La saison de Ohio passée au crible : "Il a compris qu'il ne suffisait pas de paraître"
L'ancien buteur du Standard Ali Lukunku (55 buts) analyse la première saison du Néerlandais en bord de Meuse.

- Publié le 06-04-2023 à 07h59

"Si j'ai préféré le Standard au Burnley de Vincent Kompany, c'est à cause du discours de Ronny Deila." Voilà comment Noah Ohio, du haut de ses 19 ans à l'époque, expliquait en juillet dernier pourquoi il avait opté pour le projet rouche. Le but était clair : que le Standard lance véritablement la carrière de l'international espoir néerlandais qui sortait d'une première saison en pro du côté de l'Austria Vienne (6 buts et 2 assists en 31 matchs). Mais celui qui a été formé à Manchester City et United ne pensait pas que sa saison allait être aussi mouvementée. Entre débuts manqués suite à un manque de professionnalisme, blessure, remise en question et remontrances du coach, Ohio n'est plus le même homme neuf mois après son arrivée. À 20 ans, l'ancien joueur de Leipzig peut-il devenir le buteur attitré des Rouches ? Ali Lukunku (55 buts en 149 matchs pour le Standard), répond à la question.
Un profil à la Emile Mpenza
Longtemps le Standard a cherché, ces dernières années, un attaquant de rupture capable de prendre la profondeur. C'est pour cette raison que Noah Ohio a été recruté l'été dernier. "Son profil m'a tout de suite fait penser à celui de Emile (Mpenza), lance Ali Lukunku. Il est puissant, explosif et rapide mais il n'a pas le jeu de tête qu'Emile avait. C'est un des points d'amélioration du Néerlandais car dans les airs, il n'existe pas beaucoup. D'ailleurs, on ne le cherche que dans les pieds ou dans la profondeur."

À Ostende, Ohio a montré toute l'étendue de son talent, notamment sur ce deuxième but inscrit tout en puissance. "Il va chercher la profondeur, comme sur ce but, mais il est aussi capable de servir de point d'appui, il le fait d'ailleurs mieux que Perica. C'est pour cela qu'il compte autant d'assists que de buts (quatre) car il libère l'espace pour les milieux de terrain qui peuvent s'infiltrer et quand un bon centre arrive, il est présent."
Des débuts compliqués et un changement radical
À l'inverse du cadet des frères Mpenza, Ohio est arrivé au Standard sans véritable statut et pourtant, il n'a pas fait ce qu'il fallait pour convaincre. Tout le monde se souvient encore de son échauffement catastrophique contre le Cercle Bruges avant sa montée au jeu à la 71e et cette déchirure aux ischios qui allait suivre. "Je pense qu'il a cru que ça allait aller tout seul, assure l'ancien buteur du Standard. Il était un peu trop confiant. Ce jour-là, j'étais au stade et j'observais son échauffement. Je me suis un peu reconnu en lui au niveau de la musculature et je me suis dit : 's'il monte, il va se claquer'. Ça n'a pas loupé. Il était comme un gamin émerveillé. Il n'a pas pris conscience qu'il fallait bosser dur pour se faire une place."

