Ravi du titre de Bruges, Mario Stanic compare les "fins" de cycle de la Croatie et des Diables : "Modric ? Si vous repoussez vos limites par passion…"
L'ancien serial buteur du Jan Breydel tire des parallèles entre son pays et la Belgique, tout en se souvenant de sa belle époque en Venise du Nord. "Un septième titre en onze ans ? Le Club est meilleur qu'à mon époque alors (rires)."
- Publié le 02-06-2026 à 09h01

Ce n'est pas tous les jours que les supporters mauves vont être (même un peu) rassurés par une icône du Club Bruges : "Je connais très bien Danylo Sikan, nous raconte Mario Stanic, qui a connu l'attaquant ukrainien du Sporting lors de son passage au Shakhtar Donetsk en tant qu'adjoint de l'entraîneur Marino Pusic. C'est un excellent attaquant. Il a une super mentalité, c'est un grand travailleur. Quand nous sommes arrivés en Ukraine, sa confiance n'était pas au top. Mais nous lui avions donné ce dont il avait besoin et il nous l'a rendu au centuple. C'est un très bon transfert pour Anderlecht. Je sais quel genre de passion habite Danylo. C'est un guerrier. Un joueur de qualité qui a marqué en Champions League. Il sait courir, créer de l'espace utiliser ses deux pieds… Je suis sûr à 100 % qu'il fera du bien."
Avant l'amical entre sa Croatie et la Belgique, Stanic, arrivé en Venise du Nord il y a plus de 30 ans (47 matchs, 29 buts) en provenance de Benfica et passé ensuite par Chelsea et Parme, nous donne de ses nouvelles. Lui qui travaille aujourd'hui à Al Jazira, toujours en tant qu'assistant de Pusic.
Mario, tout d'abord, comment s'est passée votre saison ?
Elle était… ok. Elle aurait pu être plus belle. Nous avons terminé quatrièmes, ce qui veut dire que nous devrons disputer des qualifications pour la Champions League asiatique. Nous nous sommes aussi inclinés en finale de la President Cup (contre Al-Ain qui a réalisé le doublé), malheureusement. Disons que la saison s'est terminée sur une note amère.
Comment est-ce d'entraîner aux Émirats arabes unis ?
C'est complètement différent. La saison commence à la fin du mois d'août et je dois dire que les circonstances météorologiques sont très lourdes. L'adaptation est difficile. Parfois le taux d'humidité atteint les 70, 80, voire 90 %. Le rythme des matchs est plus lent. Tous les clubs ont des joueurs internationaux. Le championnat progresse. Mohamed Elneny et Nabil Fekir évoluent chez nous.
Vous avez rencontré des problèmes en raison de la guerre ?
Malheureusement, j'ai connu beaucoup de mauvaises expériences à ce niveau. J'ai connu les conflits à Sarajevo, en Croatie et puis récemment j'ai entraîné en Ukraine et maintenant aux Émirats arabes unis. Mais si vous comparez, je dois vous dire que là-bas c'est une version plus "light" que l'Ukraine. Le pays était bien protégé, la situation n'a jamais semblé dangereuse. Elle était inconfortable pour les gens qui expérimentaient ça pour la première fois. Surtout au début. Tout est normal désormais. Le championnat ne s'est pas arrêté, la ville est ouverte, les gens travaillent, les restaurants ne sont pas fermés…
La situation aux Émirats était une version 'light' de l'Ukraine.
Vous êtes rentré en Croatie maintenant, vous allez suivre le début de la Coupe du monde là-bas ?
Je suis en congé pendant quatre semaines et demie. Ensuite, la saison recommencera avec un stage aux Pays-Bas. Puis nous retournerons à Abu Dhabi un mois après. Donc oui, je commencerai à regarder le Mondial dans mon pays.
Comment voyez-vous les choses se passer pour la Croatie justement ? Votre génération a terminé 3e en 1998. L'actuelle vient d'enchaîner une médaille d'argent et une de bronze. La confiance est au beau fixe ?
Tout a commencé en 98. C'était un exploit. À ce moment-là, si vous aviez dit que 20 années plus tard, nous terminerions 2es et 3es, même le Croate le plus optimiste ne vous aurait pas cru (rires). C'était imprévisible. Notre pays ne compte même pas 4 millions de personnes. Ce que nous avons réalisé est la plus belle chose possible en football. C'est difficile de prédire ce qui va se passer cette fois. Mais la Croatie est forte. Nous vouons un véritable culte à notre équipe nationale. Notre identité et notre esprit sont forts. Nous avons un bon mélange de jeunesse et d'expérience. L'essentiel sera de passer la phase de groupes et ensuite tout sera possible avec notre équipe et notre coach. Ce sera la première Coupe du monde à 48. Peut-être que la vraie compétition ne commencera qu'à partir des 16es. Je suis très optimiste : la Croatie n'est pas un outsider, nous avons suffisamment de qualité, d'expérience et de force mentale pour battre n'importe qui sur un seul match.
