Il a endormi un papa de supportrice, a arnaqué Leekens et a piégé des Bleus en boîte : voici 10 anecdotes qui illustrent le regretté Gille Van Binst
Beerschot - Anderlecht, c'est le match du hat-trick le plus rapide de l'histoire, réalisé par Gille Van Binst. Inhumé ce jeudi, le Gille était un phénomène sur et en dehors du terrain.

- Publié le 08-01-2025 à 07h21

C'est en cercle familial que les funérailles de Gille Van Binst auront lieu à Zaventem ce jeudi, jour de Beerschot – Anderlecht. Il aurait raconté de façon emballante comment – il y a presque, jour pour jour, 49 ans, le 3 janvier 1976 – il a inscrit le hat-trick le plus rapide de l'histoire du football belge (4 minutes et 53 secondes), au Beerschot. Anderlecht était revenu au score mais avait finalement perdu 4-3. "Quand les journalistes m'ont demandé si je n'étais pas triste d'avoir perdu malgré mon hat-trick, j'ai répondu égoïstement : 'Vous êtes fous ? Mon week-end est réussi !'"
Voici 10 autres anecdotes de son livre Circus Voetbal – on aurait pu en retranscrire 50 – qu'il nous a relatées des dizaines de fois.
1. Un somnifère qui a bien aidé Haan
Vu son statut, Anderlecht était souvent invité à jouer des matchs amicaux aux quatre coins du monde. Comme cette fois à Alger. Van Binst : "Au bar de l'hôtel, notre coéquipier néerlandais Arie Haan séduisait une jeune supportrice de Flandre-Occidentale qui avait voyagé avec nous. Seul problème : elle était accompagnée par son papa, qui veillait à ce qu'elle n'aille pas trop loin. J'ai eu une idée. On avait reçu deux somnifères pour savoir dormir après le match. Je les ai mis dans le verre de vin du papa. Il est tombé endormi dans un fauteuil à côté de l'ascenseur. Haan avait carte blanche. Le lendemain, à l'aéroport, le papa est venu nous trouver : 'Vous avez aussi trouvé le vin bizarre ?'"
2. 1-0 contre Bruges après son imitation de Jensen
Le 13 mars 1976. Anderlecht reçoit le Club Bruges, champion en titre, devant 33 000 spectateurs. Van Binst : "Leur gardien danois Birger Jensen gueulait toujours 'Ye' quand il sortait sur des centres aériens. Cela signifiait que son défenseur central Georges Leekens devait faire écran devant Jensen mais ne devait pas sauter. Au début de la seconde mi-temps, j'ai encore eu une idée. Sur un corner, j'ai crié 'Ye'! Leekens n'a pas sauté et j'ai déposé le ballon de la tête dans le but de Jensen, qui était furieux. On a gagné 1-0."
3. Le maillot de Cruijff en échange de bières
25 avril 1976. Une dizaine de jours avant la finale en Coupe des Coupes contre West Ham (4-2), la Belgique se déplace aux Pays-Bas, pour un match de qualification pour la Coupe du monde. Les Diables perdent 5-0 après trois buts de Rensenbrink et trois assists de Cruijff. Van Binst : "Bizarrement, on n'était pas obligé de rentrer de Rotterdam en car et je suis donc revenu en voiture avec des potes. On s'est arrêté à un café à Breda. 'C'est vrai que tu as échangé ton maillot avec celui de Cruijff ?', m'avait demandé la patronne. 'Tu me le vends pour combien ?' Je lui ai répondu : 'Je te l'offre, à condition de pouvoir boire gratuitement pendant toute la nuit.' Je crois qu'elle a regretté notre deal."
4. ABBA sur le podium avec son maillot
Mai 1976. Le groupe suédois de pop ABBA est en concert à Bruxelles. Lors d'une répétition, un pote de Van Binst entre en contact avec un des membres du groupe. Il évoque la finale de la Coupe d'Europe d'Anderlecht contre West Ham et parle de Van Binst. Gille : "Il leur a promis un maillot avec lequel j'avais joué un match. Je lui en ai offert un et à ma surprise, 'la blonde' (Agnetha) a fait son concert en portant mon maillot Belle-Vue. J'ai montré la photo dans le mensuel Humo à Constant Vanden Stock, mais il a refusé de me donner un bonus. 'C'est de la pub pour ABBA de pouvoir porter un maillot d'Anderlecht, pas l'inverse', m'avait-il répondu."
