On a réuni Thorgan Hazard et Adriano Bertaccini, les ambianceurs d'Anderlecht : "J'ai tapé sur la fenêtre et Eden et Thorgan m'ont fait signe"
Thorgan Hazard et Adriano Bertaccini s'entendent très bien et partagent un humour qui fait beaucoup de bien au sein du vestiaire d'Anderlecht.

- Publié le 10-01-2026 à 07h16

"Vous avez interview avec Thorgan et Adri ? Pffff." Besnik Hasi a réagi avec un gros soupir. À raison. Passer trois quarts d'heure avec Thorgan Hazard et Adriano Bertaccini fait mal aux côtes.
Les deux Wallons du vestiaire d'Anderlecht en sont aussi les principaux ambianceurs. On les a réunis durant le stage des Mauves pour une interview entre analyse, punchlines et beaucoup d'humour.

Besnik Hasi ? Il nous aime trop, on le fait rigoler.
Pourquoi pensez-vous que Besnik Hasi a réagi de la sorte ?
(Ils éclatent de rire) T. Hazard : Je pense qu'il nous aime trop (rires). On le fait bien rire. C'est juste notre manière d'être, on ne se prend pas la tête. Quand on fait quelque chose de mal, on rigole. Besnik, lui, il pète un câble.
Riez-vous parfois quand il se fâche sur vous ?
T. H. : Ça arrive de plus en plus souvent. Par contre, c'est bien que je sois là pour gérer Adri. Il dit trop de bêtises.
Pourtant, selon sa femme, il est timide…
T. H. : Timide ? Je ne le connais pas comme ça. Il est certainement différent à la maison.
Avez-vous réussi à fâcher Besnik Hasi au point de ne pas pouvoir en rire ?
T. H. : Adri, c'est où qu'il a pété un câble là ?
A. Bertaccini : À l'Antwerp. À la fin du match. On avait joué comme des merdes avant de se reprendre. Il nous a reproché la différence de niveau entre les mi-temps. Et ça lui a fait péter un plomb. Il a jeté une bouteille. Je le comprends, j'aurais fait pareil.
Et là vous arrivez à rester sérieux ?
T. H. : Là, tu es obligé.
A. B. : On n'avait pas envie de rigoler (rires).
T. H. : Il nous aurait mis dehors.
A. B. : En plus, c'est ma bouteille qu'il a jetée (rires). Après, ça arrive qu'il crie sur Toto à l'entraînement et que je commence à me marrer. Donc ça dépend des circonstances.
J'ai tapé sur la fenêtre et Eden et Thorgan m'ont fait signe. J'étais comme un fou.
Passez-vous beaucoup de temps ensemble au club ?
A. B. : Pas spécialement, mais on s'entend bien. Il n'y a pas de clan par rapport à ce que j'ai connu à Saint-Trond où chacun était juste avec ses amis. Après, je me mettais avec les Wallons aussi donc je créais ça. Je n'avais pas cette image d'Anderlecht.
T. H. : Tu pensais qu'on était un groupe de merde ?
A. B. : Non, mais j'étais dans le groupe de Genk juste après le dernier titre de champion. Je pensais que tout le monde se parlait, mais il y avait aussi plein de clans.

Adriano, étiez-vous fan de Thorgan quand vous étiez plus jeune ?
A. B. : Attention, tu vas être gêné Toto. J'ai toujours été fan des Hazard. Quand j'étais avec la Belgique chez les jeunes, on était dans notre chambre avec Arthur Theate et on voit deux Diables rouges arriver à Tubize : Thorgan et Eden. Moi, comme un fou, j'ai toqué à la fenêtre, j'ai crié leur nom. Ils se sont retournés et m'ont salué, je suis devenu dingue. Je l'ai directement expliqué à Thorgan en arrivant. Et je le referai la prochaine fois qu'il passe devant ma fenêtre (rires).
