François Duval: "On m'a traité de pire manière que les terroristes"
"J'ai arrêté parce que je ne voulais pas me tuer". François Duval revient sur les raisons objectives de son retrait en WRC.
- Publié le 03-11-2016 à 10h23
- Mis à jour le 03-11-2016 à 12h11

François Duval revient sur les raisons objectives de son retrait en WRC. À l'occasion des dix ans de sa première victoire condrusienne, François Duval effectuera, ce week-end, un énième retour en rallye.
En 2006, un an après votre victoire mondiale en Australie, vous remportiez le Rallye du Condroz, déjà avec l'équipe First et André Leyh. Quel souvenir en gardez-vous ?
"Très bon, évidemment. Après la fin de mon contrat Citroën, on a essayé de se relancer cette année-là en privé avec Willy Collignon et la Skoda Fabia WRC. Le problème est que, comme Kronos à l'époque et d'autres, on s'est laissé avoir par Kizz Me qui n'a jamais respecté ses promesses. J'ai quitté Red Bull pour signer avec eux, une grave erreur. First avait avancé l'argent et s'est presque mis en faillite. Cette victoire en fin d'année au Condroz nous a mis un peu de baume au cœur."
C'était le début de la fin pour vous en WRC. Avec le recul, pouquoi n'avez-vous pas réussi la carrière en Mondial à laquelle tout le monde vous prédestinait ?
"Car tout est arrivé beaucoup trop vite pour moi. J'étais quelqu'un de casanier, qui n'aimait pas quitter le garage et le cocon familial. Et, du jour au lendemain, je me suis retrouvé propulsé en Championnat du Monde. J'ai été déraciné. C'était un véritable choc, une vie compliquée à laquelle je n'étais pas préparé. Je parcourais la planète et je passais trois jours par mois à la maison. Mon erreur a été de ne pas me concentrer à 100 % sur mon job de pilote comme tous les autres. Quand j'étais à Singapour, Loeb passait son temps sur son ordinateur à visionner les spéciales du prochain rallye. Moi, je parcourais les petites annonces pour chercher des bonnes Toyota d'occasion à racheter. Je n'ai pas consenti les efforts nécessaires. Aujourd'hui, je parle mieux l'anglais avec certains de mes clients que lorsque Malcolm Wilson, alors mon patron chez Ford, me le demandait."
Vous avez changé ?
"Tout le monde change entre 20 et 40 ans. J'étais un sale gamin, difficile et renfermé. Désormais, j'ai mûri. Je suis plus ouvert, plus souple. J'analyse plus."
On vous voit parfois au karting avec votre jeune fils Antoine. L'imaginez-vous déjà faire du rallye plus tard ?
"Je ne le pousserai pas là-dedans comme l'a fait mon père. Je ne vais pas me ruiner pour l'aider. S'il aime le rallye plus tard, je lui conseillerai juste de se faire plaisir comme je le fais aujourd'hui."
Votre papa René, ancien bon pilote amateur, vous en a-t-il voulu d'avoir arrêté votre carrière ?
"Il a été déçu, oui. Il a cassé sa tirelire pour me faire débuter et gravir les échelons. Il me voyait champion du monde… Il m'en a voulu de la manière dont j'ai géré cela."
Pourquoi avoir subitement tout arrêté ?
"Depuis 2006, je roulais dans de mauvaises conditions, deux ou trois fois par an. Je manquais de rythme, de condition physique. Et à chaque fois que je débarquais sur une épreuve, la pression des copains, des supporters, de la presse était énorme. On s'attendait toujours à ce que je monte sur le podium, à ce que je réalise des exploits face à un gars comme Loeb qui roulait tous les quinze jours dans la même auto depuis dix ans. Au Japon, j'ai failli tuer mon copilote, le pauvre Patrick Pivato. Cela m'a marqué. J'ai passé dix jours au Japon, seul, à ne rien savoir lire sur les panneaux. J'étais perdu. J'avais une femme, je ne gagnais pas d'argent, j'en avais marre des promesses non tenues des sponsors. Je devais prendre des risques de fou pour compenser. J'ai arrêté parce que je ne voulais pas me tuer."

