Thomas Didillon, prêté à Monaco: "Au départ, c'était juste un Erasmus"
Thomas Didillon a quitté le Cercle pour le Monaco de Philippe Clement cet été. Un prêt inattendu pour l'ancien Anderlechtois.
- Publié le 29-07-2022 à 06h47
- Mis à jour le 30-07-2022 à 10h30

C'est peut-être la plus belle histoire du mercato cet été chez nous. L'histoire d'un stage de deux semaines qui se transforme en contrat d'une année. L'histoire d'un gardien de 26 ans qui passe du ventre mou en Belgique au top en Ligue 1 et à la Ligue des champions, dès ce mardi contre le PSV Eindhoven au troisième tour préliminaire. L'histoire de Thomas Didillon.
Thomas, racontez-nous comment vous êtes passé du Cercle à Monaco.
"J'ai repris la saison au Cercle. Puis au bout d'une semaine, le directeur sportif brugeois vient me proposer une chouette expérience : aller m'entraîner à Monaco pour me mesurer à un niveau encore plus compétitif. Je devais y rester deux semaines. Puis Monaco partait se préparer au Portugal pendant que le Cercle venait en stage ici, à Monaco. Moment où je devais réintégrer le noyau brugeois. C'était pratique. Mais Monaco m'a pris au Portugal. On m'a demandé de rester une semaine de plus. Puis encore une de plus. J'étais une sorte d'intérimaire (sourire)."
Quand un compétiteur comme vous débarque pour un stage à Monaco, il doit quand même avoir dans un coin de sa tête l'ambition de convaincre et de rester, non ?
"Bien sûr. Je suis surtout arrivé avec l'idée d'être une éponge, d'apprendre de nouvelles choses. Je pensais quand même vraiment que j'allais retourner au Cercle. Dans ma tête, j'allais jouer une saison de plus en Pro League."
Puis Philippe Clement a décidé de vous conserver cette année dans son noyau. Il vous a expliqué pourquoi ?
"Il m'avait d'abord expliqué le pourquoi de ce stage de deux semaines. On pouvait voir ça comme un voyage Erasmus pour un étudiant (rires). Puis quand Monaco a décidé de me garder, le coach m'a dit que son effectif était assez jeune et que mon profil pouvait lui être utile. J'ai 26 ans, j'ai de l'expérience mais sans être vieux. Je pouvais donc garder le contact avec les jeunes. Il a aussi vu une marge de progression chez moi. Les installations de la Turbie (NdlR : le centre d'entraînement de Monaco) pourraient m'aider à mieux me développer."
Vous avez vu une grosse différence entre le Cercle et Monaco ?
"Pas tant que ça dans le travail fourni. Il y a plus de moyens à Monaco mais l'intensité à l'entraînement n'est pas très différente. Les relations entre les deux clubs font qu'il y a beaucoup d'échanges. C'est une vraie synergie."
Mais il y a quand même une grande différence : à Monaco, vous serez la doublure de l'Allemand Alexander Nübel. Êtes-vous prêt à rester dans l'ombre ?
"Le rôle est différent mais l'implication ne change pas. Je dois être performant à l'entraînement en tirant tout le monde vers le haut. Je dois pousser le numéro un et épauler le numéro trois, un jeune avec beaucoup de potentiel. Je suis une sorte de catalyseur dans le groupe. Quand tu es numéro un, ta seule mission est d'être performant. Ici, j'ai un rôle plus élargi. Ce n'est pas ce qui va m'empêcher de challenger le titulaire et de le pousser à performer."
Depuis le rachat du Cercle par l'ASM (en 2017), il y a eu une période où les jeunes talents de Monaco avaient dû mal à accepter un prêt à Bruges. Comme si c'était une punition. Votre présence peut-elle aider à encore faciliter la passerelle ?
"Oui, bien sûr. Ça ne m'étonnerait pas que je fasse la passerelle entre les deux clubs. Je pourrai expliquer à quel point le championnat belge peut aider au développement. Même si les nombreux talents sortis ces dernières années sont des preuves vivantes. Moi-même, je peux être un exemple de ce modèle dans la synergie."
Si on vous parle de la date du 1er octobre 2016, ça vous dit quelque chose ?
"J'étais en Ligue 1 avec Metz mais ça ne me dit rien de plus."
Vous receviez Monaco ce jour-là.
"Oh oui… On en avait pris sept (0-7), la plus grosse défaite de ma carrière pro. Mais bon, on n'avait pas été les seuls à ramasser contre Monaco cette saison-là. Il y avait une équipe de fou avec Bernardo Silva, Fabinho, Thomas Lemar… Et le jeune Kylian Mbappé faisait ses débuts. Je me souviens que le gardien Danijel Subasic n'avait pas touché un ballon. En lui serrant la main à la fin, je lui dis : 'Bon match.' Il s'était marré."
Dans un mois, le 28 août, Monaco se déplace au Parc des Princes. Vous retrouverez Mbappé mais aussi Messi et Neymar.
"Si vous parlez au gardien, je vais vous dire que ces joueurs ont deux bras et deux jambes. On se doit de gérer ses émotions et de rester froid pendant le match. Mais après ma carrière, l'être humain que je suis sera fier de pouvoir le raconter."
Ce samedi à 16 h, vous serez devant votre télé pour suivre Cercle - Anderlecht ?
"Je vais essayer si le programme le permet, parce que c'est le Cercle. Je vais quand même continuer à suivre la Pro League. Avec les années, la Belgique était devenue ma petite France à moi. Je suis convaincu que le Cercle peut encore embêter le Sporting cette saison. La direction a fait le choix de la stabilité et ça peut payer."
Il paraît que vous aimez bien Felice Mazzù.
"C'est vrai, même si je ne le connais pas personnellement. C'est un coach qui est parti de rien et qui a prouvé beaucoup de choses. Son échec à Genk m'avait fait mal au cœur. Tu sentais qu'il ne pouvait pas s'exprimer librement. Mais ailleurs, il a réussi des choses fantastiques. Je suis toujours en contact avec des joueurs d'Anderlecht. Ils me disent qu'humainement, c'est le top. L'aspect relationnel est une grande force dans le management aujourd'hui."
Il a relancé votre pote Adrien Trebel.
"Mazzù lui a donné 90 minutes et regardez ce qu'il en fait. Il n'y a rien d'autre à ajouter. Adrien est un des meilleurs médians de Belgique, si pas le meilleur. Il pourrait encore aider beaucoup de clubs en Ligue 1 et ailleurs."
Mazzù avait cité votre nom à la direction de Genk quand il est arrivé là-bas.
"C'est vrai ? Je ne le savais pas mais c'est chouette (sourire)."
Quand vous aviez quitté Anderlecht pour le Cercle il y a deux ans, ça ressemblait à un pas en arrière. Mais finalement, le choix était bon, non ?
"Imaginer que c'était un pas en arrière est une analyse trop réductrice. J'avais plus de responsabilités dans le groupe et le Cercle se développait très bien. Je suis fier d'avoir aidé à construire l'identité là-bas. Ça n'a pas été simple tous les jours mais on a fini par marquer l'histoire du Cercle avec notre série (NdlR : 8 victoires en 9 matchs pendant l'hiver). Monaco, c'est la cerise sur le gâteau."