Apprenez-vous beaucoup de Thorgan ?
A. B. : Oui c'est un exemple. Pas pour tout (rires). Il a fait une énorme carrière même s'il n'est pas toujours sérieux. Moi non plus. En fait, je fais tout comme lui et ça fonctionne (rires).
Vous étiez dans la même équipe en team building ?
A. B. : Non et heureusement.
T. H. : Un clown par équipe. Et le meilleur clown a gagné (il pointe Bertaccini et se marre).
A. B. : Pourtant, on n'a eu que cinq des six œufs qu'il fallait récupérer. Seule l'équipe de Thorgan a eu les six. Mais ils étaient lents.
T. H. : J'étais responsable des œufs donc j'ai fait mon travail.
A. B. : Et il y a eu de la triche. Allez, je balance : c'était un membre du staff et un joueur. On les a punis avec des œufs.
Le stage avait pour thème l'intensité et le retour aux bases, c'était important ?
A. B. : On devait surtout toucher le ballon. L'avion était en retard à l'aller donc ça a perturbé le planning de samedi. On pensait qu'on aurait juste un peu de travail en salle mais non on a eu entraînement. Le coach voulait qu'on soit sur le terrain.
T. H. : Le staff n'allait pas nous faire de cadeau dès le premier jour.
Le coach voulait faire passer un message après le creux de décembre. Que s'est-il passé en fin d'année ?
T. H. : Contre l'Antwerp et Charleroi, on a mal commencé le match. Je ne sais pas pourquoi on a moins bien joué. On aurait pu creuser l'écart avec la concurrence. Là, on va devoir rattraper les points perdus. Comme d'habitude. C'est le résumé d'Anderlecht. On ne garde pas cette constance.
A. B. : En décembre, lors de notre seule victoire, contre Saint-Trond, on est mené au score. Ça veut tout dire.
T. H. : Et ce n'est pas un problème de mentalité car on revient souvent au mental. On a eu des moments d'absence. Le début de match contre Charleroi était catastrophique.
Vous sentez-vous responsables vu que vous êtes un peu des leaders en termes de mentalité ?
A. B : Contre Charleroi, oui. J'aurais dû faire plus.
T. H. : Nous sommes la première ligne de pressing. Si ceux de derrière nous voient travailler à fond, mettre un pressing intense, ça aide. Face à l'Antwerp, on nageait un peu car on n'avait pas assez de soutien de ceux de derrière. On le voyait directement sur le terrain que ça n'allait pas.
A. B. : Le coach dit toujours que nous déclenchons le pressing. Parfois, je le fais et je vois un homme libre dans mon dos car les autres n'ont pas suivi. Alors mon mouvement n'a servi à rien. Ce qui explique certains gestes envers mes équipiers. J'en fais peut-être un peu trop, je sais (rires).
T. H. : Je le rejoins sur le fait que c'est parfois dur pour nous quand ça ne suit pas sur un pressing. On préfère toujours récupérer le ballon haut.
Adriano parle de ses gestes de mauvaise humeur, vous aviez besoin d'un gros caractère comme lui dans le groupe ?
T. H. : Oui c'est un profil qui manquait. On était trop gentils la saison passée. C'est vrai qu'il parle beaucoup avec les mains. Je le faisais aussi quand j'étais plus jeune mais ce n'est pas dirigé contre quelqu'un, ça signifie : 'allez, bougez-vous'. Son énergie fait du bien. Il court partout, a la rage. Et on avait besoin de son sens du but. C'est peut-être la qualité que je lui volerais si je le pouvais.
Et il fait le sale boulot pour vous…
T. H. : Non, je fais plus de kilomètres que lui.
A. B. : Ça se voit peut-être moins mais Thorgan a raison.
T. H. : J'ai un coffre et j'ai appris à aimer courir en Allemagne.
Pensez-vous pouvoir soulever un trophée en fin de saison ?
