Le président de l'Union Alex Muzio se livre après le sacre: "Certains m'ont dit espérer secrètement qu'on ne remporte pas le titre"
Après le titre de champion de Belgique, l'Anglais de 41 ans ne manque pas d'ambitions pour la saison à venir.
- Publié le 27-05-2025 à 20h10

C'est avec des petits yeux qu'Alex Muzio nous accueille ce mardi matin au Stade Marien. Dans la salle des trophées, où une étagère vide est prête à accueillir la Coupe de champion de Belgique 2024-2025, le président est attablé avec un verre d'eau et un café serré. De quoi donner des indices sur la manière dont il a vécu les derniers jours de fête…
Une fête qu'il a aussi célébrée avec sa femme mais aussi avec son fils de 8 ans et sa fille de 4 ans. "Mon fils adore l'Union mais ma fille se fiche totalement du football, lance l'homme de 41 ans habillé du sweat de l'Union. Elle n'a fait que râler toute la journée… Nous avons pris notre nounou à Bruxelles mais elle a tellement bu dimanche soir qu'elle a vomi toute la journée de lundi (rires). Nous avons bien fêté ce titre, je n'ai commencé à réaliser qu'à partir de la nuit de lundi à mardi."
Juste avant de retourner à Londres en train, Alex Muzio a décrypté la saison folle de son club pendant plus d'une heure. En se projetant déjà vers la saison prochaine. Avec une ambition aussi claire que ses petits yeux marqués par deux belles nuits de fête…
Alex, comment vous êtes-vous senti pendant la rencontre dimanche ?
"Je sentais qu'on allait le faire. Le déplacement à Anderlecht était le moment le plus stressant. C'était un match tendu avec ce penalty et ces 17 minutes de VAR qui n'ont pas aidé à rester zen… Nous avions l'impression d'être si proches et en même temps si loin. Dimanche, je pensais que j'allais être beaucoup plus stressé mais ce n'était pas le cas même après l'égalisation gantoise. En me voyant courir hors de la tribune à la pause, on m'a d'ailleurs demandé si je suis allé crier dans le vestiaire… mais je devais juste aller aux toilettes (sourire)."
En début de saison, quel était le pourcentage de chances de terminer champion d'après les datas ?
"Nous avions environ 32 % de chances avant le premier match. L'autre équipe (NdlR : Club Bruges) était à 40 % de chances. Notre pourcentage a beaucoup baissé durant la saison mais nous avons quand même toujours été bien placés pour atteindre les Champions playoffs. J'ai toujours été calme et j'ai toujours cru en cette qualification en Ligue des champions."
En début de saison, nous avions 32% de chances de remporter le titre.
Même quand l'Union était à quelques points de la relégation ?
"Cela peut paraître étrange mais je n'ai jamais regardé vers le bas. Je ne me suis jamais dit que nous allions nous battre pour le maintien. Nous avons une manière d'évaluer les performances qui est infaillible : il peut toujours se passer des choses durant un match mais si notre méthode nous dit que l'équipe joue bien, alors je n'ai aucun doute car je me fie toujours aux données. Nous avons toujours eu confiance en Pocognoli même s'il n'avait pas de crédit en réserve. Quand on a recruté Blessin par exemple, il y avait beaucoup de données positives à son sujet de ses anciens clubs. Si cela ne marchait pas tout de suite, on pouvait se dire : 'Donnons-lui du temps car il a prouvé dans le passé qu'il était bon.' Pocognoli est parti d'une feuille blanche."

