Dix réfugiés ont retrouvé le sourire à Rio
Rami Anis, le nageur syrien de Belgique, figure dans la première équipe de réfugiés.
- Publié le 02-08-2016 à 16h24
- Mis à jour le 02-08-2016 à 16h28

Rami Anis, le nageur syrien de Belgique, figure dans la première équipe de réfugiés. "Mon nom est Rami Anis, je viens d'Alep, en Syrie, un pays déchiré par la guerre. Je suis un nageur."
C'est par ces mots, prononcés en arabe, que Rami Anis a débuté sa première conférence de presse. Pas déstabilisé, le regard déterminé, ce garçon de 25 ans aux larges épaules, spécialisé dans le papillon, s'est présenté sommairement, insistant sur ses débuts précoces, à l'âge de 14 ans, sur les conseils de son oncle, sur ses six titres de meilleur nageur remportés dans son pays, sur les médailles internationales conquises chez les jeunes puis sur ses deux participations aux Championnats du Monde.
En revanche, c'est à mots comptés qu'il lève ensuite le voile sur le parcours chaotique qui l'a mené de Syrie en Belgique, où il est installé - à Eeklo - avec son père et l'un de ses frères. "Quand j'ai quitté mon pays, je pensais que ce serait pour deux ou trois mois, j'espérais que la situation politique allait s'améliorer. Or, cela fait déjà plus de cinq ans que tout s'est dégradé et que j'ai dû fuir", relève-t-il. "Aujourd'hui, Alep est détruite à 70 %, des gens sont tués tous les jours dans ma ville, dans mon pays."
Par crainte pour sa sécurité, afin qu'il ne soit pas obligé de prendre les armes, ses parents décidèrent, dès 2011, d'envoyer Rami chez son aîné, Eyad, à Istanbul. Mais là, les conditions pour s'épanouir sportivement ne sont pas réunies faute de posséder la nationalité turque. S'en suivit alors un départ en bateau pour l'île de Samos, en Grèce. Et d'un long, très long voyage, "en train, en bus et à pied", à travers la Macédoine, la Serbie, la Croatie, la Hongrie, l'Allemagne et enfin la Belgique, où se trouve déjà l'un de ses cousins.
"Nous n'avions quasiment pas de nourriture, on s'est alimenté avec des fruits et des jus. Ce fut l'expérience la plus difficile de ma vie", confesse Rami avec beaucoup de pudeur.
Premier point de chute, Fleurus, le temps de remplir certaines formalités. Son passage au club de l'Helios Charleroi sera furtif. C'est à Gand que Rami Anis s'implantera définitivement début 2016, poussant rapidement les portes du Mega où l'ancienne nageuse olympique Carine Verbauwen le prend sous son aile.
"Je dois énormément à Carine : elle a joué un rôle très important pour mon intégration et pour mes entraînements", reconnaît le nageur syrien, un grand fan de Michael Phelps qui a dû travailler très dur pour retrouver un niveau décent après avoir perdu des mois, voire des années. "Les nageurs de mon groupe ont tout fait pour m'intégrer rapidement. Je parle aussi quelques mots de néerlandais pour communiquer plus facilement. Je suis heureux de faire partie d'un pays si hospitalier…"
À Rio, Rami Anis vient de rencontrer les neuf autres sportifs composant avec lui la première équipe de réfugiés de l'histoire olympique. Dix destins torturés. Dix vies presque brisées. Il y a retrouvé Yusra Mardini, laquelle fréquentait le même bassin que lui en Syrie. "Elle avait 10 ans quand elle a commencé, moi je m'entraînais déjà depuis quelques années." Lors d'un trajet en bateau vers Lesbos, Yusra a dû nager pour sa survie. Ses retrouvailles au Brésil avec Rami Anis ont une dimension que l'on peut à peine soupçonner…
Verbauwen, une coach avec du cœur
Entre Carine Verbauwen et Rami Anis, le courant est passé tout de suite. L'ancienne double finaliste aux Jeux de Moscou en 1980 (5e en 100 dos et 6e en 200 dos), déjà présente à Montréal en 1976, et triple Sportive de l'année couve littéralement son nouvel élève avec l'attention d'une seconde mère et la fermeté d'un entraîneur.
"Rami n'avait pas nagé pendant les six mois précédents, ce fut très difficile pour lui de reprendre à son arrivée à Gand", explique-t-elle. "Au début, il a fallu faire preuve de compréhension et de souplesse dans la mise en place des entraînements mais je me suis montrée ensuite de plus en plus exigeante avec lui, d'autant que le temps pressait pour les Jeux ! En deux mois, il a perdu 13 kg. On a commencé à travailler ensemble à la fin février et, jusqu'en mai, il a progressé d'une seconde chaque mois en 100 m papillon, signant un chrono de 55.8 en séries des championnats de Belgique."
Auparavant, Carine Vestraeten s'était assurée, par des tests lactates, que le jeune Syrien était capable de surmonter les charges d'entraînement : "Jan Olbrecht, avec qui je collabore depuis très longtemps, m'a communiqué ses valeurs et m'a dit : vas-y, tu peux pousser. Il a également écrit au CIO pour indiquer que Rami était compétitif."
Officiellement retenu par l'instance olympique le 3 juin dernier, Rami Anis, qui a effectué un stage de préparation en Espagne, disputera le 100 m libre (le 9 août) et le 100 m papillon (le 11 août). Carine Verbauwen l'accompagne en tant que coach au sein de la délégation de réfugiés : un retour aux Jeux qui a pris une tournure inattendue !
"Comme tout le monde, j'ai vu à la télévision ce qui se produisait en Syrie", explique-t-elle. "Le système belge n'offrant pas de réponse satisfaisante, il revient, à mon sens, aux citoyens d'offrir leur aide. J'ai décidé de m'impliquer. Oui, j'ai le sentiment d'avoir fait une bonne action. Je pense sincèrement que Rami le mérite, c'est une belle personne, sa famille et lui ont une mentalité positive. Je peux le dire : leur histoire m'a touchée en plein cœur."
Un cœur qu'elle a énorme !
Rami Anis, 25 ans: "Très fier !"
1. Rami Anis, quel est le sentiment qui vous habite aujourd'hui ?
"Je suis très fier de participer aux JO, fier d'être dans cette équipe. C'est un rêve pour tout athlète de participer à cette compétition. J'aurais, bien sûr, préféré défiler pour mon pays, mais les choses sont ce qu'elles sont. Je veux montrer que les réfugiés sont reconnaissants, capables de donner quelque chose en retour après avoir reçu cette chance. Beaucoup avaient le potentiel pour atteindre le top niveau, mais la situation dans leur pays ne le permettait pas."
2. Quel est votre objectif ?
"Certainement de battre mon meilleur chrono en 100 m papillon (55.39) , mais je vise, en réalité, un chrono sous les 54 secondes. Surtout, je veux montrer des progrès en vue des Jeux de Tokyo dans quatre ans."