Jonathan Male Jordao, créateur de contenu et ambassadeur de la WBC : "Quand on m'a présenté Mike Tyson et Evander Holyfield, je n'en revenais pas"
Les vidéos de ce jeune coach belge font un énorme carton sur les réseaux sociaux et l'ont amené à côtoyer tous les grands champions de boxe anglaise. Une incroyable histoire sur laquelle l'homme aux 9 millions de followers a accepté de se confier.
- Publié le 04-09-2026 à 11h30
- Mis à jour le 11-09-2026 à 17h36

Il est belge ("Même si beaucoup pensent que je suis américain !"), compte 9 millions de followers en cumulé sur les réseaux sociaux dont des célébrités telles Anthony Joshua, Oleksandr Usyk, Conor McGregor et Francis Ngannou, et il est aujourd'hui ambassadeur de la WBC, la plus prestigieuse des fédérations mondiales de boxe anglaise.
La vie de Jonathan Male Jordao, électricien de profession, a pris une tournure étonnante depuis que cet ancien joueur de basket-ball ayant découvert la boxe suite à une rupture du tendon d'Achille au travail s'est lancé, voici quelques années, dans la création de contenu.
"Pendant ma convalescence, je me suis demandé quel sport j'allais bien pouvoir pratiquer. J'ai donc acheté un sac de frappe et j'y ai pris de plus en plus de plaisir, raconte le natif de Kinshasa, arrivé en Belgique à l'âge de 16 ans et qui a longtemps vécu à Woluwe jusqu'à son déménagement dans le Brabant flamand. Étant débutant, j'ai cherché des tutoriels pour en apprendre davantage, simplement pour savoir comment envoyer un jab correctement par exemple, mais à l'époque je n'ai pas trouvé si facilement. Cela m'a décidé à mettre mon trépied et à me filmer, de façon à faire moi-même des tutos, en partant de zéro, pour les gens qui voulaient apprendre en même temps que moi."

Sur les réseaux sociaux, ses vidéos, tournées à son domicile de Roosdaal dans le Brabant flamand et qui mêlent humour et technique boxe pure, ont rapidement fait un véritable carton. Leur particularité ? Elles sont universelles car… muettes !
Une vraie prouesse d'acteur, façon Charlie Chaplin, les capsules révélant aussi le souci constant de faire de la pédagogie de la part de notre homme, qui a suivi une formation en Flandre afin de devenir coach de boxe reconnu.
"Il y a ce TikTokeur sénégalo-italien, Khaby Lame, qui m'a inspiré. Je me suis dit que même sans parler – je n'avais aucune notion d'anglais à l'époque –, je pouvais, moi aussi, vraiment faire passer des messages sur ce que je vois dans le milieu de la boxe, reprend notre interlocuteur, âgé de 34 ans. Donc je faisais juste des signes, j'utilisais des accessoires comme des cerceaux, des croix au sol, j'ajoutais des flèches au montage pour montrer la rotation. Et oui, le succès a été quasi immédiat : sur Instagram, je suis passé à 300 000 followers en l'espace de trois mois."
Une croissance pendant la pandémie
La croissance s'est encore accélérée lors de la pandémie de coronavirus de 2020, chacun cherchant à s'occuper pendant le confinement.
"J'ai eu ma première collaboration quand j'ai atteint les 900 000 abonnés. C'était pour aller donner des cours à des jeunes à l'étranger et ça s'est super bien passé", indique Jonathan Male Jordao, qui a développé une plateforme de coaching en ligne à côté des contenus qu'il crée. Une activité qui est aujourd'hui devenue son métier grâce à la monétisation des contenus. À un tarif pouvant aller jusqu'à 35 euros les 1 000 vues en fonction de son audience (la sienne provient d'abord des États-Unis) pour des formats longs sur YouTube uniquement, on comprend que ce soit très rentable…

