Matthieu Assou-Ekotto (ex-RAAL et Standard) est devenu directeur d'Ehpad : "J'en ai eu marre du foot, je voulais me tourner vers les autres"
Matthieu Assou-Ekotto, ancien médian de La Louvière et du Standard, nous raconte sa nouvelle vie, loin du ballon rond, comme directeur d'un Ehpad dans le nord de la France.
- Publié le 26-07-2025 à 14h14

Certains rôles marquent plus que d'autres. Sur un terrain, Matthieu Assou-Ekotto se contentait de l'ombre, du sale travail au cœur de la ligne médiane pour permettre aux créatifs d'exprimer leur art. Des joueurs comme Manasseh Ishiaku, Fadel Brahimi et Peter Odemwingie en ont profité durant les douze mois qu'il a passés à La Louvière (2004), puis Sergio Conceição, Wamberto et Milan Rapaic pendant une saison au Standard (2005).
Vingt ans plus tard, il n'a pas changé. "Je n'aime pas la lumière. J'ai définitivement tourné la page du football", nous a-t-il répondu lorsque nous lui avons proposé cette interview. Il a finalement accepté, pour nous partager son nouveau quotidien de directeur d'Ehpad, des établissements pour personnes âgées dépendantes. Loin d'un ballon rond qu'il a définitivement rangé.
Sa lassitude du football
"Je m'en fous du football". Matthieu Assou-Ekotto ne cherche pas à mettre les formes au moment de parler de sa relation avec son ancienne passion. "Vous pouvez me comparer avec un fumeur qui décide, du jour au lendemain, de ne plus toucher une cigarette. Je regarde uniquement les gros matchs. J'ai suivi la finale du PSG en Ligue des champions mais j'ai éteint ma télévision dès le coup de sifflet final. Avant cela, ma dernière rencontre remontait à la dernière Coupe du Monde. Je n'en suis même pas certain…"
Ce n'était pas le grand amour entre Dominique D'Onofrio et moi.
Durant sa carrière, le médian avait pourtant entamé des études pour rester dans le milieu du ballon rond, comme agent ou directeur sportif. "J'ai effectivement suivi une licence en management sportif mais en discutant avec le responsable de la formation, je me suis aperçu que les diplômés exerçaient diverses fonctions… sans lien avec le sport. Une fois ma retraite officialisée, j'ai entraîné des équipes de jeunes et d'adultes mais au bout de quelques saisons, je me suis aperçu que je m'ennuyais fortement. J'ai aussi tapé le ballon avec des potes. Je jouais un premier match sans vraiment prendre de plaisir et la deuxième rencontre était déjà celle de trop."
Matthieu Assou-Ekotto a donc pris une décision, celle de tout recommencer à zéro. De se lancer dans une nouvelle carrière. "J'ai préféré mettre le football de côté pour avoir une vie normale, si je peux me permettre cette expression. J'en avais assez de ce monde égocentrique, dans lequel on ne pense qu'à soi, qu'à sa récupération, qu'à ses performances. Moi, je voulais aider les gens."
Sa reconversion dans le monde hospitalier
Que faire quand, durant toute sa vie, on n'a pensé qu'à l'entraînement du lendemain, qu'à sa place dans le onze de base ? "J'aurais pu choisir la sécurité et rester dans le football, un domaine que je maîtrisais bien. Arriver à trente-quatre ans sur le marché du travail avec la même expérience qu'un jeune de dix-huit ans, c'est compliqué. Footballeur est un métier tellement atypique qu'il est difficile d'utiliser ses compétences dans une autre profession."
Je jouais un match avec mes potes mais le deuxième était déjà celui de trop.
Face à cette incertitude, Matthieu Assou-Ekotto a passé un bilan de compétences. Le monde hospitalier a ressemblé à une évidence, dans une fonction de manager car "les responsabilités lui ont toujours plu", comme lorsqu'il devait enrayer les offensives adverses dans un Sclessin bondé. "Mais je savais que me retrouver à la tête d'une équipe allait se révéler compliqué au vu de mon parcours. Je voulais être légitime. Je me suis donc engagé dans une formation d'infirmier. J'étais le plus âgé, des infirmières de vingt-trois ans m'appelaient 'l'étudiant'. J'ai accompagné des personnes en fin de vie, donné des soins à des grands-mères qui venaient de souiller leur lit. C'est difficile, pas suffisamment valorisé mais j'ai obtenu mon diplôme puis un master en management des établissements sociaux."
