Comment se relèvent-ils après la désillusion des JO (1/6) ? Vincent Vanasch, le wall des Red Lions : "Maintenant, j'arrive à en parler"
Vincent Vanasch, le gardien des Red Lions, a été écarté du groupe durant six mois pour laisser la place aux jeunes gardiens.

- Publié le 07-01-2025 à 10h19

Les Red Lions n'ont pas été mécontents de tourner la page d'une année 2024 marquée par l'échec olympique. Le passage à 2025 s'est fait depuis l'Inde pour une petite moitié de l'équipe qui a décidé de se rendre là-bas durant six semaines afin de disputer la Hockey India League (HIL). Vincent Vanasch a été acheté par le club de Soorma tout comme Victor Wegnez et Nicolas Poncelet. Le gardien de l'Orée a déjà pu montrer son efficacité en remportant la séance de shoot out dès le premier match. "Là, je découvre l'Inde de manière authentique, nous expliquait-il. Je vis réellement avec les Indiens."

Durant une heure, il a accepté de remonter le temps et de l'arrêter sur l'été dernier afin de replonger dans la page douloureuse des Jeux olympiques de Paris. Les Red Lions, qui étaient venus pour défendre leur titre conquis à Tokyo, figuraient parmi les quatre favoris, mais ils ont échoué face à l'Espagne en quarts de finale.
Nous n'avions pas besoin de la médaille d'or pour refermer ce livre. Notre génération a été monstrueuse."
Vincent Vanasch, cinq mois plus tard, que vous inspire votre passage aux Jeux olympiques de Paris ?
"Je pense d'abord que c'était la dernière danse pour cette génération. Après Tokyo, nous avions déjà dit au revoir à Briels, Meurmans, Gougnard et Dockier. Ici, nous avions en un coup six nouveaux retraités. Nous voulions leur offrir une dernière grande prestation. Nous n'avions pas besoin de la médaille d'or pour refermer ce livre. Notre génération a été monstrueuse."
Que signifie cet échec parisien ?
"La génération en dessous a pris une claque et a reçu un cadeau. Les plus jeunes ont déjà compris qu'on ne peut pas tout gagner en montant juste sur le terrain. Ces dernières années, nous avions intégré les jeunes en les plaçant dans un cocon. Si l'un d'eux commettait une erreur, un autre la gommait."
Comment avez-vous vécu ce naufrage ?
"La déception était énorme. Maintenant, j'arrive à en parler. Je relativise même. Quand je vois notre niveau de jeu en poule, je ne pouvais pas imaginer cette défaite en quarts de finale. Nous avions trop de qualités pour vivre ce scénario. Pourtant, il est arrivé. Le sport peut réserver ce genre de surprises. En 2007, à Manchester, nous avons battu l'Allemagne pour nous qualifier pour les Jeux de Pékin. Ce succès, grâce à ce goal de Truyens, fait la beauté du sport. À Paris, nous avions le mauvais rôle. La déception était d'autant plus énorme que nous étions à côté de la Belgique. Nos proches étaient là. La fête aurait pu être si belle."
Je n'avais pas le temps de pleurer. Nous avons pris la direction de Disneyland pour oublier. Comme je suis un amoureux du hockey, j'ai regardé la finale chez moi.
Dans quel état avez-vous quitté la Ville Lumière ?
"J'étais dégoûté. Fort déçu. Si triste. Ma famille était présente dans les tribunes. J'ai très vite vu mes enfants, ce qui aide à relativiser. Tu passes naturellement à autre chose. Je n'avais pas le temps de pleurer. Nous avons pris la direction de Disneyland pour oublier. Comme je suis un amoureux du hockey, j'ai regardé la finale chez moi. Le moment était dur. Nous aurions pu être dans le stade. C'est comme ça."
Shane McLeod m'a demandé de faire un pas de côté pour laisser la place à d'autres gardiens.
Après la claque des Jeux de Paris, vous avez appris une deuxième mauvaise nouvelle…
"Shane McLeod m'a demandé de faire un pas de côté pour laisser la place à d'autres gardiens. Je l'ai appris lors de la première réunion. Il a voulu bénéficier de temps pour développer les autres gardiens. Personne n'est éternel. Ces jeunes ont besoin de temps et de responsabilités. J'ai compris et respecté sa demande. Je serai très content d'intégrer à nouveau le noyau en février. Je suis un amoureux du sport. Quand je ne joue pas, j'ai envie de monter sur le terrain. Rafael Nadal a attendu que son corps soit fini pour partir à la retraite."
J'en veux un peu au staff car on l'avait dit.
Revenons aux Jeux de Paris. Que vous reste-t-il de ce sombre 4 août 2024, jour de votre défaite en quart de finale (2-3) face à l'Espagne ?
"Nous aurions dû avoir un petit revers en phase de poule, notamment lors du match contre l'Australie. Nous avons tout gagné. Ensuite, en quart de finale, nous avons cherché à refaire la même chose qu'à Tokyo. Certains ego ont pris le dessus sur l'ego de la team. Pas mal de petits trucs ont alourdi la balance négativement. Notre pc nous avait fait gagner à Tokyo. A Paris, il a été mal étudié. Nous avons eu pourtant un ratio de… 100 % de pc défensifs stoppés. Sur un plan offensif, le pc n'a pas été bon. À Tokyo, Hendrickx en avait inscrit 15 (plus un stroke). Nous avions besoin de phases pour le pc offensif. J'en veux un peu au staff, car on l'avait dit. Mais, ce n'est pas tout. Nous gardions la balle. Nous étions lents. Notre taux de réussite a été en chute libre. L'Espagne nous avait toujours souri. Nous aurions été plus vigilants face aux Pays-Bas, à l'Australie ou à l'Allemagne. Nous aurions alors joué à fond dès la première seconde. Face à l'Espagne, on se disait que cela se terminerait bien. A la dernière seconde, nous avons encore un pc. Nous étions convaincus de le mettre et de gagner aux shoot out. A titre personnel, j'ai fait le meilleur tournoi de ma vie. Je n'ai pas commis une erreur. C'est frustrant. Avant le tournoi de Paris, nous avions toujours un coup d'avance sur l'adversaire. Nous avions des atouts cachés en cas de besoin. Là, ce n'était pas le cas."

