Pourquoi Liverpool n'a jamais cédé à la mode des Belges dans son académie : "Quand je tendais la main à mes équipiers, ils ne me disaient pas bonjour"
Liverpool, déjà qualifié, débarque à Bruxelles avec plusieurs talents de son académie pour affronter l'Union jeudi. Un centre de formation qui n'a jamais connu de Belge, à l'exception d'un actuel… commentateur TV. Pas le fruit du hasard.

- Publié le 12-12-2023 à 22h36

Dans les années 2010, tous les grands clubs anglais ont collectionné les talents belges dans leur académie. Tous ? Non, Liverpool n'a jamais cédé à la mode. Ce jeudi face à l'Union, il n'y aura aucun compatriote parmi les gamins lancés de Jurgen Klopp, pêchés dans l'académie pour une rencontre qui n'a plus d'intérêt sportif pour les Reds.
Quand Chelsea investissait beaucoup d'argent dans Charly Musonda, quand Manchester United s'offrait Adnan Januzaj, quand Manchester City espérait avoir trouvé le successeur de Vincent Kompany avec Mathias Bossaerts et quand Tottenham dénichait Paul-José Mpoku au Standard, Liverpool n'a pas craqué.
Il n'y a eu qu'une exception, bien avant la mode belge : en 2002-2003, le Bruxellois Julien Courtois évoluait avec les U18, en tant que milieu défensif. "Mais c'était grâce à un piston, avoue celui qui est aujourd'hui commentateur de foot sur la chaîne VOO Sport. J'étais chez les U18 d'Anderlecht et mon papa (Ndlr : Alain Courtois) allait devenir manager général du club. Il m'a expliqué que ce serait mieux que je joue ailleurs, pour éviter les ragots. J'étais d'accord à la condition qu'il me trouve un test dans un club sympa. Il connaissait bien Gérard Houiller, alors entraîneur de l'équipe première, et j'ai pu y aller pendant une saison. Pas vraiment le parcours classique d'une recrue étrangère dans une académie (sourire)."

Mais pourquoi Liverpool n'a jamais voulu de Belges dans son académie ? Pourquoi la direction n'a-t-elle pas utilisé une filière très abordable pour un club du top en Premier League qui pouvait rapporter gros ? Les raisons sont multiples et l'avenir a finalement donné… raison aux Reds, même s'il reste un gros regret à Klopp.
Parce que ce n'est pas dans la tradition
Les jeunes à Liverpool ont toujours eu beaucoup d'importance mais le club a toujours tenu à être une référence pour les plus grands talents britanniques. Pour montrer que les Reds allaient bien accueillir les meilleurs jeunes irlandais, gallois ou écossais, ils expliquaient qu'un Brésilien, un Espagnol ou un Japonais n'allait pas débarquer en cours de saison. "Avec les U18, on s'entraînait parfois dans le complexe de l'équipe A et c'était alors très cosmopolite. Mais quand on était dans notre centre de formation, dans un autre bâtiment, c'était une autre ambiance, se souvient Julien Courtois. J'étais le seul étranger de mon équipe et je n'avais pas été très bien accueilli. Mon premier jour, j'avais voulu serrer la main de mes nouveaux équipiers mais aucun ne m'avait dit bonjour. C'était chacun pour soi…"
"Les jeunes Britanniques étaient très forts. J'avais dit à mon père de prendre mon concurrent John Welsh à Anderlecht."
Parce que Jérémy Doku a dit non
S'il avait dit oui, comme son père le lui conseillait, Jérémy Doku aurait brisé cette vérité. En 2017, Liverpool avait invité le gamin d'Anderlecht et ses parents à visiter les installations du club. L'idée était de le faire signer le jour de ses seize ans et de l'intégrer aux U23 des Reds. Puis à l'équipe A pour en faire le successeur de Sadio Mané, selon l'aveu de Jurgen Klopp au papa Doku.
Mais l'actuel joueur de Manchester City a dit non, voulant d'abord réussir en Belgique. Quelques semaines plus tard, il signait son premier contrat pro à Neerpede, à la grande joie du nouveau boss Marc Coucke. "Je suis sûr que Liverpool aurait mis les petits plats dans les grands si Doku avait signé. Moi, à dix-huit ans et sans grandes références, j'avais déjà reçu l'appartement de 120 m² que Milan Baros avait laissé pour acheter une maison. J'étais le voisin du Sénégalais Salif Diao qui m'avait expliqué que je ne devais pas être choqué par l'attitude des Britanniques en U18. Ils étaient simplement déjà dans le moule pro où on ne te fait pas de cadeau. C'est là que j'ai compris que le foot n'était pas fait pour moi."
Parce que le Brexit est arrivé
En 2020, le Brexit a interdit aux clubs de football anglais de recruter des mineurs de l'étranger. Ce qui a changé beaucoup de choses pour la majorité des pensionnaires de Premier League mais pas pour Liverpool. À part pour quelques coups, style Doku, les Reds sont restés fidèles à leur philosophie britannique.
Aujourd'hui, la concurrence est plus rude pour attirer les meilleurs talents. Liverpool présente à chaque fois un argument en béton en montrant la liste des joueurs sortis de leur académie : Owen, MacManaman, Fowler, Carragher, Gerrard et, plus récemment, Alexander-Arnold, que des internationaux anglais. "Même s'ils n'ont pas d'étranger, le niveau des jeunes est dingue. Mon concurrent au poste de milieu défensif à mon époque s'appelait John Welsh. Je n'avais jamais vu un mec aussi fort mais il n'a même pas percé en équipe A. J'avais même dit à mon père de le recruter (rires)."
Chaque été, Liverpool récupère d'ailleurs de l'argent en vendant des garçons de son académie un poil trop courts pour les Reds. Et ce sera sans doute encore le cas avec la mise en vitrine de jeudi au Lotto Park.