Titre, ambitions, transferts, critiques, Kompany: Peter Verbeke, directeur sportif d'Anderlecht, se livre avant les playoffs
Peter Verbeke, le directeur sportif, est aussi ambitieux qu'humble à la veille des playoffs.

- Publié le 29-04-2021 à 06h40
- Mis à jour le 30-04-2021 à 13h05

Jeune, moderne, dynamique, ultramotivé et gagneur. Les caractéristiques du nouvel Anderlecht correspondent parfaitement à celles de son directeur sportif, Peter Verbeke (37 ans).
Discret mais au courant de tout ce que les journaux écrivent, il ne s'exprime dans la presse que quelques fois par an. À la veille des playoffs et du déplacement à Bruges – son ex-club – il a invité La DH dans son bureau.
"Certains consultants ont joué l'homme"
Un des articles qui l'ont touché dans son amour-propre était d'ailleurs notre interview avec les ex-Anderlechtois Staelens et De Boeck. "En octobre, certains consultants (NdlR : Jacobs et Broos) avaient dit qu'on ne jouerait jamais les playoffs 1. Cela me motive quand je lis que notre coach est trop jeune et qu'on n'a pas les qualités. Je ne suis pas revanchard, mais j'ai envie de montrer qu'on a raison. D'autres consultants (NdlR : Staelens et De Boeck) ont vraiment tiré à boulets rouges sur Vincent. Et je me sens si proche de lui, que je me suis senti blessé aussi. Vincent est adepte du stoïcisme : il s'en fiche et ne perd pas d'énergie s'il ne peut rien changer à certaines choses. Moi, j'essaie de lire des livres pour devenir comme lui, mais je n'y parviens pas. Mais j'ai un enfant de six ans qui est handicapé. Quand je rentre chez moi après une déception, je me dis qu'il y a des choses plus graves dans la vie. Et quand je rentre après un succès, je me dis que tout ne va pas si bien que cela."
Kompany et Verbeke sont donc comme les deux doigts de la main. "Ma femme me dit parfois que je suis compatible avec Vincent parce que je suis conservateur et lui progressiste. Parfois, je dois le freiner. Et lui, il doit me pousser. Il a, à certains moments, raison de vouloir changer les choses. C'est lui qui a osé lancer Aït El Hadj. C'est lui qui a modifié le système d'un 4-3-3 à un 4-4-2 et ensuite un 4-2-2-2. Il n'est pas têtu du tout. Il est à l'écoute de son staff, il donne sa théorie en présence de nos scouts. Et il est très flexible. C'est la raison pour laquelle je crois qu'il peut gagner la Ligue des champions – quelque part – à un très jeune âge. Il a réalisé un parcours fantastique, cette saison."
"Un coup de bol si on joue pour le titre en 2022"
Non, ce n'est pas Anderlecht que Verbeke voit comme futur vainqueur de la C1. C'est même difficile de lui faire parler du titre. "La saison prochaine, notre objectif reste le même que cette saison : une qualification pour les playoffs 1 et un ticket européen. Bien sûr qu'on aimerait nous surpasser et jouer pour le titre. Si c'est le cas la saison prochaine, ce serait un coup de bol. Nous n'avons pas encore une stabilité comme le Club Bruges ou Genk."
Certains supporters rêvent d'un titre… en 2021. Surtout si Anderlecht parvient à aller battre les Brugeois. Verbeke secoue la tête pour signifier que l'ambition n'est pas réaliste. "On n'a aucune chance d'être champion. Ce sera très difficile de réaliser un 15 sur 18 contre Bruges, Genk et l'Antwerp. Ne soyons pas arrogants. Soyons très humbles. L'Antwerp a plus d'expérience que nous, Genk et Bruges ont un noyau plus équilibré. D'un autre côté, ne jouons pas au Calimero. On est Anderlecht, donc on doit viser le plus haut possible. La deuxième place doit être l'objectif. Et je veux qu'on joue un football anderlechtois. On n'a plus le stress de devoir nous qualifier pour les playoffs 1. Il est donc important d'imposer du football moderne, celui qui définit notre identité. Vincent a les mêmes principes que Red Bull et certains autres jeunes coachs : un pressing haut et le contre-pressing."