T. H. : On y était presque l'année passée avec la finale de la Coupe. On va essayer de faire mieux. Il faut déjà atteindre la finale puis être parfaits le jour J. Le championnat ? Ce sera compliqué, mais on verra comment les playoffs peuvent se passer.
Existe-t-il une compétition entre vous au niveau des statistiques ? Thorgan, vous en êtes à 7 buts et 6 assists et Adriano en a 5 de chaque…
T. H. : Je m'en fiche. Mais je pense qu'Adriano va finir meilleur buteur de l'équipe. Je ne lui mets pas de pression mais il a intérêt à l'être (il se retourne vers lui). Je ne suis pas un buteur mais cette saison, je joue un peu plus haut dans un rôle plus axial donc je marque plus facilement.
A. B. : Thorgan n'est pas un joueur qui doit rester sur un côté. Il doit aller un peu partout. Et en faisant ça, il me libère aussi. On est des joueurs très différents et ça aide. Thorgan aime avoir le ballon, moi faire des appels en profondeur. Si on était en compétition pour les chiffres, j'irais réclamer de tirer les penaltys mais je viens d'en provoquer deux et deux fois je lui donne le ballon sans réfléchir. Et je suis content qu'il les tire car c'est une grosse responsabilité.
À ta place Thorgan, moi je pars au soleil (rires).
Aimeriez-vous que Thorgan prolonge à Anderlecht ?
A. B. : Pour le bien du groupe, oui. Car c'est un exemple. Mais si j'étais à sa place, j'irais au soleil dans un pays étranger (rires).
T. H. : À mon âge, je pourrais envisager de finir au soleil dans un autre décor. Mais ça sera sans les enfants car avec l'école, on n'a pas envie de les bouger.
Vous devez vous revoir avec Olivier Renard après sa première offre d'un an avec option pour une deuxième année…
T. H. : C'est à moi de réfléchir. Je considère qu'Anderlecht m'a proposé un an et pas deux vu l'option (NdlR : liée à ses performances) pour la deuxième saison. Si un autre club vient avec deux saisons, je devrai peser le pour et le contre. À 33 ans, ça pèse dans la balance. Olivier sait ce que j'ai en tête. On va aller droit au but. Si j'attends, je prends un risque. Si je me blesse, je me retrouve peut-être sans rien.
Confirmez-vous que vous négociez seul, sans agent ?
T. H. : Oui. Ça occupe bien la tête mais au moins tu es au courant de tout, il n'y a pas d'intermédiaire.
Oh ouais je dois faire un gros effort salarial pour prolonger.
Devez-vous faire un gros effort salarial ?
T. H. : Oh ouais (rires). Je n'ai jamais fait des choix pour l'argent. Anderlecht est le bon exemple car j'ai un contrat bien inférieur à ce que j'avais à Dortmund. Quand tu arrives à un certain âge, tu ne peux pas refuser certaines offres, mais jamais je ne partirai que si toutes les conditions sont réunies.
A. B. : Je suis sûr qu'il est encore mieux payé que moi (rires).
T. H. : Je peux négocier pour toi, hein (rires).
Avez-vous fait une croix sur l'équipe nationale ?
T. H. : Pour l'instant, ce n'est pas dans un coin de ma tête. Jamais je ne dirai 'j'arrête les Diables rouges'. Tant que je joue, je répondrai présent avec plaisir si on m'appelle.
Adriano, est-ce un rêve pour vous d'aller à la Coupe du monde 2026 ?
A. B. : (il se marre) Alors là, pas du tout.
T. H. : Ça, c'est l'honnêteté d'Adri.
A. B. : Je ne sais même pas si j'ai déjà été dans les présélections.
Mathias Declercq, l'attaché de presse du club, intervient : Si, si, tu as déjà été dedans.
A. B. : Ah bon ? Je ne savais même pas.
T. H. : Sinon on va aux États-Unis tous les deux pour les supporter. En vacances.