Sa vie de directeur d'Ehpad
Depuis trois ans et demi, Matthieu Assou-Ekotto est le directeur de l'Ehpad Jean Menu, une maison de retraite médicalisée située à Douai, dans le nord de la France. Il se décrit lui-même comme un entraîneur. "Sauf que mes joueurs ne sont pas en short et en maillot, mais en blouse, sourit-il. Je dois faire en sorte de garantir la cohésion de mon équipe pour que nous atteignions, tous ensemble, notre objectif, celui d'aider des résidents dans leur lieu de vie. Oui, c'est parfois compliqué, d'autant que nous avons affronté la crise liée au Covid puis la parution d'un livre (NdlR : les Fossoyeurs) qui a révélé les dérives de certains établissements. On doit faire avec les moyens qu'on nous donne, mais ils ne sont pas suffisants. Ce ne serait pas du travail si c'était trop simple (rire)."
Son quotidien est rythmé par les soins, les dépendances et les animations de personnes souvent isolées socialement. Une lourde responsabilité qui le poursuit en dehors de son bureau. "Quand vous êtes soignant, vous vous demandez parfois si vous avez bien donné le bon traitement à un patient en quittant le boulot. Le lendemain, c'est terminé car vous avez constaté que vous n'aviez rien oublié. Comme directeur, c'est différent. Votre téléphone peut sonner à tout moment, pour un début d'incendie, une panne électrique, un problème dans la chambre froide ou la chute d'un résident dans les escaliers. Je suis tout le temps en alerte. Cela peut paraître pesant mais c'est aussi ce qui fait que j'aime ce métier. Vraiment, je prends mon pied."
Son passage à La Louvière
Il y a vingt et un ans, c'est au cœur du milieu de terrain de La Louvière qu'il s'épanouissait. Peu utilisé à Grenoble, Matthieu Assou-Ekotto avait rejoint le Hainaut au milieu du mercato hivernal pour se muer rapidement en un titulaire indiscutable. "Je ne sais pas s'il s'agissait de ma dernière chance de percer dans le foot pro mais je savais que c'était une belle chance à saisir. Je suis tombé dans un club familial, avec un vrai contact humain. Il était encore possible de boire un verre avec les supporters après un match. Je n'en garde que de bons souvenirs."
Il a également eu la chance de tomber sur deux entraîneurs qui n'ont pas hésité à lui confier des responsabilités sur la pelouse. "Ariël Jacobs est quelqu'un d'exceptionnel, tout simplement. Il a rapidement cru en moi. Albert Cartier était un vrai meneur d'hommes. Ses préparations estivales étaient costaudes. Lui, c'était une machine, il était au top physiquement. Je pense même qu'il aurait pu jouer avec nous. Tout le monde le suivait et ça se voyait. On formait un vrai collectif, on se battait pour le collègue."

Son transfert au Standard
Ses performances attirent rapidement l'attention du Standard. "J'ai été agréablement surpris d'être recruté par un membre du top 4 belge. En France, si je disais que je jouais à Louvière, on se demandait ce que c'était et où ça se situait. Le Standard, c'était différent."
Albert Cartier était une machine, il aurait même pu encore jouer avec nous.
Matthieu Assou-Ekotto débarque dans un vestiaire rempli de fortes personnalités. S'asseoir à côté de Conceição, Rapaic, Deflandre, Dragutinovic, Léonard, Onyewu ou encore Runje a de quoi impressionner. "Je n'ai jamais souffert du syndrome de l'imposteur pour autant. Si j'étais là, c'est que je le méritais, dit-il. Beaucoup de joueurs m'ont marqué, que ce soit Rapaic pour sa patte gauche – ses centres étaient des cadeaux –, Conceição pour sa grinta, même à l'entraînement, Onyewu pour son physique de montagne et Wamberto pour son humanité. Il y avait aussi Geraerts, mon binôme au milieu de terrain. Il avait une sacrée intelligence de jeu. D'ailleurs, j'ai regardé ce que devenaient mes anciens équipiers après avoir reçu votre message et j'ai découvert qu'il était devenu le coach de Reims."
Titulaire indiscutable, il voit son séjour liégeois basculer après une défaite à Mouscron. Il passe ensuite trois matchs sur le banc, revient dans le onze de base à Gand mais une carte rouge scelle définitivement son destin. "Je ne saurais plus vous dire ce qu'il s'est passé. Avec Dominique D'Onofrio, ce n'était pas le grand amour. Il me pointait du doigt dès que quelque chose n'allait pas. Je ne dirais pas que j'étais la tête de turc mais je n'étais pas traité de la même manière que d'autres membres de l'équipe avec un nom plus ronflant."
Un mois plus tard, il signe à Willem II alors que le Standard est en tête du championnat, avec deux points d'avance sur Anderlecht. "Ce départ n'a pas été difficile à gérer car je savais que mon avenir allait être compliqué. Je voulais jouer. Y repenser ? Parfois, on regarde dans le rétroviseur mais on passe vite à autre chose, sinon on devient fou."