"Ne surtout pas m'allumer"
Le pilote de Cul-des-Sarts débute chez nous avec la Hyundai i20 R5 de chez First.
La véritable vedette du Rallye du Condroz, c'est bien lui. Absent depuis son crash en 2009 aux commandes d'une Mitsubishi déjà partagée avec André Leyh, François Duval est de retour. Avec une belle revanche à prendre après sa sortie de route alors qu'il menait facilement devant Freddy Loix au Rallye de Wallonie.
"Je regrette encore cette sortie aujourd'hui. Je n'ai vraiment pas compris ce qui nous est arrivé. C'est sans doute un mauvais concours de circonstances : le Wallonie est mon rallye préféré et j'étais un peu trop chaud. Je savais que les spéciales du dimanche me seraient moins favorables et je voulais encore creuser l'écart sur Freddy. J'étais crevé aussi car la Citroën est une voiture délicate à piloter. Lorsque j'ai remis les gaz, elle s'est mise à l'équerre. C'est vraiment une bête sortie."
Le fait d'avoir été aussi compétitif dès votre retour vous a donné l'envie de remettre le couvert ici ?
"Disons que, quand André Leyh nous a contactés avec l'idée de reformer notre équipage dix ans après, je n'ai pas hésité longtemps à dire oui. Je suis débordé de boulot au garage et j'ai besoin de décompresser, de changer d'air. Et puis, j'ai envie de donner à mon fils une autre image de moi qu'un papa garagiste. Je veux qu'il me voie comme un pilote. Cela le motivera peut-être un peu plus pour le karting. Il comprendra pourquoi on a déjà deux karts à la maison. Malheureusement, pour l'instant, je n'ai plus trop le temps d'aller rouler avec lui. Alors, il joue plutôt au foot. Et bientôt, il pourra jouer avec une petite sœur puisqu'avec Marion on attend un deuxième enfant pour la fin mars."
Avez-vous été étonné de devancer Freddy pour votre retour ?
"Je n'ai jamais perdu confiance en mes capacités. Cela me faisait plaisir d'être trente secondes devant lui à la régulière. Mais, au final, il a bien dû rigoler que je sois sorti de la route."
Quelle est votre ambition pour ce Rallye du Condroz ? Une troisième victoire ?
"Je n'ai plus roulé depuis fin avril et je ne veux surtout pas m'allumer. Je ne connais pas bien ce rallye, contrairement au Français qui a roulé ici l'an dernier. Je ne vais pas m'exciter à vouloir directement signer des scratches. J'ai envie de terminer. Je préfère terminer deuxième ou troisième que de sortir à nouveau."
Comment se sont passés vos essais avec votre nouvelle monture, la Hyundai i20 R5 ?
"Bien. La voiture bénéficie d'un bon moteur plus coupleux que celui de la DS3, d'une bonne boîte et d'un bon habitacle. Mais elle est encore un peu nerveuse de l'arrière. Elle a tendance à décrocher en milieu de virage ce qui n'est pas trop rassurant s'il fait gras. On va donc, bien évidemment, encore essayer de trouver de meilleurs réglages."

"On m'a traité de pire manière que les terroristes"
Le dépanneur va en appel dans son procès pour complicité d'escroquerie à l'assurance.
François Duval a récemment été à la Une de certains journaux, mais pas pour ses exploits sportifs. Le garagiste de Cul-des-Sarts a, en effet, été condamné pour complicité dans un procès d'escroquerie à l'assurance.
"Je me suis fait lyncher médiatiquement dans l'affaire. J'ai été traité par certains de pire manière que les mecs des attentats terroristes ou que le gars qui a tué sa femme dans une chambre d'hôtel (NdlR : il a été acquitté). Tout cela parce que je m'appelle François Duval. Cela m'a dégoûté."
L'ancien vainqueur de Championnat du Monde des rallyes estime pourtant qu'il n'a rien à se reprocher.
"On m'accuse de complicité pour avoir dépanné un gars qui avait crashé sa voiture de manière volontaire pour escroquer son assurance. Je n'ai pourtant facturé que 150 euros pour dépannage. Et si ce n'était pas moi, cela aurait été un autre. On me dit que j'aurais dû le dénoncer car je savais que ce n'était pas un vrai accident. Mais je ne suis pas fou. Je n'avais pas envie que le type en question vienne mettre le feu à mon garage. Ce n'est pas mon problème. Je n'ai rien à me reprocher et c'est pour cela que je vais d'ailleurs en appel."
Vite dit
À Mettet 2017 avec une bonne voiture
François Duval est absolument ravi que le circuit de Mettet ait resigné pour trois ans avec le World RX. "J'espère être à nouveau présent l'an prochain avec une voiture pour gagner. La Ford d'Ostberg, c'était bien, mais cela ne vaut pas une Audi, une Polo ou une Peugeot. Le problème est que les voitures de pointe coûtent 80 ou 90.000 euros pour un week-end, c'est de la folie."
Trois ou quatre rallyes l'an prochain
En plus de son apparition annuelle en rallycross, le pilote de Cul-des-Sarts espère disputer trois ou quatre rallyes en 2017. "On m'a dit que les Legend devenaient de la vitesse. Ils ont enfin compris. Avec la terre, ce sera à nouveau amusant. Sinon j'aimerais rouler à nouveau Spa Historic, le Wallonie et le Condroz. Cela me suffit. Je n'ai pas le temps de faire plus."
"Thierry Neuville a bien raison"
Dudu ne suit plus du tout le WRC et donc, a fortiori, "je ne suis pas les performances de Thierry Neuville." Il sait pourtant qu'il a resigné pour deux ans chez Hyundai. "On l'attendait chez Citroën. Cela nous aurait plus arrangés vis-à-vis de Hyundai Belgique. Pour moi, il a opéré le bon choix. Il a un avenir et un gros salaire chez les Coréens. Et on sait tous qu'un Belge dans une équipe française, cela n'a pas toujours réussi…"
"Je roulerai un jour en Yaris WRC"
On connaît l'attachement de François à la marque japonaise. "Mon père et moi avons racheté des Celica qui ne valaient plus rien et avec lesquelles on a roulé en rallye. J'ai eu la chance de gagner le Wallonie au volant d'une Corolla WRC. Toyota revient en WRC. C'est mon rêve de piloter cette Yaris WRC. Un jour, je casserai ma tirelire pour disputer un rallye à son volant."