Olivier Mottar, supporter du RWDM, raconte sa vie de hooligan : "Le football ne m'a jamais intéressé"
Olivier Mottar, leader du noyau dur des supporters du RWDM, nous offre une plongée dans le milieu du hooliganisme.

- Publié le 19-06-2020 à 08h20
- Mis à jour le 25-06-2020 à 22h08

Olivier Mottar, leader du noyau dur des supporters du RWDM, nous offre une plongée dans le milieu du hooliganisme.
Fondateur et leader du BCM 47, et puis du MCF, véritable noyau dur des supporters du RWDM, Olivier Mottar (Ole) est certainement LA figure emblématique du hooliganisme à Molenbeek. À bientôt 50 ans, et avant de se ranger définitivement, celui qui a aussi rencontré Pelé a accepté de se confier sur sa vie de hooligan, de mauvais garçon, pour une plongée au cœur d'un monde très fermé. L'espace d'une rencontre, il nous a raconté comment le jeune supporter qu'il était gamin, avec son écharpe et son drapeau, est devenu un hooligan à la réputation sulfureuse.
"Mes premiers pas dans un stade, c'était en 1978… à Anderlecht. Gamin, j'ai d'abord été un supporter d'Anderlecht, c'était le grand club de l'époque. Et puis, un jour de 1982, mon père, qui habitait juste en face du stade Machtens, m'a emmené voir un match entre le RWDM et le Standard. J'ai pris place dans le bloc A et j'ai tout de suite été émerveillé par l'ambiance qui régnait dans ce stade. En sortant, mon père m'a acheté une écharpe du RWDM et c'était parti", explique-t-il.
Tombé amoureux des quatre lettres magiques, Olivier Mottar devient un inconditionnel du RWDM. "J'ai acheté un drapeau et je me rendais même seul au stade. Au départ, je prenais place dans les tribunes dites calmes mais il n'a pas fallu attendre longtemps pour que je me retrouve dans le kop. Petit à petit, je m'incruste, les fréquentations commencent et c'est là que je fais connaissance avec les pontes de l'époque, le noyau dur déjà présent avec la Molenbeek Army et puis l'arrivée des Brussels Boys en 1985."
Olivier n'a que 13-14 ans mais il est déjà présent lors des déplacements chauds. "À l'époque, les jeunes rentraient très tôt dans une 'firm'. Je me souviens de ces déplacements qu'on faisait à six dans une même voiture. Ça sentait bon."
Petit à petit, le jeune supporter qu'il était, avec son écharpe et son drapeau, qui attendait avec impatience de voir les joueurs monter sur la pelouse le dimanche à 15 h, commence à changer de voie, à prendre celle des supporters plus chauds. "Je n'étais pas un bagarreur mais j'ai toujours aimé le contact. La voie était donc toute tracée pour moi. Suiveur au départ, car j'étais avec des gens beaucoup plus âgés, j'ai grandi, évolué à leurs côtés, et je me suis fait une place."
Olivier Mottar ne s'en cache pas, le football ne l'a jamais vraiment attiré. "Le foot ne m'a jamais intéressé. J'ai joué au football lorsque j'étais gamin mais ça n'a jamais été une passion. Moi, ma passion, c'était la fight. J'allais au football pour ça. Pas au début quand j'y allais avec mon drapeau, mais plus tard, oui. Fils de parents séparés, adepte des sports de combat, face à un père très autoritaire, j'ai eu besoin de m'affirmer."
Plonger dans le hooliganisme fut alors une sorte d'échappatoire. "Qu'est-ce que tout ça m'apportait ? Du respect, une notoriété, même si je ne la demandais pas."
Avec un moteur pour le guider : l'adrénaline, l'excitation. "L'adrénaline est le moteur. Quand j'allais au stade, je ne regardais plus les matchs, je regardais les tribunes. On se scrutait, on essayait de trouver un moyen d'aller au contact. C'est une sorte de défi, celui d'être le plus fort. À notre manière, nous portons les couleurs et le logo du club. Aujourd'hui, le RWDM est connu partout en Europe, certes grâce aux résultats sportifs du club par le passé, mais aussi grâce aux hooligans. Le RWDM est un club respecté dans le monde des Ultras."
Malgré le danger que ce milieu pouvait occasionner, Olivier Mottar n'a jamais craint pour sa vie. "Je n'ai jamais eu peur. Bien sûr on peut recevoir des coups, mais je n'ai jamais eu de blessures graves. En Belgique, même dans le milieu du hooliganisme, il y a certaines règles. En Italie, c'est la ceinture, les couteaux ; ici, il y a une sorte de code d'honneur. Il y avait des bons, il y avait des moins bons, mais au final nous étions tous frères."