En Belgique, tout le monde parle de la fin de la génération dorée, d'un cycle vu les âges avancés de Lukaku, Courtois, Witsel et De Bruyne. Y a-t-il un sentiment similaire chez vous avec Modric et Perisic par exemple ?
Exactement. Quand vous regardez les deux équipes, elles sont très similaires au niveau de la qualité, de l'expérience, de la jeunesse, de la technique… Le Mondial sera intéressant pour vous aussi. Mais pour moi, la chose la plus importante est la force mentale. Il ne faut pas seulement compter sur la tactique, le système, les individualités, etc. Il faut une vraie dynamique de groupe. Il faut savoir souffrir parce que les conditions ne seront pas faciles non plus.
Signer pour le Real ou le Barça relève du professionnel. Représenter votre pays, c'est une question d'honneur.
Modric a 41 ans. Vous le voyez comme un phénomène de la nature ? Comment expliquez-vous une telle longévité ?
Je le connais très bien. Je crois qu'il y a facteur génétique, mais il mène aussi une vie très équilibrée. Tout le monde parle de son côté très pro, etc. Mais avant d'être un professionnel, c'est un passionné. Il jouait déjà au football dans le ventre de sa mère. Il va mourir de la même manière. C'est une question de passion, de passion et de rien d'autre. Quand vous voyez comment il se bat sur chaque action, comment il souffre et y prend justement du plaisir. C'est un monstre. Des joueurs comme ça, il y en a tous les 50 ans. Je suis tellement heureux qu'il soit notre capitaine. Je ne sais pas combien de temps il tiendra encore. Il y a cinq ans, nous disions déjà qu'il était fini… Et il est toujours là ! C'est un mystère de l'existence humaine. Moi, j'ai arrêté à 32 ans. À l'époque quand tu passais les 30 printemps, les doutes commençaient déjà à t'encercler. Regardez Modric et Ronaldo maintenant. Il faut que votre esprit soit pleinement connecté à votre corps. Où est la limite ? Voilà pourquoi nous aimons tant le football et le sport en général. Nous repoussons les limites sans cesse. En poussant à chaque fois un peu plus. Si vous le faites de manière "non naturelle", vous n'irez pas loin. En revanche, si vous le faites par passion, les étoiles seront votre limite.
Quelle importance revêt le match de ce mardi ? Vous pensez que la Croatie l'emportera ?
Je l'espère (sourire). Mais vous savez, je vais parler en tant que joueur et entraîneur adjoint : ce genre de match est très piégeux. Parfois, vous vous retrouvez avec plus de questions que de réponses à la fin. L'esprit de ces rencontres est totalement différent. Vous avez encore l'opportunité d'expérimenter, de tenter des choses. Mais à la Coupe du monde, ce n'est pas la même chose. Cet amical sera une bonne opportunité d'engranger du rythme. Vous allez utiliser ce match pour préparer celui contre l'Égypte et nous pour préparer celui contre l'Angleterre.
Remettez mes félicitations à Ivan Leko pour le titre.
Nous imaginons que le Mondial de 1998 demeure votre meilleur souvenir ?
Oui, c'est certain. La Coupe du monde, c'est la "crème de la crème". Ce n'est pas seulement une question de performance mais aussi d'honneur et de fierté. C'est à travers ces prismes que vous analyserez votre carrière par après. Vous pouvez signer pour le Real Madrid ou le FC Barcelone et ce transfert s'inscrirait dans une logique professionnelle. Or représenter votre pays, c'est une question d'identité. Les deux énergies sont opposées.
Pour finir, vous suivez encore le Club Bruges ? Il a remporté son 20e titre. Vous étiez meilleur buteur quand il avait remporté son 10e en 1996.
En toute honnêteté, je ne regarde plus les matchs. Mais je suis ce qu'il se passe. Je sais que le Club est champion et j'en suis si heureux. Il a gagné 7 titres en 11 ans là ? Alors Bruges est meilleur qu'à mon époque (rires). Mais nous avions remporté le doublé ! En tout cas, remettez mes félicitations à Ivan Leko. Il a fourni un excellent travail. J'ai de bons souvenirs du Club, c'était une étape cruciale durant ma carrière. Je ne jouais pas à Benfica, à 23 ans, je voulais rejoindre un club stable pour reprendre du rythme. Je le répète aux jeunes joueurs d'ailleurs : vous ne vous développez pas en cirant le banc. Le problème, c'est quand ils s'envolent directement vers un grand club. C'est mieux de d'abord signer autre part pour engranger du temps de jeu. Vous pouvez vous entraîner pendant 100 ans, les matchs sont des matchs.
