Mercato, bilan, projets, Jesper Fredberg voit son Anderlecht évoluer : "Sportivement, nous ne sommes pas loin de Bruges"
Jesper Fredberg dresse le bilan de la saison d'Anderlecht et veut encore grandir à l'avenir.

- Publié le 31-05-2024 à 19h00

Le Power point prend du temps à charger. Les données sont nombreuses et Jesper Fredberg, CEO Sports d'Anderlecht, a décidé de tout passer en revue. Ce qui s'affiche devant nos yeux traduit deux réalités : l'arrivée du Danois à la tête du club lui a fait franchir un cap sans pour autant le remettre tout en haut du classement.
"Nous avons trois valeurs clés : l'agressivité, la mentalité offensive et la volonté d'offrir du spectacle", glisse-t-il avant de, point par point, expliquer que les voyants sont au vert. "Nous sommes bien au ballon, mais notre rendement doit évoluer dans le dernier tiers adverse. Nous avions un très bon pressing au cours de la saison avant de nous relâcher un peu. Nous sommes très bons au duel, mais voulons pousser le curseur plus loin."
La défaite contre Bruges, c'était comme si on m'aspirait la vie hors de moi.
Toutes les statistiques démontrent un relâchement en fin de saison. La faute à plusieurs paramètres, notamment les blessures. Si Fredberg a tenu à dévoiler cela, c'est à dessein. Anderlecht a une marge de progression. "Les fondements ont été posés, il faut ajouter des couches pour s'améliorer." Le fait que tout n'ait pas été parfait lui permet d'afficher de belles ambitions pour 2024-25.
"Je veux être compétitif. J'ai l'ambition d'être dans une meilleure posture dans un an que maintenant. Si on y parvient, nous serons à une place intéressante. Je peux vous dire que je n'ai jamais été aussi déçu qu'après la défaite face à Bruges. J'avais l'impression de prendre un coup de poing au foie qui m'a cassé les côtes, comme si on m'aspirait la vie hors de moi (sic). On était si proches."
La priorité est-elle de faire évoluer votre jeu près du but adverse ?
"Oui et ça commence par plus de présence dans le rectangle avec des infiltrations de la deuxième ligne. Dans certains matchs, nous étions très bons. Dans d'autres, c'était incompréhensible. Nous avons besoin de bons centres mais en clarifiant ce que nous attendons de chaque joueur. Parfois, il faut savoir s'écarter du ballon. On veut aussi voir plus de passes vers l'avant. Nous l'avons parfois fait en étant dominant dans de petits espaces. Nous devons maîtriser cet aspect du jeu autant que les contres pour performer sur tous les tableaux. Nous devons être plus dominants tout en acceptant parfois de jouer avec un bloc bas par moments."
Avez-vous manqué de qualité en playoffs ?
"Oui, cela fait partie des explications. Nous sommes encore une équipe en construction. Nous avons un onze de départ qui peut rivaliser mais nous avons eu trop de blessures. On pouvait gérer en saison mais pas contre ce Club Bruges."
Devez-vous donc transférer des joueurs d'expérience ?
"Pas nécessairement. Plutôt des joueurs avec une mentalité offensive qui ne regardent pas derrière eux. Nous n'avons pas assez cet état d'esprit. Majeed Ashimeru a ça en lui, il peut faire la différence seul, déséquilibrer l'adversaire."
Va-t-il rester à un an de la fin de son contrat ?
"Il a quelque chose de spécial mais il doit être plus disponible. S'il n'est plus là la saison prochaine, il y aura quelqu'un d'autre."
Vous ne comptez pas amener dix nouveaux joueurs comme l'été passé…
"Nous avons construit, nous devons renforcer. Il y aura des changements mais je ne m'attends pas à ce que nous ajoutions neuf nouveaux titulaires. Il y aura un flux naturel de départs."
Avez-vous un nombre maximum de joueurs pour qui un départ est autorisé ?
"Je préfère garder autant de joueurs que possible même s'il est important d'apporter du sang neuf. Même si j'ai un nombre en tête, je sais que certaines offres ne peuvent pas se refuser."
Devez-vous vendre pour mener à bien votre mercato ?
"Ce sera sans doute toujours le cas. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Il y a de grandes chances que Debast nous quitte cet été. Si ça se confirme avant l'Euro, cela me permettra de faire comme avec Verbruggen la saison passée et investir une partie de cet argent."
Delaney, Augustinsson et Gattoni sont proches d'une prolongation de leur séjour…
"Ce n'est pas encore aussi clair. Si on parvient à tous les convaincre, il faut aussi regarder si cela est possible sur le plan financier."
Êtes-vous dans la même situation avec Kasper Schmeichel ?
"Oui. On va se mettre à table avec ses agents. Kasper a son âge mais il a donné tort à de nombreuses personnes. Il a réalisé de très bons playoffs. Les critiques à son encontre étaient injustes. Les gens lui sont tombés dessus sans véritable raison. C'était devenu personnel. Il a sauvé plus de points qu'il en a coûtés. Conserver Kasper est une option."
Pourquoi vous êtes-vous intéressés à Koen Casteels ?
"C'est un grand gardien, belge et expérimenté. Mais il a reçu des offres (NdlR : d'Arabie saoudite) que l'on ne peut pas égaler. Je crois qu'on va perdre sur ce dossier-là."