"Si on joue dix fois contre le Club Bruges, on va souvent perdre"
Le premier test sera celui à Bruges. "Ils ne vont pas nous faire de cadeaux et seront très motivés. Lors du dernier topper (2-1 pour Anderlecht), j'avais l'impression, après 65 minutes, qu'on pouvait perdre 0-2 ou 0-3. Sans vraiment pousser, Bruges dominait. On avait du mal contre cette machine bien rodée et expérimentée. Mais dès qu'on a marqué, on a pris le dessus. Et on a terminé le match sans paniquer. Cela n'a pas toujours été le cas."
Au Jan Breydel par contre, Anderlecht n'a pas eu voix au chapitre. "Le contexte était différent. Miazga, Cullen et Mukairu n'étaient pas encore là. On a joué avec Bakkali, Arnstad, Vranjes et Luckassen. Delcroix et Trebel étaient out et Doku venait d'être vendu. Même à l'heure actuelle, on n'est pas encore prêts pour nous mesurer aux Blauw en Zwart. Leur noyau est stable et équilibré à 100 %. Si on joue dix fois contre Bruges, on va souvent perdre. De temps en temps, on aura un coup de chance. Cela dit, on fera tout pour obtenir un bon résultat. Vincent va préparer le match comme celui à Saint-Trond : pour le gagner."
"Mon budget n'est pas celui du Club ou de Genk"
Anderlecht n'a pas seulement un retard sportif sur les Brugeois. Il est aussi financier. Malgré le ticket européen, la hausse du capital et le geste de Marc Coucke ? "Mon budget transferts a augmenté, c'est clair. Je ne vais pas citer de chiffre (NdlR : il avait 4 millions € l'été passé et 0 euro cet hiver), mais je peux dire qu'on réfléchira à deux fois avant de dépenser le moindre franc. On veut garder tous nos bons joueurs et faire quelques transferts ciblés. Nous ne sommes pas un club riche. On ne sait pas offrir des gros salaires. On n'est pas encore au niveau de Bruges ou de Genk. Des joueurs comme Bongonda, Onuachu, Lang, Dost, Nurio ou McKenzie sont trop chers pour nous. Un jeune à haut potentiel comme McKenzie coûte déjà 5,5 millions €. On est encore dans la phase de convalescence. On avance pas à pas. La qualification pour l'Europe a légèrement accéléré notre processus. Si j'ai bu du champagne quand Genk a remporté la Coupe ? Non… (rires) J'étais déjà au lit. Par superstition. Quand je regarde un match qui est important pour Anderlecht, c'est toujours la mauvaise équipe qui marque…"
"Vincent n'a pas donné de garanties à Rafa"
Cette semaine, Anderlecht a annoncé l'arrivée de Lior Refaelov. "Un transfert pour rétablir l'équilibre dans notre noyau qui comporte trop de jeunes. Mais rassurez-vous, on n'a pas dit :'Rafa est un bon, donc on le prend.' Non. On a très bien analysé son dossier médical, ses data physiques, ses rapports de scouting, son importance pour des jeunes comme Verschaeren, Ait El Hadj, Stroeykens et Agyei, qui jouent à sa position, son importance sur phases arrêtées. Leekens a dit que Rafa était le Cristiano Ronaldo de notre championnat. Je comprends ce qu'il veut dire. Il se soigne à fond, a une énorme faim et est bien trop fier pour venir chez nous en touriste."
Et son salaire ? Au Standard, il demandait 1,3 million par an. "Je peux juste dire que nous ne dépassons pas certains plafonds. Son salaire n'était pas le point de discussion mais bien la durée de son contrat. Vu tout ce qu'il peut nous apporter, on lui a offert deux ans. Et Vincent a été transparent dans son entretien avec lui : il a dit qu'il a des jeunes à qui il veut donner la chance d'évoluer, et qu'il ne peut pas lui donner des garanties. Ce n'était pas un problème pour Rafa."
