois ans. Mais on est ambitieux et on veut être champions (rires). Ne mettez pas ça dans le titre, hein ! En tout cas, on a des atouts pour refaire surface. Les plus importants ? On a la meilleure cellule scouting de notre histoire. Et la meilleure académie de jeunes."
D'autres clubs, comme Bruges, ont pourtant fait de gros investissements pour moderniser leurs infrastructures.
"Ce n'est pas parce qu'ils ont fait construire un nouveau bâtiment qu'ils sont les meilleurs."
Vincent Kompany, lui, n'est pas sur la sellette.
"Il est intelligent, ouvert et il apprend vite. Il m'impressionne. Non, on n'a pas douté de lui."
Mais sera-t-il encore le T1 la saison prochaine ?
"Je ne peux pas répondre à ce genre de questions. C'est comme si vous me demandiez s'il va encore neiger cette année."
Si Kompany avait un autre nom, il ne serait plus T1 d'Anderlecht.
"Cela se pourrait, mais, à part l'entraîneur de Bruges, quel coach des clubs du top peut se vanter de son bilan comptable cette saison ?", demande Jos Donvil. "Notre intention est d'encore travailler avec Vincent la saison prochaine. Mais Vincent n'est pas intouchable."
En effet, Donvil peut être sans pitié comme CEO.
"Cela ne me fait pas plaisir de virer des gens. Mais je n'ai aucun souci à le faire quand c'est nécessaire. Vous savez que 90 % des managers n'osent pas dire à leurs employés qu'ils ne sont pas bons ?"
Jos Donvil prétend avoir découvert un club désorganisé…
"Anderlecht n'était pas structuré. Il avait été géré comme un ancien club traditionnel plutôt que comme une entreprise. Moi, je veux de la structure. Venez voir mon bureau. Il est clean, il n'y a rien dessus. J'ai même fait évacuer les armoires."
Autre constat accablant qu'il a fait : les commissions excessives versées aux agents et les contrats monstrueux de certains joueurs.
"Ça, c'est fini. Hélas pour eux, c'est moi qui dois signer les conventions. On ne fait plus de folies. Les agents n'osent même plus demander de telles sommes. Des salaires de joueurs à 3 millions, ce sera compliqué. Et acheter des joueurs à 8 millions au dernier jour du mercato, c'est terminé aussi."
"Mon fils est Rouche"
Donvil explique son lien avec le Standard : "J'ai beaucoup appris de Duchâtelet."
Le sujet le plus "touchy", c'est le Standard, dont il a été sponsor en tant que CEO de Base puis de Voo.
"Oui, j'étais souvent au Standard. Et, oui, mon fils de 20 ans est supporter. Il était impressionné par l'ambiance et a accroché. Est-ce que, moi, j'ai été supporter ? Non."
Quand il a été engagé comme COO du RSCA en septembre 2020, le fils Donvil a chambré son père. "Il m'a souhaité bonne chance avec sa tête, mais son cœur lui disait autre chose. Dès que je pourrai, je l'inviterai au stade. Mais je ne pourrai pas le faire changer de club. Un fan choisit son club entre 8 et 13 ans et seulement 20 % changent de club par après."
Au Standard, il a appris beaucoup de Roland Duchâtelet. "Il m'a toujours dit que le foot, c'est 90 minutes d'émotions. Et par après il faut gérer son club comme une société. Bart Verhaeghe est, lui aussi, un businessman."
Un Verhaeghe qui vient d'annoncer que Bruges entrait en bourse. "En ce moment, on a d'autres soucis. C'est comme la question d'un nouveau stade. Est-ce que nous en voulons un ? Oui. Mais savons-nous le payer ? Non…", conclut Donvil.
"Notre flamandisation ? J'y veille !"
Il a eu une relation d'amour/haine avec le RSCA : "Il piquait des talents à Dilbeek."
Voici Jos Donvil en sept questions.
1. Son passé de sportif ? "J'ai joué en provinciale, à Wambeek. J'étais un médian - un 'Cullen' à mon niveau - et c'est vrai que je me prenais souvent des cartes rouges. Quand on faisait du mal à mes frères, j'étais furieux."
2. Son passé de supporter ? "Je venais voir Anderlecht quand j'étais jeune. J'avais un ticket pour le promenoir, en bas de la tribune principale. Si j'étais un vrai fan ? J'étais content quand Anderlecht marquait. Mais j'avais une relation d'amour/haine avec ce club, vu qu'il venait piquer les plus grands talents de Dilbeek, où mon papa était président."
3. Son nom qui a été cité comme CEO de La Poste ? "Oui, on m'a demandé comme CEO ad interim. J'ai dit non."
4. Son état civil ? "Ma femme est décédée d'un cancer, l'année passée. J'ai quatre fils et j'habite Schepdaal."
5. Son hobby numéro 1 ? "Je suis président de Wambeek, club de P1. On a débuté en P3, quand le club était comparable au FC De Ka m pio enen (NdlR : célèbre sitcom flamande de la VRT qui raconte les mésaventures d'une mauvaise équipe de foot). Je suis aussi un des créateurs de Vis ta , une plateforme qui s'occupe du football amateur."
6. Son avis par rapport à la flamandisation du RSCA ? "C'est un élément auquel je suis très sensible. Anderlecht doit garder son ancrage bruxellois. Je vais y veiller."
7. Sa non-élection au conseil d'administration de la Pro League ? "Le RSCA aurait préféré y être représenté. Mais ce n'est pas une question de vie ou de mort. Tout comme Bruges, on va peser autrement sur la Pro League. Les autres clubs n'ont pas voté contre Jos Donvil mais pour que la 1B ait aussi un représentant (Harm Van Veldhoven, de Lommel). C'est logique."