Thierry Dailly ne veut pas vendre le RWDM mais s'entourer : "Des partenaires financiers pour monter en D1A"
Thierry Dailly ne souhaite pas vendre le RWDM, mais veut s'entourer tout en conservant la présidence.

- Publié le 27-03-2021 à 00h20
- Mis à jour le 27-03-2021 à 17h12

La saison du RWDM n'est pas encore terminée mais depuis la semaine dernière, son maintien est assuré. Alors que l'obtention de la licence est en bonne voie, c'est l'occasion de faire le bilan de cette saison en compagnie de Thierry Dailly, d'évoquer cette année rythmée par le Covid mais aussi l'avenir du RWDM et l'arrivée de potentiels investisseurs dans un avenir plus ou moins proche.
Thierry Dailly, sportivement, peut-on parler de saison réussie pour le RWDM ?
"Si on parle uniquement des objectifs, nous sommes évidemment heureux. Si on nous avait dit que nous aurions 12 points d'avance sur la place de relégable à la trêve, nous aurions signé des deux mains. Notre plus grande fierté, c'est d'avoir été chercher ce maintien sur le terrain. Nous pourrions être mieux classés mais je suis ravi d'avoir vécu une saison sans stress sur le plan sportif."
Cela fait un an que notre quotidien rime avec Covid. Comment avez-vous traversé cette année ?
"C'est une année au cours de laquelle on s'est posé énormément de questions, où on s'en pose toujours. Je ne dois pas être le seul président de club à ne pas dormir. C'est la pire année que j'ai vécue. Cette année a été celle des remises en question quotidiennes, des incertitudes, financières mais aussi au niveau de la santé avec ces tests Covid tous les trois jours. On redoute à chaque fois la sentence qui nous privera de tel ou tel joueur. Je me souviens encore de ce mois d'octobre où je me suis retrouvé seul au stade pendant trois semaines parce que le Covid avait pris le contrôle du club. Ce sentiment d'impuissance, il a été très difficile à accepter."
Le club a-t-il été en péril durant cette année ?
"Ma force de caractère fait que je n'aurais jamais lâché mais oui, le club aurait pu se retrouver en difficulté. Tout simplement parce que plus aucune recette ne rentrait et que nous étions à 120 % de frais. Le manque à gagner, je le chiffre à 500 000 euros, soit le quart de mon budget. C'est énorme. Heureusement, depuis que nous avons relancé le RWDM, je suis très à cheval sur les chiffres, sur la stabilité financière du club et même lorsque nous sommes montés en D1B, nous n'avons fait aucune folie financière. Il n'y a aucune émotion dans ma gestion, seule la raison compte, ce qui fait que le bateau ne s'est jamais retrouvé en position de couler."
Vous pourriez traverser une deuxième saison comme celle-ci ?
"Je ne veux pas revivre une saison comme celle qu'on vient de vivre. C'est tout simplement impossible de recommencer une saison dans les mêmes conditions. Mentalement, nous sommes vidés. Et puis j'en ai marre de voir ces matchs sans public au cours desquels on s'ennuie, on s'énerve et où on ne voit que du négatif. Aujourd'hui, je n'ai plus de plaisir à aller voir des matchs sans nos supporters, sans saveur. En six ans, je n'ai raté aucune rencontre officielle de mon équipe mais cette saison, j'ai parfois dû me motiver pour y aller. Pour la première fois de ma vie, je n'ai qu'une hâte, c'est que la saison se termine."
Il faut être passionné pour être un président aujourd'hui ?
"C'est plus que de la passion. C'est de l'amour pour mon club. Une passion que je partage avec tous les membres du club, désireux de construire l'avenir du RWDM. Des personnes qui ne comptent pas leurs heures pour permettre au club de vivre et de grandir."
Cette passion sera-t-elle suffisante pour franchir la dernière étape et emmener le RWDM en D1A ? Ou cela passera-t-il par l'arrivée d'investisseurs ?
"Je l'ai toujours dit ; je ne m'en suis jamais caché. Dans mon business plan, le but était de rejoindre le football professionnel et ensuite d'ouvrir mon actionnariat. Ce but est toujours là, mais cela ne se fera pas avec n'importe qui. Je ne cache pas que je cherche des partenaires financiers pour nous aider à franchir un nouveau cap mais contrairement à d'autres clubs passés par là, je ne suis pas dans l'obligation de vendre. Mon club est sain. Je sais toutefois que pour grandir, il faut investir. C'est pour ça que je cherche des partenaires financiers qui nous permettront de nous tourner vers l'étape suivante. Un club comme le RWDM doit être en D1, il ne faut pas stagner en D1B."
Vous avez déjà rencontré d'éventuels investisseurs ?