Quelles sont les chances de le voir à la tête de l'Union la saison prochaine ?
"Elles me semblent très élevées à l'heure où on se parle. Je vais être très transparent : nous voulons qu'il reste et je pense qu'il va rester. Mais comme dans le passé, nous n'avons aucun contrôle là-dessus. Je ne vais de toute façon pas parler à sa place, il faut lui demander directement. Il a en tout cas été une pièce maîtresse de notre réussite et je serais choqué qu'il ne veuille pas coacher en Ligue des champions."
Comment comptez-vous convaincre certains joueurs cadres de rester à l'Union ?
"(Il sort son téléphone et lance l'hymne de la Ligue des champions) Avec cette musique (sourire). Ces trois dernières saisons, certains joueurs ont reçu des offres multipliant par 25 leur salaire net. C'est alors une décision facile quand il faut choisir entre une participation à l'Europa League avec l'Union ou multiplier son salaire par 25. Mais maintenant, on parle de Ligue des champions… Ce serait très compliqué pour nos joueurs d'être directement titulaire indiscutable dans l'une des 29 équipes déjà qualifiées en C1. Donc je pense que les décisions seront plus difficiles à prendre."
Les chances de voir Pocognoli à la tête de l'Union la saison prochaine me semblent très élevées.
On se doute que vous n'allez pas augmenter significativement les salaires des joueurs la saison prochaine…
"Sur les quatre dernières années, les salaires n'ont pas vraiment changé. Mais les bonus ont beaucoup augmenté. Je prévois la même chose pour la saison prochaine : je m'attends à ce que nos joueurs qui participent à la Ligue des champions gagnent bien mais pas qu'ils signent un nouveau contrat de quatre ans avec un gros salaire. Et puis, cela pourrait être positif pour les joueurs aussi. Prenons le cas de Franjo Ivanovic : s'il reste à l'Union et qu'on perd tous nos matchs de C1 en terminant sixième en championnat, son téléphone sonnera quand même lors de l'été 2026."

N'avez-vous pas une vision trop romantique de la situation ?
"Peut-être que je pense comme cela car tout le monde s'embrasse depuis dimanche en se disant : 'Vivement la saison prochaine !' Je pourrais avoir complètement tort et on pourrait se retrouver avec une équipe totalement différente la saison prochaine. Si c'est le cas, nous aborderons cela comme nous l'avons toujours fait. Mais je ne m'attends actuellement pas à un été mouvementé parce que je pense que la volonté de partir sera moins grande que dans le passé. La seule chose qui ne doit pas changer est notre façon de recruter : nous n'allons pas faire venir des stars, nous continuerons à trouver des joueurs prometteurs. Et si un joueur veut partir, nous nous mettrons autour de la table pour trouver un arrangement pour toutes les parties."
Je compte convaincre les joueurs de rester grâce à l'hymne de la Ligue des champions...
Avec l'équipe actuelle, pensez-vous pouvoir jouer un vrai rôle en Ligue des champions ?
"Si je me base sur les données, nous aurions une chance réaliste de nous qualifier dans le top 24. Parmi les 29 équipes déjà qualifiées, très peu sont d'un niveau inférieur à la nôtre mais il reste sept places à prendre. Nous verrons ce qu'il se passe."

Avez-vous déjà signé des joueurs en vue de la saison prochaine ?
"Nous l'avons souvent fait les saisons passées mais pas cette année. Nous sommes par contre en discussion avancées avec beaucoup de joueurs. Dans notre approche, nous commençons à discuter sérieusement avec les agents que quand c'est du sérieux. Certains clubs font du jonglage : ils approchent une multitude de joueurs différents en se montrant intéressés avant de faire leur choix. De notre côté, nous préférons lancer des discussions quand c'est du sérieux. Et c'est lancé avec quelques-uns d'entre eux."
Savez-vous déjà où se joueront les matchs européens à domicile ?
"Nous avons plusieurs options sur la table. N'importe quel stade situé à une heure et demie du Parc Duden semble être une option réaliste même si ce serait le scénario le plus pessimiste. Le stade de Gand ? Nous n'en avons pas encore discuté mais la distance du Parc Duden à Louvain ou à Gand est assez similaire. Nous allons évaluer les différentes options et choisirons la meilleure selon plusieurs critères : l'adaptabilité aux supporters, la génération de revenus, le prix, l'organisation, l'avis de la police ou de l'UEFA… Tous les critères ne seront malheureusement pas remplis mais nous choisirons la meilleure option possible."
Actuellement, nous aurions une chance réaliste d'être qualifié dans le top 24 en Ligue des champions.
Il paraît que certaines personnes au sein de grandes équipes belges espéraient secrètement que vous ne gagneriez pas le titre…
"Certains me l'ont dit (sourire). Ils trouvent cela difficile d'être derrière le Club Bruges qui a des énormes moyens financiers. Mais tant que Bruges reste aussi solide, ils peuvent dire à leurs supporters : 'Nous progressons et nous tenons le cap.' Maintenant, si une autre équipe commence à aussi prendre les devants, cela devient beaucoup plus difficile à vivre et à justifier. Quand j'ai dit à un président d'un autre club que notre budget n'allait pas changer en cas de titre de champion de Belgique, il m'a répondu : 'Ah oui ? Ouf !'"