Secouru de justesse sur le Vendée Globe, Kevin Escoffier ne veut pas renoncer: "Je ne resterai pas sur un échec"
Secouru par Jean Le Cam dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre, Kevin Escoffier a retrouvé la terre ferme à La Réunion et envisage déjà de repartir. Reportage.
- Publié le 10-12-2020 à 18h42
- Mis à jour le 11-12-2020 à 10h47

Impossible de pénétrer dans la base navale du port de la Rivière des Galets sans une autorisation. Les soutiens de Kevin Escoffier devront se contenter de quelques paroles du skipper à travers un grillage. "We are the champions", lâche Isabelle en montrant une enceinte à sa copine qui tient dans ses mains une pancarte avec les inscriptions : "Bienvenue Kevin."
L'ambiance est bon enfant et le moment attendu par une quarantaine d'admirateurs qui ont fait le déplacement. Ils sont là pour accueillir cet "aventurier des temps modernes", comme ils l'appellent.
"J'ai vu son bateau partir aux Sables-d'Olonne, en Vendée. Je suis passionnée par les gars qui font des trucs que je ne ferai jamais. C'est magnifique de jouer avec les éléments", témoigne la femme d'un marin militaire de retour d'une mission le même jour que le skipper. "Il a dû faire face à ce que tout le monde redoute, à savoir que son bateau coule. C'est le fils d'un marin pêcheur. Il sait très bien à quoi s'attendre et a les capacités psychologiques pour faire face à ce genre de mésaventure."
En foulant la terre ferme, après une course avortée au bout de 23 jours, le visage du Breton n'est pas marqué mais serein. L'homme se montre souriant et accessible. "Ce qui est certain, c'est que je ne resterai pas sur un échec, un échec sportif. Je regarde devant et j'ai appris plein de choses", assure-t-il à la sortie de la frégate Le Nivôse de la marine française.
Il ne cache pas sa volonté de participer à la prochaine édition du Vendée Globe dans quatre ans.
Son sauvetage a mis en lumière l'une de ces histoires de marins où la solidarité n'est pas un mythe mais une réalité.
Dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre dans les 40es Rugissants, là où les conditions météorologiques sont extrêmes et la mer démontée, PRB, le voilier du skipper, troisième de la course, s'est brisé en deux. "Je n'ai pas de regrets sur la casse du bateau. Je ne pense pas avoir fait d'erreurs. Mais il va falloir le digérer", reconnaît le naufragé.
Qui doit sa survie à son incroyable instinct de marin mais surtout à un autre participant de la course, Jean Le Cam (Yes We Cam !).
Handicapé par des creux de plus de 5 mètres et par des problèmes de moteur, le marin passe une nuit à chercher son compère. Après 12 heures dans un radeau de survie avec une eau à 13 degrés, Escoffier est secouru. "L'expérience de Jean Le Cam m'a fait du bien. On est devenu intimes. C'est quelqu'un qui a connu des péripéties en mer plus souvent que moi. Le passage avec lui m'a apporté sur le plan humain, psychologique et m'a permis de relativiser , détaille Escoffier. Ce n'est pas une personne qui donne des conseils. Il parle sans en donner. Et ça, c'est intéressant."
L'histoire ne s'arrête pas là. Pour permettre à Le Cam de reprendre la course et à Escoffier de retrouver les siens, la frégate de la marine française, Le Nivôse, de retour d'une mission dans les Taaf (Terres australes et antarctiques françaises) entame un léger détour pour récupérer le naufragé.
La manœuvre est délicate et un point de rencontre doit être trouvé entre le bâtiment militaire de 100 mètres de long et le voilier. "On avançait à 14 nœuds avec la mer de face. Le moteur à l'avant a pris un coup et les antennes aussi. Ce n'était pas évident", explique Gwendal, chef du secteur manœuvre sur Le Nivôse. "Même pour mettre le zodiac à l'eau, c'était très compliqué. On était au-dessus des limites fixées pour ce genre de manœuvres. On s'entraîne toute l'année pour ce genre de missions."
Le skipper est récupéré le 6 décembre et passe quatre jours sur le navire. L'occasion de découvrir d'autres marins et de vivre une dernière belle aventure humaine. "Dans l'histoire, il y a beaucoup de gens à remercier. D'abord Jean Le Cam qui a passé une nuit à me chercher. Je ne pense pas que vous imaginez l'énergie nécessaire pour manœuvrer un bateau dans des conditions si extrêmes , rappelle Escoffier. Bien évidemment, il y a mon équipe technique à terre, la direction du tour du Vent des Globes et surtout la marine nationale."
Dans la vidéo tournée par Le Cam, Kevin Escoffier, au moment de quitter le bateau, prend dans ses bras son sauveteur. "Bisous ma caille", lâche-t-il.
Les militaires français sur l'embarcation lèvent le pouce et souhaitent "bon courage" au navigateur qui reprend la course. Un au revoir sobre et naturel, témoignant d'une humilité plus forte que la compétition.