Yoann Stuck, de pizzaïolo à coureur pro
Le Français, sédentaire jusqu'en 2010, apparaît comme un anticonformiste de la course à pied
- Publié le 14-12-2018 à 15h38
- Mis à jour le 16-12-2018 à 19h57

Le Français, sédentaire jusqu'en 2010, apparaît comme un anticonformiste de la course à pied.
Casquette a l'envers, barbe imposante et corps à moitié tatoué, Yoann Stuck, 35 ans, n'a pas le profil typique d'un coureur à pied. Une différence qu'il cultive, tout comme sa condition physique pour continuer d'agrémenter son palmarès qui mentionne, par exemple, une 2e place à l'Ecotrail de Paris ou une 3e place sur le 6 000 D. Yoann Stuck n'est pas le traileur le plus talentueux de France ni le plus connu des amateurs de la discipline. Mais le personnage vaut assurément le détour.
"On me demande souvent si je vis du running", glisse-t-il en guise d'intro sur les réseaux sociaux où il est omniprésent. "Depuis août 2010, j'ai perdu 20 kg, je ne fume plus presque 30 clopes par jour, je retrouve ma voiture le matin mais je ne m'en sers quasi plus, je n'ai pas mal à la tête. Je mange des légumes. J'ai découvert la distance d'un marathon. J'ai découvert des endroits uniques. Je fais parfois des placements de produits de ce qui m'accompagne au jour le jour. Je suis souvent à bloc sur les médias sociaux et j'aime ennuyer les personnes qui ne m'apprécient pas. J'ai créé ma marque et je kiffe voir des gens avec. Je partage et fais profiter comme je peux tout cela à ma famille et à mes proches. Je m'épanouis au travers de ce sport. Alors yes, je vis du running…" Le ton est donné.
Mardi dernier, le Français était en déplacement à Bruxelles, dans le cadre d'un événement organisé par les magasins Jogging Plus. L'occasion de discuter avec ce traileur et coach sportif pour le moins atypique. "J'ai un parcours différent des autres coureurs du peloton . J'ai débuté car j'avais peur de prendre encore davantage de poids alors que je pesais déjà 90 kilos. J'ai décidé de compenser mon arrêt de la clope par du sport. Et petit à petit, j'y ai pris goût."
Hygiène de vie, sport, l'athlète originaire de Lyon a changé du tout au tout sa façon de voir son quotidien. Une nouvelle approche qui a rapidement porté ses fruits. "J'ai perdu du poids pour en arriver maintenant à 70 kilos pour 1m86. J'ai pris de plus en plus de plaisir et j'ai doucement pris du rythme."
Une passion partagée
Un changement radical pour celui qui n'avait aucun passé de sportif avant de commencer. Aujourd'hui, en vivant sa passion et en la partageant avec un maximum de monde, il en vit. "J'ai un capital articulaire intact car je n'ai jamais vraiment fait de sport dans mon enfance. Avant de me reprendre en main, je m'occupais d'un magasin de décoration la journée et j'étais pizzaïolo le soir. C'était donc un mode de vie sédentaire sans compter les fast-foods et les pizzas. Je n'étais vraiment pas irréprochable non plus à ce niveau-là. Mais peu après m'être lancé dans la course, j'ai eu l'opportunité de travailler dans un magasin de sport et ensuite dans un magasin de montagne. Cela me permettait de m'entraîner le matin et le soir si nécessaire afin de continuer ma progression."
Encadré quasiment dès le départ, il a rapidement trouvé ses repères. "Au début, j'ai commencé par courir une fois par semaine puis une deuxième et enfin j'ai rejoint un club afin d'être pris en charge. Pour moi la course à pied est un sport collectif même s'il est individuel. On accroche toujours une personne, cela permet de progresser et de ne jamais être vraiment seul."

Town To Trail, son nouveau bébé
Pourtant, malgré ses nombreuses photos où il apparaît accompagné, Yoann Stuck est plutôt un garçon solitaire. "Je suis un ours. J'écoute parfois de la musique mais c'est assez rare. Je préfère faire mon entraînement dans la nature en solitaire. J'aime également partir faire des reconnaissances de certaines courses et dormir en refuge." D'ailleurs, depuis quelques mois, le Français a un emploi du temps qui lui permet de réaliser ce genre de délires à l'entraînement. "Je me suis vraiment pris de passion pour la course et j'avais envie de coacher. Je voulais faire quelque chose qui me ressemble en marge de ce qui se fait actuellement. J'ai donc passé mon diplôme et je me suis lancé."
De là est né son concept, dénommé "Town To Trail". Une véritable équipe réunissant coureurs à pied confirmés ou pas, fait de partage et d'émotions "Nous sommes une vingtaine. Nous avons une relation particulière ensemble, nous discutons énormément. C'est une relation de confiance et grâce à leur confiance, j'ai pu faire de cette activité mon métier."
Bien qu'il ait commencé sur le tard, le Français n'a pas fini de faire parler de lui, sur et en dehors des courses. "J'ai un beau programme pour l'an prochain axé principalement sur le trail. J'aimerais participer à l'Ecotrail de Paris, à la Transvulcania, à la Transrocky mais aussi à l'OCC, aux Templiers et à la Saintélyon. J'ai envie de faire des résultats et de découvrir de belles courses." Et pourquoi pas en Belgique... "Je vais peut-être prendre part à l'Ecotrail de Bruxelles ou encore au Dernier Homme debout, à Andenne."

Une passion pour... la bière
De passage en Belgique, Yoann Stuck a pu profiter pendant quelques heures de l'ambiance bruxelloise pour la première fois de sa vie. Pourtant, par son passé plus festif, le Français garde le sens de la récompense. Plus qu'un bonus, vivre d'autres expériences que celles offertes par le sport est une véritable nécessité.
"Le trail est quelque chose de fun. On y voit des choses magnifiques et, à mon sens, il faut pouvoir rester dans cette approche festive sans pour autant entrer dans des extrêmes. J'aime donc me récompenser", s'exclame-t-il.
Car sa passion pour la course à pied, Yoann Stuck veut avant tout la gérer selon sa philosophie. "Je ne veux pas que cela devienne un exutoire. Je préfère m'écouter, forcer quand il le faut et pouvoir me relâcher quand j'en ressens le besoin. La course à pied, et surtout la compétition, ce sont des choses très éphémères. Et donc, je garde et je veux conserver l'envie de m'amuser."
Et l'une de ses manières de trouver du réconfort, ce sont les bières belges, qu'il apprécie et qu'il connaît bien. "J'adore cela, en Belgique il y a de très bonnes choses à déguster." D'ailleurs, Yoann Stuck a même un top 5 de ses bières de récupération favorites. "J'aime la Triple Karmeliet, la Duvel, la Chouffe, la Rochefort 10 et, surtout, l'Orval." Un vrai connaisseur !