Bram Peters, le coach... intérimaire des Belgian Tornados, sort du silence : "Je suis prêt à collaborer avec tout le monde"
Le Néerlandais de 33 ans, coordinateur des différents relais belges, a laissé passer l'orage : "Les oppositions ont été bien plus vives que je ne l'avais imaginé".
- Publié le 27-02-2025 à 03h00
- Mis à jour le 27-02-2025 à 07h07

Lorsque Bram Peters a succédé à Jacques Borlée, au mois de septembre dernier, en tant que coach national du relais masculin 4x400m, il n'a pas été accueilli avec des fleurs, c'est un euphémisme. Le Néerlandais de 33 ans en a été très surpris, mais il a choisi de travailler en silence plutôt que de rentrer en conflit avec d'autres parties.
Une semaine avant ses débuts officiels au sein de la délégation belge à l'occasion des championnats d'Europe en salle d'Apeldoorn, Peters a choisir de s'exprimer pour la première fois, notamment sur ces événements.
"Non, ce n'était pas un acccueil très chaleureux."
Sous les tribunes du Topsporthal de Gand, Bram Peters pèse ses mots. C'est la première fois qu'il donne une interview depuis qu'il a reçu les clés, à la mi-septembre, des équipes de relais belges de 4x400m et de 4x100m. Une nomination qui a soulevé une vague de protestations déclenchée par Jacques Borlée, dont il était le successeur désigné à la tête des Belgian Tornados. Des interviews explosives, des lettres ouvertes et un spectacle malheureux sur le pas de la porte derrière laquelle les athlètes étaient conviés à une réunion ont écorné l'image de l'athétisme belge.
Bram Peters semblait être, avec le coordinateur du sport de haut niveau d'Atletiek Vlaanderen Rutger Smith, le bouc émissaire tout désigné, quand bien même il venait d'être nommé et n'avait rien à se reprocher. Ses états de service avaient pourtant de quoi attirer le regard chez nous : c'est en effet en tant que découvreur du phénomène Femke Bol et en tant que coach national des spécialistes néerlandais du 400m (qui ont remporté de très nombreuses médailles internationales) qu'il a débarqué en provenance des Pays-Bas.