"Ça fait plus de deux ans que je suis occupé. Même lorsque nous étions en D1 amateurs, il y avait déjà de l'intérêt de la part d'investisseurs. Mais pour nous rejoindre, ils doivent partager les valeurs et la passion d'un club comme le RWDM. Si un investisseur arrive au club, il est important qu'il conserve son identité bruxelloise. Quoi qu'il arrive, tant que j'en serai capable, je resterai le président du RWDM. Pas question de voir un investisseur débarquer à Molenbeek pour tout chambouler comme on a pu le voir dans d'autres clubs. Je ne suis pas là pour vendre le club, je suis à la recherche de partenaires financiers qui nous permettront de conserver cette continuité."
"Avec le Covid, c'est compliqué de se projeter"
Après une première saison en D1B au cours de laquelle le RWDM a construit les bases pour les années à venir, peut-on s'attendre à plus d'ambitions au cours de la prochaine saison ? Voilà bien une question à laquelle Thierry Dailly ne peut pas répondre pour l'instant, la faute au Covid. "Des ambitions, j'en aurai toujours, mais tout dépendra si ce sera avec ou sans Covid. Je veux faire progresser le club mais avec le Covid, on ne sait vraiment pas vers où on va ; nous n'avons aucune perspective stable pour les mois à venir. On ne sait pas quand le public pourra revenir au stade, comment on doit organiser notre campagne d'abonnements alors que nous sortons d'une saison où le manque à gagner a été très important. Même si nous devrions maintenir l'équilibre budgétaire grâce au soutien de nos sponsors, face à cette situation financière qui se situe à la limite, il est impossible pour moi de me projeter aujourd'hui sur nos ambitions pour la prochaine saison. C'est compliqué de se projeter car on ne sait pas quand on va sortir de cette situation."
Des départs seront toutefois annoncés dans les prochains jours, mais le but de la direction sera de ne pas trop chambouler l'effectif. "Ceux qui devront partir partiront ; nous avons été très transparents avec eux à ce sujet. Mais notre première mission sera de tout faire pour conserver l'ossature du noyau actuel."
Reste à savoir si le club aura les reins assez solides pour attirer des joueurs capables de faire passer un cap à cet effectif. "Je ne ferai bien sûr pas de folie mais si un bon joueur est accessible, qu'il correspond aux valeurs du club, je le ferai signer le plus rapidement possible."
"Nous n'avions pas l'équipe pour la deuxième place"
En début de saison, les observateurs indiquaient que le maintien se jouerait entre le RWDM et le Lierse. Mais très vite, les Molenbeekois ont prouvé qu'ils avaient des armes pour jouer un rôle bien plus en vue. "Il a fallu construire une équipe en l'espace d'un mois et demi mais j'ai vite compris au travers des matchs amicaux qu'il y avait de la musique dans cette équipe. Notre naïveté de la première défaite au Lierse a rapidement été corrigée et notre victoire lors de notre premier derby contre l'Union a été le déclic. Nous avons été la première équipe à les battre et ce jour-là, nous avons pris conscience de notre potentiel."
Il y a toutefois quelques regrets dans les paroles du président du RWDM. "Je reste un peu sur ma faim car nous aurions pu aller chercher plus , assure-t-il. Nous avons eu de bonnes périodes, nous avons joué à merveille notre rôle d'outsider en battant les meilleures équipes de la série comme l'Union, Seraing ou encore Westerlo. Mais j'ai quelques regrets par rapport à certains matchs où nous avons perdu des points qui nous auraient permis de terminer plus haut. Par contre, je sais aussi que nous n'avions pas l'équipe pour aller chercher la deuxième place."
Quel format pour la D1B la saison prochaine ?
Le RWDM, s'il obtient sa licence, ce qui semble être en bonne voie, sera en D1B la saison prochaine. Un championnat dont on ne connaît pas encore le visage, la faute à un désaccord sur le nombre d'équipes U23 à y intégrer. "Le projet mis sur la table, c'est la plus grosse bêtise que je n'ai jamais vue. Quelle est la plus-value pour les jeunes, et les équipes déjà présentes, d'intégrer huit équipes U23 à la D1B ? On se serait retrouvé avec un championnat à deux vitesses mais aussi face à des pertes liées aux droits télévisés car je ne suis pas sûr qu'Eleven était prêt à retransmettre des matchs de jeunes. Et pour les clubs aussi, cela aurait eu un impact. Malgré tout le respect que j'ai pour ces jeunes, je ne suis pas certain que les supporters se déplacent pour assister à des matchs face à des U23. Si ce projet était passé, c'était la mort de la D1B. Je ne suis pas contre l'idée mais ça doit rester une plus-value pour la D1B."
