Vercauteren se confie avant le choc face à Anderlecht: "Ceux qui me trouvent vieux jeu doivent se taire"
Frankie Vercauteren ne veut pas (entendre) parler de revanche. "Anderlecht, c'est un adversaire comme un autre."
- Publié le 02-04-2021 à 23h52
- Mis à jour le 03-04-2021 à 21h20

Frankie Vercauteren (64 ans) n'aime pas les interviews, surtout quand elles ont lieu à quelques jours d'un match contre Anderlecht. Il a quand même fait une exception pour La DH, à deux conditions : "On ne parle ni de mon départ d'Anderlecht ni de Kompany."
L'interview a lieu au troisième étage du nouveau Bosuil, d'où la vue sur le magnifique billard - en ce moment probablement le plus beau terrain du pays - est splendide.
Vous aimiez venir jouer ici, Frankie ?
"Oui et non. Non, parce qu'on perdait souvent, alors que le club n'avait pas le statut de Bruges ou du Standard (NdlR : son bilan comme joueur d'Anderlecht à l'Antwerp est pourtant raisonnable : deux défaites, trois victoires et quatre nuls). Oui pour l'ambiance. L'atmosphère était hostile, mais pas agressive. Les supporters me manquent, même si j'ai pris l'habitude de coacher dans des stades vides en Arabie saoudite et aux Émirats."
Vous êtes déjà reconnu en ville ?
"Je ne suis pas encore allé en ville. J'habite Dilbeek. Vu le Covid, je fais le trajet en 45 minutes ou 1 heure. Sauf lundi dernier; c'était la cata sur la route."
L'Antwerp semble prêt pour s'attaquer à Bruges et devenir le meilleur club du pays.
"Il y a encore du travail à effectuer, notamment au niveau des jeunes. N'oubliez pas que le nouvel Antwerp n'existe que depuis trois ou quatre ans. Mais il est clair que le club est ambitieux et que le président veut faire des efforts financiers. C'est impossible de dire quand le club aura refait son retard sur les clubs du top."
Vous venez de battre Bruges dans ses installations. Mais la manière n'a pas plu à tout le monde et vous êtes passé pour un coach vieux jeu et défensif...
"Ce n'est qu'en Belgique que j'entends cela. Cette étiquette de vieux jeu… Les consultants qui prétendent cela ne sont pas à leur place. Ils sont payés pour dire quelque chose, mais feraient mieux de se taire. Moi, je dis que notre football est moderne ! Je peux encore vous citer des équipes qui tournent bien en jouant comme nous. Nous avons très bien défendu à Bruges. J'étais le premier à dire que nous aurions dû faire mieux au niveau offensif en seconde période. Mais je ne suis ici que depuis le 4 janvier. On avance pas à pas."
Les critiques vous touchent.
"Elles ne m'intéressent pas. Mais je constate que si un autre coach était allé gagner 0-2 à Bruges, on aurait dit : ' Quelle prestation !' Quand j'entends qu'on aurait joué avec trois médians défensifs, je me demande s'ils ont bien regardé le match. Rassurez-vous, j'ai aussi reçu un tas de messages comme quoi ma tactique était fantastique."
L'Antwerp s'était habitué au football de Leko.
"Il a gagné la Coupe à sa façon. Chacun son style de jeu. Moi, je n'ai pas envie de me prendre quatre ou cinq buts chaque semaine, comme contre les Rangers. Aucune équipe du top ne peut se permettre cela. Qui a encaissé le moins de buts en D1A ? Bruges, correct. Parce les Blauw en Zwart attaquent beaucoup ? Non ! Parce qu'ils défendent bien. Le monde extérieur ne sait pas pourquoi l'Antwerp m'a pris comme coach. Pas grave. Moi, je le sais."
Pour gagner des matchs.
"Pour tirer le maximum de cette équipe, oui. Mais attention, je ne dis pas à mes joueurs de jouer avec des longs ballons. En revanche, je leur dis de jouer verticalement. C'est autre chose. Je leur donne un cadre et dans ce cadre, ils ont de la liberté. Ne croyez pas que je prône un football de PlayStation, ici hein. Bien sûr que je veux avoir le ballon. Mais si c'est pour tricoter dans l'entrejeu et que la possession ne me rapporte rien, je ne veux pas le ballon."
Anderlecht gagne plus de points dans les matchs où le Sporting a peu le ballon.
"Les Bruxellois utilisent ce qu'ils doivent pour être réalistes et efficaces."