Avez-vous été surpris par le niveau de l'Espagne ?
"Les Espagnols ont livré un grand match. Nous, nous avons été moins bons. Eux, ils ont surperformé."
Six légendes sont parties, ainsi que le coach Michel Van den Heuvel. Des jeunes et un revenant (Shane McLeod) ont débarqué. Qu'avez-vous pensé des changements observés durant la fenêtre de Pro League en fin d'année ?
"Shane McLeod a déjà montré ses qualités. Il a le don de bien s'entourer. Craig Sieben le complète bien, notamment au niveau des entraînements. Shane est un bon tacticien. J'apprécie ce renouveau au niveau de la méthodologie d'entraînement. Je sens cette nouvelle dynamique. Les jeunes se donnent à 200 000 %."
Quelle est la méthode de Shane McLeod ?
"Shane effectue des petits trucs simples et efficaces. Chacun le comprend bien. Ses demandes sont claires. Il a remis en place l'identité des Red Lions. Je vois une mentalité différente que celle de Paris. Shane a cette capacité de permettre à chacun de jouer avec une confiance maximale. Avec lui, chacun se sent bien. Chacun se sent investi et impliqué dans toutes les décisions. Par exemple, il veut un dress code bien précis. Ainsi, nous sommes tous pareils. Nous avions besoin de ce renouveau."
Justement, en parlant de renouveau, comment voyez-vous le chemin qui mène aux Jeux de Los Angeles en 2028 ?
"La route sera sereine. Nous avons beaucoup de paramètres à développer. Nous serons toujours des candidats pour des podiums. Nous avons encore des armes. Je n'accorde pas trop d'importance à des résultats de Pro League en début de cycle olympique. Mais, j'ai apprécié l'attitude des Red Lions. Le groupe avait envie. Les valeurs ont été mises en avant. Le niveau était bon. Nous aurons en Argentine, en février, les retours d'Hendrickx, de Wegnez et de moi. La route sera difficile et belle. C'est dans la difficulté que nous nous forgerons un caractère de vainqueur. Notre génération a d'abord perdu de nombreuses finales avant de connaître la gloire. Ces défaites nous ont aidés."
Shane était déjà arrivé comme T1 en octobre 2015, quand l'équipe était en crise après un Euro raté (5e). Le T1 doit-il gérer une situation analogue aujourd'hui ?
"Quand Shane McLeod est arrivé la première fois, nous étions un peu plus avancés dans le processus. Il nous manquait la dernière pièce du puzzle, la confiance. Chacun a reçu ce cadeau pour performer au plus haut niveau. Il a introduit le concept de 'star team'. En plus, les joueurs l'avaient choisi comme coach. La fédération a toujours suivi. En quelques mois, il nous a menés vers la finale des Jeux de Rio. Cette défaite contre l'Argentine nous avait fait beaucoup de bien. Elle nous a donné un appétit féroce pour réaliser le Grand Chelem (Mondial 2018, Euro 2019 et JO 2021). Nous avons toujours grandi."
Quel sera le secret pour performer à nouveau au plus haut niveau ?
"Ce n'est pas un secret. Tous les joueurs ne devront pas avoir peur de travailler deux fois plus durement. Nous devons nous réinventer. La génération des Kina, Wegnez, Van Doren, De Sloover,… devra trimer encore plus car elle remplacera les van Aubel, Dohmen, Denayer. Ils ne devront surtout pas chercher à refaire la même chose qu'eux, mais ils devront guider les nouveaux en leur montrant le véritable ADN des Red Lions."