Thorgan Hazard ne revient qu'en 2025, devez-vous lui trouver un remplaçant ?
"Honnêtement, je ne trouve pas que Stroeykens soit fait pour jouer sur un flanc. Angulo arrivera à se faire une place et sera plus décisif pour nous la saison prochaine mais je ne veux pas lui mettre trop de responsabilités car il est inexpérimenté. C'est donc une position où on cherche du renfort."
Envisagez-vous de vendre Amuzu ?
"C'est une possibilité. C'est peut-être le moment pour lui de changer d'air, d'avoir de nouveaux yeux qui le regardent. Plusieurs joueurs sont entre un départ et une nouvelle saison avec nous."
Qui ?
"Arnstad, par exemple. Il est ici depuis longtemps. Cette année a été dure pour lui."
Et Verschaeren ?
"Il est aussi là depuis un moment… Mais il faut quelque chose pour me convaincre de le laisser filer. Et trouver un profil qui me permet de rester au même niveau, voire d'être meilleur."
Il vous manque de toute façon quelqu'un pour amener du calme et de la créativité dans le milieu…
"La prochaine étape de notre développement est d'amener de l'intensité, de la vitesse et de la qualité dans le dernier tiers. Et ce, afin de garder le ballon sous pression, ouvrir des défenses et faire la course sans ballon ou la passe pour faire la différence. On a donc besoin d'un vrai milieu offensif qui va jouer haut en possession."
Je n'attends pas de réponse de Vertonghen avant l'Euro.
Attendez-vous une réponse de Jan Vertonghen avant l'Euro ?
"Non. Plus tôt, il me donne sa décision, mieux c'est mais je ne le mets pas sous pression. On doit aussi voir si c'est la meilleure chose pour nous, comment tout se combine. Il se soigne pour revenir pour l'Euro. Cela fait partie de son processus mental."
Comprenez-vous les critiques à l'encontre de Brian Riemer ?
"Globalement, non. Sur le plan tactique, il a mis l'équipe sur de bons rails. On a une structure défensive claire avec des tâches précises. Cela permet aussi de gagner des matchs. Brian est l'un des meilleurs coachs défensifs et dans l'organisation de la saison. Sur cet aspect-là, je ne suis pas inquiet pour la suite. Mais à Anderlecht, il y a une pression sur la manière dont l'équipe joue. Les attentes sont grandes. Les nôtres le sont aussi. Lors de certains matchs, Hazard, Dolberg et Dreyer se trouvaient les yeux fermés. Est-ce qu'on peut jouer mieux au football ? Oui. Est-ce qu'on peut être plus régulier dans nos performances ? Oui. Ce sont nos prochaines étapes."
On a souvent pointé du doigt un manque de flexibilité tactique et dans les changements du coach…
"Je ne suis pas d'accord sur le fait qu'on manque de flexibilité. Je pense surtout que nous devons apprendre à être plus efficaces offensivement. Mon cœur a souffert car nous avons eu peu de matchs que nous pouvions tuer après 20 ou 25 minutes."

Sera-t-il important de ne pas être trop dépendant d'un seul joueur comme cela a été le cas avec Dreyer ?
"Oui. Déjà, je signe des deux mains pour que Dreyer réalise la même saison l'année prochaine. Mais on ne peut attendre qu'un joueur termine une saison avec presque 30 actions décisives. On doit s'assurer de le faire collectivement."
Je suis convaincu de pouvoir garder Dreyer.
Pensez-vous pouvoir le conserver ?
"J'en suis convaincu même si je sais que d'autres clubs ont été attentifs à sa saison. Il cadre parfaitement avec la mentalité du club. Je ne crois pas que vous allez trouver beaucoup d'ailiers qui marquent, donnent des assists et font autant de replis défensifs que Dreyer. Ce ne sera pas simple de le remplacer en cas de départ."
Anderlecht est-il encore loin du Club Bruges ?
(il hésite) "Financièrement, on est loin derrière. Sportivement, je ne pense pas que la différence soit grande. Nos blessures ont mis en exergue le fait que Bruges a construit une meilleure équipe, principalement sur le banc. Si les deux équipes s'affrontent au complet, on peut leur tenir tête. On se rapproche de plus en plus d'eux."