Pour ne pas mettre de l'huile sur le feu, Peters a choisi de garder le silence pendant cinq mois. Cette fois, à une semaine de l'Euro en salle, il a jugé bon d'y mettre fin pour donner sa version de l'histoire.
Bram Peters, on suppose que vous aviez imaginé un tout autre accueil pour votre prise de fonction au service de l'athlétisme belge ?
"Je savais bien que mon arrivée n'allait pas être célébrée par tout le monde, en raison de certaines remarques qui pouvaient être formulées au moment de ma nomination - il est vrai, par exemple, que je suis encore un très jeune coach - mais les oppositions ont été bien plus vives que je ne l'avais imaginé."
Ce qui m'a surtout embêté, c'est l'énergie perdue par les athlètes dans cette histoire.
Ne vous êtes-vous jamais dit : 'j'aurais mieux fait de rester aux Pays-Bas' ?
"Non, je n'ai pas le moindre regret. Effectivement cela a été très difficile. Je n'avais pas encore commencé à travailler que certains personnes avaient déjà une opinion toute faite sur moi. Heureusement je suis de nature stoïque. Mais ces avis émanaient surtout de gens qui ne me connaissaient pas, donc j'ai pu facilement passer au-dessus. Ce qui m'a davantage embêté, c'est l'énergie perdue par les athlètes dans cette histoire. La seule chose que je pouvais faire, c'était rester moi-même."
Comment avez-vous géré tout cela ?
"D'abord j'ai parlé avec tous les athlètes, un par un, à leur domicile, devant un bon café. Pour apprendre à les connaître, pour écouter leurs idées et pour avoir une idée de ce qui pouvait être amélioré. Il n'y a qu'avec Cynthia Bolingo que cela n'a pas été possible étant donné qu'elle s'est établie aux Etats-Unis, mais elle aimerait être présente quand la saison outdoor commencera."
Certains de ces athlètes ont signé, en octobre, une lettre ouverte contre la nouvelle politique d'Atletiek Vlaanderen. Avez-vous pu nouer une bonne relation avec eux aussi ?
"Je n'ai pas rencontré le moindre athlète qui ne se voyait pas travailler avec moi. Ils ont tous l'esprit d'équipe et ils veulent tous faire partie des équives de relais."
Rani Rosius a manifesté à nouveau son mécontentement, dimanche dernier, dans l'émission Sportweekend de la VRT. Or elle est un maillon essentiel du relais 4x100m féminin...
"Il est dommage que Rani voie la situation de cette façon. Nous avons changé beaucoup de choses et faisons de notre mieux pour le montrer à nos athlètes. J'espère qu'elle aussi pourra le constater avec le temps. Nous pensons que la centralisation à Gand est un moyen de rendre les athlètes meilleurs. Si des athlètes décident de ne pas rentrer dans ce cadre-là, c'est leur bon droit et nous continuerons à les soutenir. Si quelqu'un ne veut pas venir à Gand, ce n'est pas une obligation. Mais on veut faire de Gand l'endroit le plus attractif possible."
C'est aussi aux autres d'accepter de travailler avec moi. Et pour l'instant Jacques (Borlée) ne veut pas.
Dylan Borlée, Jonathan Sacoor et Daniel Segers s'entraînent individuellement chez Jacques Borlée, votre prédécesseur qui est aussi à la tête des actions de protestation. Il aurait suggéré à ses athlètes de boycotter les relais, mais ils seront tout de même à l'Euro.
"Ces garçons veulent courir pour les Belgian Tornados et ils font partie intégrante du projet. Je n'ai de problème avec personne et je suis ouvert à collaborer avec tout le monde. Mais c'est aussi aux autres d'accepter de travailler avec moi. Et pour l'instant Jacques ne veut pas."
Quelle est votre relation avec Carole Bam ? Il y a quelques mois, elle s'était indignée d'avoir été rétrogradée en tant qu'assistante alors qu'elle a coaché les Belgian Cheetahs depuis des années.
Carole (Bam) était sur la défensive au début mais aujourd'hui on est sur la même longueur d'onde.
"Au début elle était fort sur la défensive mais aujourd'hui on est de plus en plus sur la même longueur d'onde. Carole voit progressivement que je suis quelqu'un de sincère et entièrement tourné vers le collectif. Nous voulons tous les deux le meilleur pour nos athlètes, c'est notre priorité n°1. Plus on se parle et mieux cela se passe. Nous avions, en tout cas, le même avis sur la sélection pour les championnats d'Europe en salle."
Carole Bam a finalement été confirmée dans ses fonctions de coach national des Cheetahs. Votre rôle est davantage un rôle de coordination ?
"Oui je suis vraiment le coordinateur entre les quatre équipes de relais. Nous souhaitons collaborer de manière triangulaire. Par exemple, au niveau du 4x400m, vous avez un coach pour les Cheetahs, un pour les Tornados et moi en tant que responsable de la coordination. À trois nous définissons les stages à venir, nous établissons les sélections, etc. Dans ce fonctionnement le coach des femmes peut voir un avis sur les hommes et inversément. De cette manière il y a trois personnes différentes qui portent un regard sur les équipes et on évite une situation où des athlètes sont privilégiés parce que le coach de l'équipe est aussi leur coach personnel. Si c'est vraiment nécessaire, je finirai par trancher. Mais je pense que dans 99% des cas, ce ne sera pas nécessaire parce qu'on trouvera un terrain d'entente. En ce qui concerne le 4x100m, je travaillerai de la même manière avec Lieve Van Mechelen chez les hommes et François Gourmet chez les femmes."

Pour l'instant vous dirigez toujours les Belgian Tornados. Kevin Borlée va-t-il vous remplacer ensuite ?
Je ne pense pas qu'il y aura un nouveau coach avant les championnats du monde de Tokyo.
"Il y a plusieurs profils intéressants et Kevin est l'un d'entre eux. Mais je ne sais pas encore s'il veut remplir ce rôle, d'autant que pour l'instant il est occupé à d'autres choses. Cela ne presse pas, tout se passe bien. À l'heure où on se parle, je ne pense pas qu'il y aura un nouveau coach avant les championnats du monde de Tokyo (Ndlr: au mois de septembre)."
Et d'abord l'Euro indoor à Apeldoorn, pour votre baptême du feu. Sans Alexander Doom, à quel point sera-t-il difficile pour les Tornados de prolonger leur titre ?
"L'équipe a montré dans le passé que les chronos ne voulaient pas toujours dire grand-chose, que le feu du côté belge est attisé par la compétition. Ce sont des athlètes faits pour les grands rendez-vous et il se passe toujours quelque chose de magique avec eux ! Evidemment, l'absence d'Alexander nous déforce. Et nous sortons d'une grosse tempête. Mais il ne peut y avoir de tornade sans tempête, n'est-ce pas ?"