Ce père de famille, qui se définit comme un "perfectionniste", dissèque donc quotidiennement des combats, anciens et actuels, et reproduit des séquences lorsqu'elles lui semblent dignes d'intérêt. Le plus souvent en mettant l'accent sur le jeu de jambes et sur la coordination, des aspects sous-estimés à ses yeux, car "la boxe ce n'est pas simplement frapper".
S'il a dû se blinder au début contre les critiques ("ce n'est pas parce que je n'ai jamais été combattant moi-même que je n'ai rien à t'apprendre", estime-t-il), Jonathan Male Jordao a aussi gagné le respect de très nombreux champions qui l'ont découvert via les réseaux.
"Ce qui m'a motivé, c'est le fait qu'Anthony Joshua a commencé à me suivre alors que je n'avais encore que 200 000 abonnés environ. Je me suis dit : si un champion du monde s'intéresse à ce que je propose, c'est qu'il y a un intérêt pour tout le monde ! Il m'a découvert, je pense, à travers des exercices de footwork. J'ai toujours eu un bon pied grâce au basket. Et voilà, c'est parti de là, sourit Jordao. Quand un grand nom comme ça te suit, il y en a généralement d'autres qui arrivent et j'avoue, cela m'a mis un peu la pression (rires) ! Du coup, je me suis mis à fréquenter une salle, sur les conseils de mon ami boxeur pro Junior Wabaga. Le coach d'Anas Messaoudi, Abdel, m'a beaucoup encouragé, et, assez vite, j'ai commencé à faire des sparrings."

En 2023, le jeune coach a reçu un jour un email de la WBC l'invitant à un appel vidéo. Sans savoir au début de quelle organisation il s'agissait ("J'ai cherché sur Google !"), il a accepté, un ami lui traduisant les propos de son interlocuteur.
"C'était le neveu du président de la WBC, Mauricio Sulaiman, qui m'a dit aimer beaucoup ce que je faisais pour la boxe et m'a remercié d'attirer un nouveau public vers ce sport grâce aux réseaux. Il a ajouté : on aimerait t'inviter à notre prochaine convention, on prend tout en charge. Et me voilà donc parti avec ma femme à Tachkent, en Ouzbékistan !"
La grande famille de la WBC
Sur place, Jonathan Male Jordao est allé de surprise en surprise, ses hôtes lui présentant des anciennes gloires comme Evander Holyfield, Mike Tyson, Roberto Duran, Amir Khan et Julio Cesar Chavez en marge du dîner de bienvenue. Mais aussi des champions actuels comme Oleksandr Usyk.
J'ai été marqué par la gentillesse d'Holyfield, qui a vraiment pris son temps pour écouter et me conseiller.
"J'avais évidemment des étoiles plein les yeux !" lance-t-il. "Je me faisais comprendre comme je le pouvais. J'ai été marqué par la gentillesse d'Holyfield, qui a vraiment pris son temps pour écouter ce que je faisais, pour me conseiller. Franchement je n'en revenais pas ! Le contact est aussi très bien passé avec la team Usyk, avec qui je collabore d'ailleurs sur un partenariat."

Mais le plus fou, c'est quand Mauricio Sulaiman a fait monter Jonathan Male Jordao sur la scène pour le nommer ambassadeur de la WBC.
"Je suis tombé des nues, c'était complètement inattendu ! Mais, depuis, j'ai vraiment l'impression de faire partie d'une grande famille. Je suis invité à chacun de leurs grands événements, je participe à des actions caritatives pour des enfants défavorisés, je me sens vraiment utile."
La notoriété du coach, suivi par des grands noms du MMA comme Jon Jones ou Conor McGregor, l'a aussi conduit à se rendre à Atlanta pour donner des leçons à l'ancien joueur de NBA, Dwight Howard, ou à l'un ou l'autre acteur. Son carnet d'adresses ne cesse de s'étoffer.
"Parfois, je dois me pincer pour y croire", rigole Jonathan Male Jordao, qui a également accepté d'être l'ambassadeur des Belgian Golden Gloves, qui a eu samedi dernier à Bruxelles.

Ses prochains projets ? Réaliser des vidéos en direct dans lesquelles il se lance des défis et "faire le tour du monde en bootcamps, c'est-à-dire organiser des cours dans tous les pays où je serai demandé".