Dommage que Trebel soit de retour dans l'équipe ?
"On n'allait quand même pas parler d'Anderlecht..."
C'est une question sur le match de lundi et pas sur le passé.
"Si, parce que c'est moi qui l'ai repris dans le groupe. Pour moi, il faisait toujours partie de la sélection."
Encore une chose sur la rencontre de lundi face au Sporting. Ce match constitue-t-il une revanche à vos yeux?
"Pas du tout. Donc, si l'Antwerp gagne, je serais un meilleur entraîneur que Vincent et vice versa si Anderlecht s'impose ? Cela ne fonctionne pas ainsi. Ce match n'est pas plus spécial pour moi qu'un match contre Genk ou Saint-Trond. On avait cinq finales. Il nous en reste trois."
Vous connaissez l'équipe d'Anderlecht par cœur.
"Ce n'est pas pour cela qu'on va gagner. Et ce n'est pas nécessairement un avantage. On ne sait jamais quels joueurs Vincent va titulariser."
Est-ce que votre prolongation de contrat dépend d'un ticket européen ?
"Non. De la décision de l'Antwerp et de ma situation familiale (NdlR: Sa femme et sa fille habitent encore en Russie)."
Vous parlez russe ?
"Un peu, je me débrouille."
Vous auriez pu redevenir coach en Russie ?
"Non, je n'ai pas eu de proposition. Néanmoins, quelques autres clubs se sont manifestés avant que je ne signe à l'Antwerp. Mais j'ai refusé, pour des raisons sportives et non financières."
Le Standard...
"Non, je ne fais pas allusion au Standard. Le Standard m'a contacté deux jours avant l'Antwerp."
D'Onofrio vous a convaincu.
"Oui. Ce n'est pas mon agent, mais on se connaît bien. Je sais comment il travaille. À l'époque, il m'avait parlé pour venir au Standard."
Pas de regrets d'avoir préféré l'Antwerp au Standard ?
"Non. Mais si le Standard gagne la Coupe et nous rien…"
Vous regretteriez, à ce moment-là ?
"Je suis un gagnant, hein (rires). Mais je suis sûr d'avoir fait le bon choix."
"Mbokani n'a pas changé"
Les quatre joueurs les plus médiatisés à l'Antwerp sont Lamkel Ze, Mbokani, De Laet et Refaelov. Que leur coach évoque. 1. Pourquoi avoir réhabilité Lamkel Ze ?
"En ce moment, on n'est pas en mesure de dire : 'On n'a pas besoin de lui, mettez -le dans le noyau B.' Je ne fais rien de spécial pour le garder dans le droit chemin. Il a un minimum de règles à respecter ; les autres doivent l'aider. Si je le menace avec des amendes ? Non. Je ne suis plus un agent de police. De toute façon, certains joueurs ne paient pas leur amende et il faut leur courir après. Et d'autres paient déjà pour les quatre prochaines infractions."
2. Le Mbokani de 2020 est-il différent du Mbokani de 2006 ?
"Non. Des joueurs ne changent pas, mais évoluent. S'il arrive encore en retard ? Oui. Mais il est devenu un leader dans le vestiaire. Il a été blessé, donc il n'a débuté qu'un match depuis que je suis ici. S'il m'impressionne aux entraînements ? C'est une bête en match, mais il n'a jamais été une bête aux entraînements. Sauf aujourd'hui (NdlR : l'interview a été faite mardi). S'il est une certitude quand il est fit ? Non ! Que ce soit Mbokani ou un autre : il faut se battre pour sa place."
3. De Laet aurait-il dû être Diable rouge ?
"Je ne vais jamais contester les choix d'un coach fédéral. Martinez doit avoir des raisons de ne pas le reprendre et il faut les respecter. Mais quand je regarde les prestations de Ritchie, il aurait pu faire partie de la sélection et il l'aurait mérité."
4. L'Antwerp doit-il proposer plus d'un an de contrat à Refaelov ?
"Maintenant, Lior doit surtout se montrer et essayer de gagner quelque chose avec l'Antwerp, afin d'être récompensé. Sa situation me fait penser à la mienne en 1987. J'étais capitaine à Anderlecht et je voulais un contrat de quatre ans, revu à la hausse, vu mon statut. Anderlecht ne m'a proposé que deux ans aux mêmes conditions, ou même à un salaire inférieur. C'était l'une des raisons de mon départ à Nantes. Les chiffres dans les contrats ont changé, mais les principes sont restés les mêmes."