Mais, aujourd'hui, il est temps pour Olivier Mottar de se ranger. "J'approche de la cinquantaine, je suis marié, j'ai trois enfants, il est temps de passer la main. Mais la relève est assurée avec M. F., nouveau leader du MCF."
D'Alost 1989 à Alost 2019
Alost, Anvers, Anderlecht, Liège, Lierse, Olivier Mottar a vécu des bagarres mémorables.
Durant sa carrière de hooligan, Olivier Mottar en aura vécu, des bagarres. Impossible d'en établir toute la liste mais celles avec les clubs rivaux ont été les plus marquantes. On se souvient notamment des incidents qui avaient émaillé la rencontre RWDM - RFC Liège en septembre 2018.
"Nous n'étions pas dans notre tribune habituelle, mais nous avions pris des tickets en bloc C, proche de la tribune où étaient situés les supporters liégeois. Rien n'était prévu mais, d'un coup, sur une étincelle, mon cerveau a vrillé à 180 degrés, je suis sorti, j'ai fait tomber une première grille et je me suis retrouvé face aux Liégeois."
S'il y a bien un endroit qu'il n'oubliera pas, c'est Alost. C'est d'ailleurs là qu'il a bouclé la boucle.
"En 1989, nous avions vécu une bagarre mémorable à Alost, dont j'ai gardé une cicatrice, mordu au cou par un chien. Ce jour-là, j'étais resté au commissariat jusqu'à 1 heure du matin, où mon père, très fâché, est venu me chercher. Et, trente ans plus tard, nous y sommes retournés pour un fight tout aussi mémorable. Pendant tout le match, on a cherché le contact et, à la fin, on a trouvé cette brèche. On a pu ouvrir une grille, une seconde, et puis on s'est retrouvés sur le terrain et les échanges ont commencé. C'était phénoménal. "
"Le hooliganisme est devenu plus difficile aujourd'hui"
Avec la loi football et une surveillance policière accrue, la vie d'un hooligan en 2020 est bien plus compliquée qu'elle ne le fut par le passé. "Le hooliganisme, c'est devenu très difficile aujourd'hui. Il est toujours présent mais le contact est de plus en plus difficile. Les lois ont été durcies, les amendes et les interdictions de stade en refroidissent plus d'un. Mais surtout les mentalités ont changé depuis l'apparition des réseaux sociaux. Aujourd'hui, beaucoup s'autoproclament hooligans mais, au final, ils restent planqués derrière leur écran d'ordinateur."
Les contacts entre supporters adverses sont également plus contrôlés que par le passé. "Même si on risquait la correctionnelle pour des faits de hooliganisme par le passé, il y avait plus de libertés. Il suffisait de prendre sa voiture et de se rendre au stade, même en déplacement. Aujourd'hui, tous les déplacements à risques se font en combi-car."
Il a failli devenir… policier
Habitué des bagarres en marge des rencontres de football, et donc de devoir faire face aux forces de l'ordre, Olivier Mottar a bien failli devenir policier.
"À la fin de mes humanités, je ne savais pas trop vers quoi me diriger. En 1992, j'ai donc décidé d'envoyer ma candidature à la police, qui a été acceptée. Mais, vu le monde qui faisait la file devant le bâtiment ce jour-là, j'ai fait demi-tour et je suis rentré à la maison."
Deux ans plus tard, il envoie à nouveau sa candidature, et cette fois-ci va jusqu'au bout. "J'étais peut-être un peu plus mûr. J'ai passé et réussi mes examens d'admission à la police en 1994. Six mois plus tard, je postulais pour un poste de sous-officier à la gendarmerie."
Mais, alors qu'il est en train de passer ses examens pour rejoindre les forces de l'ordre, Olivier Mottar vit pratiquement une double vie. "À l'époque, je fréquente le milieu de la nuit et je plonge dans une affaire d'extorsion, j'étais le genre de gars qui reprenait les créances de certaines personnes et devait récupérer l'argent, avec tout ce que ça engendre. C'est là que tout s'écroule pour moi puisque, pendant que je suis en train de passer mes derniers examens à la police, je suis condamné lors d'un jugement au tribunal. Je pouvais faire une croix sur ce métier de policier."
Au lieu de devenir policier, Olivier Mottar a exercé le métier de portier pendant 17 ans. Là aussi, la bagarre était au rendez-vous. "J'ai travaillé dans plusieurs boîtes de nuit, tout en ayant en parallèle cette vie de hors-la-loi, qui m'a aussi valu un séjour dans les prisons de Jamioulx et Nivelles."
