Michael Johnson: "Descendants d'esclaves, les meilleurs athlètes"
- Publié le 08-07-2012 à 13h56
- Mis à jour le 08-07-2012 à 14h17
Les propos de Michael Johnson soulève pas mal de remous dan le petit monde de l'athlétisme
NEW YORK
Les propos lancés fin de semaine dernière par Michael Johnson ont sans doute fait grincer quelques dents. L'athlète américain, détenteur du record du monde sur 400 m, a déclaré à un quotidien britannique: "Toute ma vie, j'ai cru m'améliorer par ma seule abnégation. Mais il est pour moi impossible d'écarter le fait qu'être le descendant d'un esclave ait un impact majeur sur les générations suivantes. Même si cela peut être difficile à entendre, l'esclavage a été bénéfique à des descendants comme moi. Je suis convaincu que nous avons un gêne supérieur d'aptitude sportive. Au cours des dernières années, les athlètes afro-américains et caribéens ont dominé les finales d'athlétisme. C'est un fait dont on ne discute pourtant pas. C'est un sujet tabou aux Etats-Unis, mais l'histoire est telle qu'elle est. Pourquoi ne pas en parler ouvertement?"
Pas sûr que tous les athlètes accueillent favorablement les termes de Michael Johnson. Certes, les Carl Lewis, Maurice Greene et autres champions aux origines africaines ont marqué l'athlétisme mondial. Mais de là à dire que ce sont des gênes issus de l'esclavage qui leur ont permis d'y arriver...
Pour Jonathan Nsenga, ancien athlète belge aux attaches congolaises et détenteur du record de Belgique au 110 m haies, les déclarations de Johnson ne sont pas surprenantes: "C'est toujours ce qui arrive avec des athlètes qui ne sont plus sur le circuit et qui ont peut-être la parole un peu facile. Ils lâchent n'importe quoi pour qu'on parle encore d'eux." Le hurdler montois juge les propos de l'ancien champion afro-américain déplacés: "Il y a 200 ans, on était peut-être bien tous esclaves. Mais les choses ont changé aujourd'hui. Johnson n'a pas connu directement l'esclavage et ne sait donc pas de quoi il parle. Et puis il y a eu des peuples en Europe qui ont été esclaves et ce n'est pas pour autant qu'ils en ont sorti des champions."
S'il apparaît évident que les athlètes africains (ou d'origine africaine) dominent actuellement l'athlétisme, les raisons du succès sont ailleurs. "Je pense qu'un sportif confronté à des conditions de vie précaires peut vouloir se surpasser parce que c'est le seul moyen qu'il a de s'exprimer. L'ADN et la façon dont les muscles sont conçus peuvent aussi jouer un rôle déterminant. Un africain possède généralement un postérieur un peu plus imposant qui lui donne certaines aptitudes physiques", confie Jonathan N'Senga. "Mais la clé de la réussite, elle réside avant tout dans le travail et l'hygiène de vie." Et ça, Michael Johnson devrait le savoir!
© La Dernière Heure 2012