Le transfert a fait des vagues à l'Antwerp, qui a accusé Anderlecht de ne pas respecter les règles déontologiques. "La communication de l'Antwerp était très bizarre. Le 8 avril, nous avons annoncé à l'Antwerp que nous aimerions examiner le dossier de Rafa. C'est très bête de notre part, parce qu'on a averti un concurrent, et on s'est mis dans une position de faiblesse. La fuite dans votre journal au sujet de notre intérêt pour Refaelov et Mbokani ne venait pas de moi. Quand on transfère un Soulier d'or, c'est impossible de garder cela secret. L'Antwerp trouve qu'on aurait dû annoncer le transfert après les playoffs. Et si Rafa avait raté un penalty contre nous et qu'on avait appris par après qu'il avait déjà signé ?"
"Sambi peut rester, mais on ne va pas le bloquer"
Le dossier Refaelov n'est que le premier d'une longue série pour Verbeke. Quid de Sambi Lokonga ? "Il a un contrat jusqu'en 2023 et est devenu Diable rouge. Ce pourrait être le bon moment pour lui. S'il y a un projet qui l'intéresse et qu'une somme de transfert intéressante est proposée, on ne le bloquera pas. Son prix ? On ne va pas le dévoiler. Ce n'est pas un montant à la Doku, mais quand même un gros montant. Pour l'équilibre du noyau, on aimerait toutefois le garder. Vu qu'on joue l'Europe, il pourrait être tenté de rester. Et l'accord entre les actionnaires du club nous permet de ne pas devoir le vendre."
Le cas Trebel est similaire. "Il a montré ce qu'il peut nous apporter. Il a un peu le rôle de Refaelov. Après le match à Saint-Trond, il a parlé au groupe. Vu son âge, il a dit : 'Vous êtes tous mes fils et mes frères.' Mais on sait tous qu'il a un gros contrat jusqu'en 2023. S'il peut faire un beau transfert, on ne va pas le bloquer non plus. Mais on ne le poussera certainement pas dehors."
"Chelsea va demander 3 à 4 millions pour Miazga"
Des joueurs loués, Nmecha et Miazga sont les meilleurs. "Ashimeru et Mukairu ont aussi apporté quelque chose. Diaby et Bruun Larsen ont trop peu apporté. Bruun Larsen s'est mis trop de pression. Mais il a été bon aux derniers entraînements et en amical à Ostende. Il peut être notre joker dans les playoffs. Peut-être comme deuxième attaquant."
Le dossier Miazga n'est pas facile non plus. "Ce n'est jamais facile de négocier avec Chelsea. Matt est un défenseur central assez jeune, qui est bon et qui a beaucoup joué à Anderlecht… Selon le modèle économique de Chelsea, le moment est venu de le vendre. À quel prix ? Pour Marina (Granovskaia, la directrice de Chelsea), le ciel est la limite. Elle va fixer le prix le plus haut possible. Je ne connais pas le prix, mais je me dis qu'elle va quand même demander 3 à 4 millions. On peut toujours essayer de baisser le prix…"
"Vlap, Bundu et Colassin repartent de zéro au RSCA"
Et puis, il y a les joueurs prêtés. Verbeke compte encore sur trois joueurs. "Vlap, Bundu et Colassin reprennent chez nous et repartent de zéro. Vlap a des qualités, il sera peut-être plus à son aise dans notre actuel 4-2-2-2. Et mentalement, il a peut-être changé. Il trouvait qu'il devait jouer à Anderlecht, mais il n'est pas titulaire à Bielefeld, qui joue contre la relégation. Peut-être qu'il comprendra que ce n'est pas si évident de jouer à Anderlecht."
Et quid de Bundu, son seul transfert totalement raté ? "Je ne veux pas chercher des excuses, mais pour 2,8 millions, on n'a pas de garantie qu'un joueur va réussir. Mais qui sait, dans notre 4-2-2-2 ? Bundu a aussi des qualités et il a quand même reçu un peu de temps de jeu à Copenhague, un club qui jouerait la tête du classement en Belgique. On compte encore sur lui."