5. Son gardien Ruiter en taule à cause de lui
Il ne se souvenait plus de l'année, d'autant plus que la scène s'était déroulée à Cracovie à l'occasion d'un match amical entre la Pologne et Anderlecht. "Notre gardien Jan Ruiter et moi voulions rejoindre nos coéquipiers dans une discothèque. Elle était tellement remplie que les sorteurs nous ont refusés, sauf si on leur payait des pots-de-vin. J'ai refusé et j'ai donné un petit coup de pied dans la porte, ce qui a provoqué l'endommagement d'un carreau. Je me suis enfui par la droite et me suis retrouvé dans un cimetière. Jan a couru vers la gauche, d'où venait une brigade de la police. Il a été enfermé en taule et a pu négocier sa libération en leur offrant des photos signées."
6. Il a laissé Didier Six draguer sa femme
Et que dire de la soirée après un autre match amical, entre la France et Anderlecht à Paris ? "Je suis sorti avec Jacky Munaron et nos femmes à la discothèque de luxe 'Chez Castel', où on est tombé sur Didier Six et Omar Sahnoun, joueurs des Bleus. Quand ils ont demandé qui étaient les deux filles qui nous accompagnaient, j'ai répondu qu'il s'agissait de deux touristes belges qu'on avait rencontrées par hasard. Les deux ont payé trois bouteilles de champagne pour draguer nos femmes, qui ont bien joué le jeu. Quand Six a demandé à Jacky et à moi de rejoindre notre équipe à l'hôtel afin de conclure, nos femmes les ont salués et nous ont suivis. Vous auriez dû voir la tronche de Six, avec la note en main."
7. Des prostituées dans son club de supporters
Vu sa popularité, Van Binst avait des clubs de supporters dans la Belgique entière : à Jemappes, à Furnes, à Malines, à Tervuren et à Bruxelles-Nord. "Ce dernier café de supporters se trouvait Boulevard d'Anvers, tout près du quartier chaud. Ce n'est que par après que j'ai appris que beaucoup de prostituées venaient y boire leur verre et étaient membres du club. En tant que parrain du club, on recevait chaque année un cadeau. Généralement, il s'agissait d'un radio-réveil ou d'un panier de fruits. Mais là, j'ai reçu une Rolex. Visiblement, il y avait beaucoup d'argent dans cette boîte. Même Rensenbrink, qui m'accompagnait à cette soirée, n'en croyait pas ses yeux."
8. Un mensonge pour motiver Rensenbrink
2 mai 1978. À la veille de la finale de la Coupe des Coupes contre l'Austria Vienne, Raymond Goethals affiche un article de journal français dans le vestiaire. L'arrière droit de l'Austria Robert Sara y déclare que Robbie Rensenbrink est un joueur surfait. Rensenbrink ne parle pas un mot de français et demande à son pote Van Binst de traduire ce que dit ce Sara. "Que tu ne vaux rien du tout", exagère Van Binst. "Et que tu n'es qu'un showman." Van Binst : "'C'est noté', m'a-t-il dit. Et il en a fait voir de toutes les couleurs à ce Sara." Anderlecht gagne 4-0 au Parc des Princes après deux buts de Rensenbrink et deux de Van Binst.
9. Un mensonge dans le brouillard à Liverpool
Le 19 décembre 1978. Anderlecht remporte sa deuxième Supercoupe européenne. Après avoir battu le grand Bayern Munich en 1976, c'est Liverpool de Souness et Dalglish qui se heurte au Sporting coaché par Raymond Goethals. Après le 3-1 à l'aller, Anderlecht perd 2-1 à Anfield dans un brouillard à couper au couteau. Van Binst : "J'ai dû demander à Coeck si on avait égalisé (via Van der Elst sur assist de Rensenbrink). Et quand on est rentré au vestiaire après le match, Goethals m'a demandé comment j'avais joué, parce qu'il n'avait rien vu. J'ai répondu : 'Le meilleur match de ma carrière, coach. Je mérite une hausse de salaire.'"
10. Du vinaigre dans la bouteille de De Bree
27 octobre 1979. Anderlecht reçoit Beringen avec Wilfried Van Moer et mène 2-0 à la mi-temps, notamment grâce à un but de Van Binst (il en a inscrit 46 en 360 matchs pour Anderlecht). Au début de la seconde mi-temps, une scène surréaliste se déroule : Nico De Bree, gardien et pote de Van Binst, quitte son but et court après le Gille, qui parvient à s'échapper. Van Binst : "Nico avait toujours une petite bouteille d'eau dans son but, parce qu'il criait beaucoup et il avait la gorge sèche parce qu'il fumait. À la mi-temps de ce match contre Beringen, j'avais remplacé l'eau par du vinaigre. De Bree savait immédiatement qui était le coupable."
