De Saint-Josse à la Ligue des champions via Mouscron, l'Union, Chelsea et Dubaï : l'incroyable parcours d'Ibrahim Salah qui affronte le Real Madrid
L'attaquant belgo-marocain Ibrahim Salah a connu la galère avant d'atteindre le haut niveau avec Gand, puis Rennes et Brest. Récit.

- Publié le 28-01-2025 à 14h09
- Mis à jour le 28-01-2025 à 17h22

Ses copains du Stade Everois ou du KV Woluwe-Zaventem n'en reviennent sans doute toujours pas. Ibrahim Salah, "le petit joueur technique qui avait un retard de croissance", évolue désormais au plus haut niveau européen et s'apprête même à défier le grand Real Madrid, ce mercredi. "C'est incroyable, on écrit l'histoire du club. On savait qu'on allait tout faire pour gagner les matchs comme on l'a fait. On s'est donné à fond, ça a payé", se réjouissait-il en novembre quand le Stade Bretois avait déjà quasiment validé sa qualification pour le deuxième tour en démarrant avec 10 points sur 12.
S'il lui sourit désormais allégrement, le destin n'a pourtant pas toujours gâté ce Belgo-Marocain né à Saint-Josse en 2001. La rue Verbist fut le terrain de ses premiers pas, les pelouses d'Evere et de Zaventem l'ont vu inscrire ses premiers buts, dès l'âge de 8 ans. "Ensuite je suis parti à l'Union Saint-Gilloise. J'ai commencé ma première année en élite, mais je me suis blessé au doigt, et je suis revenu en groupe B. J'ai joué 3 ans en groupe B de mes 13 à 15 ans", a raconté Salah il y a deux ans à Stade Rennais Online, quand il venait de rejoindre la Bretagne depuis La Gantoise.
Mais avant d'éclore avec les Buffalos, Ibrahim a connu la galère. Après l'Union, le jeune ailier a rejoint l'équipe élite de l'Excel Mouscron, avant de signer au Beerschot à 17 ans. "Mais à la fin de l'année, le directeur sportif me dit qu'ils vont recruter beaucoup de joueurs, que je n'ai pas le niveau, qu'il ne croit pas en mes qualités, que je ne deviendrai peut-être pas professionnel, et qu'ils veulent m'envoyer en prêt en 3e division. J'ai refusé directement."
Je suis resté 4 mois à Leicester, ils faisaient tout pour que je signe.
Le voilà ainsi sans club et sans agent, à 18 ans. Ibrahim reprend une vie normale à Bruxelles, jusqu'à ce que le hasard s'en mêle. "Un jour, je suis à la maison et mon frère me dit d'aller courir. À la fin de mon footing, je vois des potes qui jouent en 5 contre 5. Je joue un peu avec, et là, j'aperçois un gars qui était venu voir un de ses joueurs. Il me propose de faire un tournoi à Bristol, en Angleterre."
Des tests partout en Angleterre
C'est le début d'une période très animée, mais finalement peu fructueuse. Après Bristol, il est contacté par plusieurs clubs et effectue des essais à Brighton, Leicester City et même Chelsea. Au total, il enchaîne treize tests en dix-huit mois, tout en étant logé par son contact à Birmingham. Le problème, c'est qu'il était toujours affilié au Beerschot. "Je faisais des tests qui ne servaient à rien, vu que j'avais des problèmes d'administration. Je suis resté 4 mois à Leicester, ils faisaient tout pour que je signe. Il y avait aussi Brentford, c'étaient les deux clubs que j'avais."

Finalement, le revoilà à son point de départ, en Belgique, à 19 ans. Puis arrive une occasion qu'il n'aurait jamais imaginée : un club professionnel de Dubaï le contacte. Les essais sont concluants et un contrat de cinq ans lui est proposé, avec un joli salaire à la clef. Sauf que la sage parole de son papa l'a finalement fait décliner cette proposition, pour ne pas se fermer les portes du football européen.
C'est ainsi que La Gantoise lui a proposé de venir s'entraîner, avec d'abord une convention de 700 € pour six mois. Jusqu'à devenir pro, à force de briller avec l'équipe réserve, en 2021. La blessure de Tarik Tissoudali lui permet de prendre du temps de jeu en équipe première la saison suivante (3 buts en 21 matchs). Puis arrive le Stade Rennais en janvier 2023. "J'étais au cinéma, mon frère m'appelle et me dit 'je crois que ça va se faire'. Je lui demande quel club et il me répond 'Rennes'. J'ai directement quitté la salle de cinéma, je m'en foutais du film."
Je sais que le coach a confiance en moi.
Le lendemain, il prenait la direction de la Bretagne pour signer un contrat de 4 ans dans le club d'Arthur Theate. Deux mois plus tard, Walid Regragui le convoquait en équipe nationale du Maroc pour affronter le Brésil… Même s'il n'a pas encore reçu à ce jour du temps de jeu avec les Lions de l'Atlas, Ibrahim Salah sait que sa carrière est désormais lancée et que les occasions ne manqueront pas dans les prochaines années.
Prêté l'été dernier à Brest, il espère faire lever son option d'achat en fin de saison. Ses performances (1 but et 1 assist en 16 matchs) sont encore modestes, mais le Bruxellois reste positif. "Je ferai tout pour que le coach m'utilise un maximum ; ça va venir avec le futur. Je sais que le coach a confiance en moi, il me l'a déjà dit", a-t-il expliqué il y a deux mois.