Autrement dit, Ohio manquait clairement de maturité. "À son âge, je ne le faisais peut-être pas non plus mais il doit comprendre qu'avec sa stature et sa musculature, il doit toujours s'échauffer comme s'il était titulaire. Je l'ai appris de Guy Namurois et cela m'a bien aidé. Mais oui, il manquait de maturité et il a déjà énormément progressé à ce niveau et ce, grâce à l'apport de Ronny Deila. Il a compris qu'il ne suffisait pas de paraître."
Une relation particulière avec Deila
Depuis son arrivée, Noah Ohio a été épinglé à plusieurs reprises par Ronny Deila. "Il doit comprendre ce que cela implique d'être professionnel. J'ai besoin qu'il soit à 100 %, s'il ne l'est pas, il laisse sa place à quelqu'un d'autre", avait-il précisé. À Bruges, lors de son remplacement avant l'heure de jeu, Ohio avait marqué son mécontentement. "J'espère que c'est la première et la dernière fois que je vois ça. Je prends mes décisions comme entraîneur, il prend ses décisions, comme joueur, sur le terrain. Il faut être loyal. Il peut venir me voir dans mon bureau, ma porte est toujours ouverte, mais faire ce qu'il a fait devant 25 000 personnes, je ne trouve pas cela correct. Il va apprendre de ce qu'il s'est passé", avait asséné le T1.
"Deila est le coach parfait pour son évolution."
Ohio et Deila semblent entretenir une relation de père fils. "Tout le monde dit que le coach, c'est mon père (rires). J'ai souvent droit à ce commentaire", a avoué le principal intéressé après son doublé à Ostende. "Il est tombé sur le coach parfait en la personne de Ronny Deila qui a su lui donner une seconde chance, dit Lukunku. Il lui a fait prendre conscience du potentiel qu'il avait et qu'il pouvait faire mieux. Le Norvégien sait le canaliser et lui faire comprendre les exigences imposées à un joueur de foot et de surcroît, à un attaquant du Standard. À Bruges, il n'a pas été bon, il est sorti. Tu ne réponds pas à l'attente, tu sors, point barre. Et Ohio a bien réagi après cet épisode. Deila arrive à tirer le maximum de ses joueurs, et donc d'Ohio, par ce coaching qui tient tout le monde en alerte. Il n'y a pas de secret, avec cette mentalité, tu peux gagner beaucoup de matchs."
Peut-il devenir le buteur maison ?
À la question de savoir si Noah Ohio peut devenir le buteur tant recherché par le Standard, Ali Lukunku répond par la négative. "Je ne pense pas, du moins pour le moment, car sa palette n'est pas encore complète. Il doit bosser son jeu de tête mais aussi son mauvais pied. Tous ses appels, il les exécute côté gauche. Il faut aussi être capable de se déporter à droite, quitte à revenir sur son pied gauche après un crochet mais il faut se diversifier. Mais jusqu'à maintenant, il montre ce pourquoi le Standard est allé le chercher."
La force d'Ohio est par contre sa frappe de balle en première intention. "Là, il est très bon. Sa frappe est lourde et souvent cadrée. Mais encore une fois, face à des défenses plus costaudes que celle d'Ostende, il faudra qu'il puisse surprendre. Le point positif, c'est que ses équipiers aiment jouer avec lui. Zinckernagel, Balikwisha, Alzate, Donnum, ils le cherchent souvent. C'est bon signe, ça veut dire que les mecs ont confiance en toi."

Ohio profite de la panne sèche de Perica
Lorsque le Standard recrute Stipe Perica en fin de mercato, c'est clairement pour en faire son attaquant numéro 1. Mais le Croate de 27 ans a peiné à convaincre malgré quelques bonnes prestations. "Ohio a profité du fait que Perica pataugeait. Pourtant, je trouve que le Néerlandais est le parfait complément du Croate, souligne Lukunku. Actuellement, Ohio convient davantage au style de jeu prôné par Deila. Mais l'un comme l'autre, ils doivent apprendre à peser plus sur une défense."
À l'avenir, c'est également de concurrence que les deux hommes auront besoin pour se tirer vers le haut. "C'est primordial et ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le Standard a tenté de recruter un attaquant l'hiver dernier. C'est, selon moi, ce qui leur a manqué pour passer un palier et intégrer le top 4. La concurrence, c'est primordial. À mon époque, je jouais avec des Mornar, Goossens, Arst. Ça déménageait, on avait des profils différents et lorsqu'un duo avait bien fatigué l'adversaire, l'autre l'achevait. Et ce qu'on savait faire à l'époque et qui manque aux attaquants actuels, c'est harceler les adversaires. Quand on sortait, on était lessivé."
"Perica doit s'inspirer de ce qu'a fait De Camargo."
Quant au manque d'efficacité rencontré par Stipe Perica (plus aucun but depuis le 27 janvier contre Eupen), Ali Lukunku a un conseil bien précis. "Il doit s'inspirer de ce qu'Igor De Camargo a fait à son époque. Je me souviens, après son retour de blessure en 2006, il ne marquait pas et gambergeait beaucoup. Avant un déplacement au Beerschot, il restait sur cinq matchs sans marquer, Michel (Preud'homme) m'avait demandé de lui parler, ce que j'ai fait. Je lui ai dit d'arrêter de se focaliser sur le but et de se libérer en participant davantage au jeu. Si tu décroches et que tu arrives lancé, les défenseurs auront plus de mal. Il l'a fait et il a inscrit un doublé ce jour-là. Après son but, il s'était même dirigé vers moi. C'est ce que doit faire Perica : participer plus au jeu, toucher plus de ballons et les buts arriveront."