Voir Sclessin et mourir… ou enfin rebondir: la dernière chance de Felice Mazzù à Anderlecht
Felice Mazzù n'est pas considéré comme le responsable de la dramatique série en cours par la direction. Mais il lui sera difficile de survivre à une défaite dans le Clasico.

- Publié le 21-10-2022 à 23h24
- Mis à jour le 23-10-2022 à 22h35

On vous parle d'un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître. Pour trouver trace d'une saison avec plus de défaites après treize journées pour le RSCA (7), il faut remonter en 1930 (8). Cette année-là, le Sporting avait fini par descendre en deuxième division.
On n'en est pas là aujourd'hui. Anderlecht continue de regarder vers le haut du tableau. Mais les jumelles remplaceront bientôt les lunettes pour scruter les Champions Playoffs. Et tout ça avant de se déplacer à Sclessin dimanche pour un Clasico qui fait déjà peur à tout le monde.
Aux supporters qui ne veulent pas être humiliés chez leur plus grand rival. À la police qui craint le même genre de débordements qu'en 2019 (lire par ailleurs). Et sans doute plus encore à Felice Mazzù qui n'aura sans doute plus droit à l'erreur, sur une pelouse où il n'a perdu que deux de ses six derniers déplacements. Avec une grande question sur toutes les lèvres : peut-il encore redresser la situation au RSCA ?
1. Le ras-le-bol des gestes de finition instagramables
Jeudi à Waregem, Amadou Diawara a couru pour fêter son but dans les bras de son entraîneur. Un message fort qui n'a pas échappé à la direction. Le lien entre Mazzù et son groupe n'est pas rompu. Les joueurs apprécient la chaleur de son management et sa volonté de les protéger.
Mais après la défaite chez la lanterne rouge, Mazzù a, pour la première fois, envoyé une pique publique à ses hommes. Surtout aux attaquants, et à Fabio Silva en particulier. Le coach a de plus en plus de mal à cacher son agacement face au gâchis de ses avants qui cherchent d'abord le geste instagramable à la finition. La preuve qu'il ressent la pression et qu'il a plus de mal à cacher ses émotions et son ressenti profond, même dans un exercice médiatique qu'il maîtrise pourtant très bien.
2.Ça râle à l'entraînement quand ça met le pied
Trop de jeunes joueurs au Sporting pensent que la qualité technique définit à elle seule un bon footballeur. À leurs yeux, l'engagement, la grinta et la roublardise sont les armes des mauvais joueurs. Un credo qui irrite et inquiète Mazzù depuis l'été.
Il a d'abord demandé des renforts d'expérience, idéalement qui connaissent le championnat belge, mais il n'a pas été entendu. Une fois le mercato terminé, il a commencé un travail d'endurcissement de ses hommes. Il arrive ainsi régulièrement qu'un membre de son staff technique participe aux séances d'entraînement avec la consigne de bousculer et de mettre le pied. Avec un Mazzù volontairement laxiste dans le rôle de l'arbitre. Mais la réaction des joueurs déçoit la plupart du temps : des plaintes verbales plutôt qu'une réaction physique et footballistique…
3. Trebel améliorerait beaucoup de choses
Contre Waregem, les Anderlechtois n'ont pas joué pour faire virer leur coach, au contraire. Ils n'ont juste pas pu répondre au combat physique. Et quand il aurait fallu jouer "salement" à dix dans la piscine de l'Elindus Arena, ils ont continué à essayer de poser le jeu bien proprement. Ce qui a amené les deux pertes de balle sur les deux derniers buts des hommes de Mbaye Leye.
En interne, dans le staff, on se dit que l'avantage au marquoir n'aurait pas été perdu, même à dix, si Adrien Trebel avait été sur la pelouse. Depuis que le moteur français est blessé, Anderlecht n'a gagné que trois de ses quatorze matchs officiels. Contre six remportés sur sept avec Trebel dans l'équipe.
Le retour du joueur qui assurait le liant entre les blocs défensif et offensif est espéré pour le début du mois de novembre, pour rejouer en compétition avec la longue pause du Mondial. Une association avec les muscles de Diawara fait très envie au staff. Mais Mazzù sera-t-il toujours là quand Trebel reviendra ? C'est la question que tout le monde se pose à Neerpede, à commencer par le principal intéressé.
4. Le C4 dépendra aussi du caractère de la direction
Vendredi matin, la direction a confirmé Mazzù dans ses fonctions. Elle a aussi essayé de rassurer son entraîneur. L'idée reste de travailler avec lui pour longtemps et de faire confiance aux qualités qui avaient séduit le board, le président Wouter Vandenhaute en tête.
Les décideurs du RSCA n'estiment pas que les mauvais résultats viennent d'une mauvaise gestion du staff technique. Ils sont conscients que le noyau n'est sans doute pas aussi qualitatif qu'ils l'avaient espéré à la fin du mercato estival, la faute à certains CV plus séduisants sur papier (ou sur data) que sur gazon.
Mazzù pourrait-il donc résister à une nouvelle défaite dimanche au Standard ? La réponse dépendra de la force de caractère des dirigeants face aux supporters dans un match ultra-sensible.
La cote de popularité du coach carolo a chuté dans les tribunes du Parc Astrid. Il garde des partisans mais de plus en plus de supporters estiment que Mazzù doit s'en aller vu le bilan comptable. Et cette idée est particulièrement répandue dans les groupes les plus influents. Ce qui n'est pas anodin à Anderlecht.
La direction arrivera-t-elle à ne pas céder à la pression populaire si le résultat n'est pas bon à Sclessin dimanche ? Et que faire si certains fans poussent le vice jusqu'à provoquer des débordements à Liège pour appuyer leur soif de C4 pour l'entraîneur, à dix-neuf mois de la fin de son contrat ? La situation sera-t-elle encore tenable ?
Toutes ces questions hantent Neerpede ces derniers jours, même avant la défaite de jeudi à Waregem. Les réponses viendront d'abord du terrain. Le staff espère que la chance tournera enfin après avoir accumulé les pépins (énormes occasions loupées par les attaquants, ballon dont on ne sait pas s'il est rentré dans le but, gardien adverse en état de grâce, erreurs d'arbitrage…).
Les plus optimistes se disent même que rien ne vaut un Clasico pour se remettre à l'endroit et casser un cercle vicieux. Voir Sclessin et mourir. Ou rebondir.